Prologue...

Prologue...
[Attention à l'avis de nouveaux lecteurs potentiel, une mise à jour importante de l'histoire est en cours (je dirais même une refonte totale, tellement je trouve ça pourrit à présent ^^") Donc tous les passages ou la taille de la police est plus grande est la nouvelle. La nouvelle version devrait arriver au fur et à mesure sans trop tarder (en théorie, après ça dépend du boulot selon les passages ^^"), donc voilà, je vous conseille vivement d'attendre la nouvelle version, l'ancienne est réellement catastrophique -_-"]



PROLOGUE...






Dans ma longue vie, j'ai vécu de drôles d'histoires. Toutes plus surprenantes les unes que les autres. Néanmoins, si je devais n'en citer qu'une pour commencer, ce serait celle qu'il m'a été donné d'entendre lors de ma vingt-troisième année. Je n'étais alors qu'un jeune homme sans grand intérêt, hormis peut-être le fait que malgré mon âge, j'étais resté un grand rêveur, au grand damne de mes parents, je puis vous l'assurer.

Ce jour-là, tandis que je discutais avec une amie, je reçus une lettre pour le moins étrange. En effet, cette lettre provenait d'une personne qui m'était quasiment étrangère. Elle fut par le passé, et ceci pour une très courte période de ma vie, notre voisin lorsque nous venions d'emménager – mes parents et moi – dans une nouvelle ville.

Dans mes souvenirs, cet homme déjà âgé vivait seul, sa femme étant morte depuis de nombreuses années, me semble-t-il. Il s'agissait de quelqu'un de calme et de particulièrement sympathique bien que de son regard émanait une tristesse intarissable qui faisait peine à voir. Étrangement, bien qu'il fût relativement distant avec tout le voisinage (je ne me souviens pas l'avoir vu discuter avec les autres), il n'en était pas de même avec moi.

Il nous arriva à diverses occasions de converser ensemble, généralement lorsque j'étais seul chez moi. Il m'invitait alors à prendre une boisson chaude chez lui pour attendre le retour de mes parents. Je me souviens l'avoir vu dans ces rares moments, enchanté par ma passion des histoires et des légendes chevaleresques.

Pour moi, à cette époque où je ne devais pas avoir plus de neuf ans, le Moyen-âge était une période fabuleuse de notre histoire, où de fiers et braves chevaliers s'en allaient combattre avec courage des ennemis de tout genre, qu'ils soient réels ou imaginaires, et cela, en étant prêts à sacrifier leurs vies pour défendre leur cause et protéger ceux qu'ils aimaient.

Cette idéologie marqua fortement ma vie et anima de nombreuses discussions entre lui et moi. Pourtant, à part ces rares instants de complicité, je n'eus pas réellement l'occasion de faire sa connaissance. Il dû déménager trois mois environ après notre installation. Par la suite, je n'ai plus jamais eu de nouvelles de lui. C'est pour cette raison que cette lettre et son contenu suscita en moi une surprise totale et inattendue qui me lassa perplexe durant plusieurs jours.

En effet, dans cette lettre, il m'informait de manière plus ou moins urgente que je devais le rejoindre incessamment dans un coin reculé, en montagne, sur un plateau en plein milieu d'une immense forêt. Il désirait me révéler quelque chose qui – selon lui – était extrêmement important à ses yeux.

Pour sûr, l'idée me parut -au départ- saugrenue. Pourquoi me révéler à moi quelque chose qu'il considérait comme important ? Moi qu'il n'avait connu que brièvement lors d'une brève période de sa longue vie. Toutefois, sans réellement savoir pourquoi. Peut-être par simple curiosité ? Je me suis néanmoins décidé à y aller.

C'est ainsi que je me suis retrouvé en plein mois d'Hiver au beau milieu d'une forêt enneigée, à tenter de trouver en vain la maison qu'il ne m'avait que vaguement indiqué tant bien que mal dans sa lettre.

Sans possibilité d'y aller autrement qu'à pied, je dus me frayer un passage dans l'épaisse neige qui tombait depuis plusieurs jours sans interruption. Bien plus que le froid mordant qui m'engourdissait, ce qui m'inquiétait à ce moment précis était de tourner en rond sans jamais trouver ce que je cherchais.

Lors de ma recherche, il me sembla entendre à plusieurs reprises des pas discrets fouler la neige autour de moi. Pourtant, à chaque fois que je m'arrêtais et tendais l'oreille, je ne discernais aucun son suspect, juste un léger vent et le craquement du bois sous la froidure de l'Hiver. Il y avait également de temps à autre, le glatissement d'un aigle survolant la forêt, certainement à la recherche de nourriture...

Alors que je pensais rebrousser chemin pour de bon, harassé et affamé par ma vaine recherche, j'entendis enfin une voix au loin qui m'appelait. Heureux d'avoir trouvé celui que je cherchais depuis plusieurs heures, je me suis précipité à sa rencontre.

En m'apercevant, il sembla ravi et m'invita sur le champ chez lui tout en me proposant une cape identique à celle qu'il portait. Je l'en remerciai chaleureusement et l'enfilai aussitôt pour me réchauffer un peu.

Après une longue demi-heure d'une marche soutenue où nous ne parlâmes quasiment pas hormis pour débiter quelques banalités, nous arrivâmes enfin devant une solide petite maison de bois à flanc de colline, la préservant du vent. Il m'incita sans tarder à prendre mes aises, puis me fit asseoir face à un bon repas qu'il avait mis à mijoter sur le feu de cheminée durant son absence.

Une fois rassasiés à satiété, il m'invita à m'asseoir dans de confortables sièges et me servit une boisson chaude. Je profitais alors du silence ambiant pour l'observer à ma guise. Bien que mes souvenirs fussent flous sur cet homme, je m'étonnais de ne pas le trouver changé après presque quatorze ans.

Il attendit avec patience que je termine ma boisson avant de prendre la parole. Il commença par m'avouer la raison pour laquelle il m'avait invité avec tant d'empressement.

Á partir de cet instant, j'ai pris la décision – délicate, mais je pense obligatoire – de vous retranscrire aussi fidèlement qu'il m'est possible le récit dont il me fit part, en espérant réussir à vous faire partager cette histoire aussi bien qu'il me l'a contée en ce temps...

*
* *


...

Votre boisson était à votre convenance ?

Bien.

Vous devez être exténué après votre marche par ce temps. Je ne me suis pas excusé de vous avoir fait venir si précipitamment, j'en suis désolé. Je me doute que ma requête ait été pour vous une surprise et je vous remercie d'y avoir prêté attention. Il est grand temps pour moi de partir vous savez.

Je ne voulais pas quitter ce monde sans vous avoir transmis une histoire vieille de plusieurs millénaires. Comprenez. Ce savoir est si précieux, je ne désire pas qu'il disparaisse avec moi. Je souhaiterai qu'un jour, vous le transmettiez à votre tour.

Je vous remercie. Je savais que je pouvais compter sur vous. Pour être franc, si vous aviez refusé, j'aurai perdu tout espoir...

Toutefois, avant de commencer, permettez-moi de vous prévenir. Vous risquez d'être surpris par ce que je vais vous conter.

Pourquoi est-ce à vous que j'aie décidé de léguer cette histoire ? Tout simplement parce que je vous ai longuement observé durant votre enfance. Je me souviens parfaitement de votre passion pour les histoires de chevalerie, d'épopées héroïques et de combats épiques. J'ai confiance en vous. Je suis sûr que vous respecterez mon souhait. Je dois vous l'avouer, je pense que vous êtes l'une des rares personnes à accepter de m'écouter jusqu'à la fin.

J'ai déjà essayé par le passé, voyez-vous. Mais à chaque fois, l'on m'a pris pour un vieux fou. Á l'heure actuelle, je n'ai toujours pas réussi à la raconter jusqu'à la fin. J'espère sincèrement que cela sera différent avec vous.

Comme je vous l'ai dit, l'heure de mon départ est proche...

Ne me flattez pas, je sais que je parais en pleine forme. Ce n'est qu'une illusion. Je sens bien en moi que je vais bientôt devoir m'en aller.

Mais n'en parlons plus, nous aurons d'autres sujets bien plus graves à aborder lors de mon récit, je puis vous l'assurer.

Acceptez-vous toujours de m'écouter malgré mes avertissements ?

Bien ! Dans ce cas, ne perdons plus de temps.

Avant de débuter mon récit, je dois vous expliquer une chose très importante. Le continent actuel tel que vous le connaissez n'a plus rien à voir avec ce qu'il fût naguère. Au commencement, il n'y avait qu'un seul et unique continent... Celui-ci était alors peuplé par différents peuples et créatures. J'entends par là des peuples comme les Nains, les Elfes et bien d'autres...

Attendez avant de réagir ainsi. Je me doutais que vous auriez du mal à me croire... Je sais que cela peut vous paraître étrange. Vous me prenez certainement déjà pour un vieux fou alors que je viens à peine de débuter mon récit.

Je vous assure que tout ce que je vais vous dire est réel, aussi difficile que cela soit à croire pour vous.

Non, ne partez pas ! Je vous prie, veuillez au moins m'écouter. Vous n'allez tout de même pas repartir aussi rapidement après avoir tant peiné pour venir jusqu'ici ? Restez et écoutez-moi. Vous pourrez ainsi par la suite juger par vous-même de la véracité de mon récit.

Je vous en prie.

Souvenez-vous de votre enfance. Vous avez cru par le passé à toutes ces histoires. Vous rêviez même d'être chevalier, n'est-ce pas ? Pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ? N'y a-t-il pas des légendes de Dragons terrassés par de preux chevaliers ? De créatures effroyables telles que les Vampires ou les Loups-Garous ? Et bien d'autres encore. Qui vous dit que toutes ces histoires n'ont pas été bien réelles par le passé ? Qui vous dit que certaines d'entres elles n'ont pas encore lieu de nos jours, en silence ?

Je l'avoue, je pensais sincèrement que vous seriez la personne la mieux placée pour m'écouter et me croire. Étrangement, de tous ceux à qui j'ai voulu la transmettre, vous êtes celui qui réagit le plus mal...

Ou peut-être avez-vous peur ? Peur d'être déçu ?

Je ne vous retiens pas. Si vous désirez partir, vous le pouvez. Mais s'il reste en vous une once de rêve, écoutez-moi. Osez oublier tout ce que l'on vous a appris ! Laissez, ne serait-ce que pour ce soir, revivre votre âme d'enfant.

Vraiment ? Vous restez ? Je vous en suis très reconnaissant. Je vous promets que vous ne le regretterez pas. Croyez-moi !

Où en étais-je déjà ?... Ah oui, voilà.

Au sein de ce continent, il y avait de nombreux peuples qui aujourd'hui semblent avoir disparu.

Ils vivaient tous en paix... ou presque. En réalité, deux pays engendraient une menace perpétuelle pour l'ensemble du continent.

Le premier était un groupe de cinq îles se nommant alors Keltania, tout au nord du continent. Là, vivaient les Elfes Noirs. C'était un peuple guerrier haï de tous. La légende voulait que ce soit eux qui aient amenés le mal sur terre. Bien que celle-ci ne soit pas exacte, je dois néanmoins avouer que ce n'était pas tout à fait faux. Á l'époque de mon récit, ils étaient en guerre depuis plus de dix-neuf ans avec le Royaume Azurain, le plus grand et le plus puissant des six territoires tenus par les Hommes.

La deuxième menace était elle aussi une île, située au Sud-ouest du continent. Cette île incarnait à elle seule le mal absolu. Á côté, les Elfes Noirs paraissaient doux comme des agneaux...

Il s'agissait de l'Orgerac. Une guerre avait déjà eu lieu entre les Royaumes du continent et l'Orgerac par le passé. Cela avait été une guerre comment dire... Épouvantable ! Oui, épouvantable est le bon mot. Lors de ce conflit, le continent avait été mis à feu et à sang. Plusieurs Royaumes étaient tombés sous le joug de l'ennemi. Le continent entier serait tombé sous sa coupe si un Sorcier ne s'était pas sacrifié pour renverser le cours des évènements. Car voyez-vous, il avait établi une protection magique infranchissable à partir du fleuve Seinadour, coupant de ce fait le continent en deux. L'ennemi ne pouvant plus passer ni par terre, ni par mer, dû se résigner à cesser l'assaut. Pendant ce temps, les Royaumes encore libres en profitèrent pour se réunir et se réorganiser avant de contre-attaquer et de vaincre les armées adverses, libérant ainsi le reste du continent de leur emprise.

Mais je m'égare, je ne vous en dis pas plus. Cela sera expliqué en temps utile...

Ce qu'il faut que vous sachiez avant tout, c'est que cette histoire parle d'hommes et de femmes, de tout peuple confondu. Certains honnêtes et d'autres moins. Mais beaucoup d'entres eux n'hésitèrent pas à se sacrifier pour tenter de ramener la paix.

Je vous demanderai donc maintenant d'écouter jusqu'au bout ce que je vais vous raconter, afin de respecter leurs mémoires.

Je vous demande de me le promettre.

Bien ! Voici donc leurs histoires :

Tout commença lors d'un massacre commis par les Keltans...

# Posté le mardi 22 novembre 2005 17:14

Modifié le dimanche 09 août 2009 11:35

Chapitre Premier, première partie.

Chapitre Premier, première partie.
CHAPITRE PREMIER – Le commencement...





Tout débuta par une fraîche matinée en plein c½ur de l'hiver, dans une petite cité fortifiée au Nord du Royaume Azurain. Aljuora/Aluhora était une ville de taille moyenne, agréable et paisible, sans histoire, où il faisait bon vivre sans que la guerre ne parvienne à perturber les habitudes de ses occupants.

La neige tombait régulièrement depuis plus d'une semaine. Le paysage entier était devenu d'un blanc éclatant. Les cheminées des habitations laissaient s'échapper sans discontinuer des nuées de fumées grisâtre, permettant aux voyageurs isolés de repérer la citée de loin et de venir s'y réfugier pour y passer la nuit.

Les villageois pensaient avec soulagement que la guerre contre les Keltans cesserait. Du moins durant quelques mois. Quelques mois de répit bien mérité. Car, même si la ville ne s'était pas retrouvée au centre des combats, son économie en avait grandement souffert. Pour cette raison, la trêve hivernale était la bienvenue. Le commerce allait enfin pouvoir reprendre avec les villes plus au Nord. Là où la guerre avait fait rage.

Dans une petite cour située entre deux des maisons les plus respectables de la citée, là où personne n'avait encore déblayé la neige qui encombrait l'endroit, quatre jeunes garçons se préparaient.

Siegfried, Enguerrand, Laelan et Finn, méfiants, se dévisageant sans jamais relâcher leur concentration.

Quand l'un d'entre eux recula, la tension se dissipa légèrement. Un problème de taille continuait néanmoins de se dresser devant eux, et personne ne savait comment le résoudre : qui allait être avec qui ? Une question bien difficile à laquelle Siegfried décida de trancher sans plus tarder.

Constatant que l'attention de ses trois autres concurrents ne se portait plus sur lui aussi efficacement qu'auparavant, il ramassa discrètement un peu de neige sur le rebord de la fenêtre qui se trouvait près de lui et la compressa entre ses mains. Une fois terminé, il se rapprocha l'air de rien. Arrivé à bonne distance, d'un geste rapide et précis, il projeta sa boule de neige sur l'un de ses camarades qui la reçut en pleine figure.

Consterné, Enguerrand s'essuya le visage avec sa manche. Il ne s'attendait pas à être la cible de son propre frère. Réclamant vengeance, il récupéra à son tour une poignée de neige qu'il compressa fermement sans quitter le traître des yeux. Son projectile fin prêt, il s'approcha de son frère qui le narguait en rigolant. Pensant pouvoir l'atteindre, il lança sa boule de neige que sa cible n'évita que de peu.

Victorieux, Siegfried leva les bras avant de recevoir deux nouvelles boules de neige de plein fouet : une sur le visage, et l'autre sur la poitrine.

Les fils du forgeron s'allièrent avec Enguerrand en riant. Dépassé par ces évènements imprévus, Siegfried résista le plus longtemps qu'il lui était possible aux attaques dont il était la cible, mais ses assaillants étaient bien trop nombreux pour qu'il puisse faire face. Impuissant, il ne tarda pas à être encerclé et poussé sur un monticule de neige où il tomba lourdement. Enguerrand s'amusa à l'en recouvrir, aidé par ses deux camarades de jeux pendant que son frère essayait vainement de se libérer pris d'une crise de fou rire.

Après un combat sans merci durant lequel il fut recouvert de neige à de nombreuses reprises, il parvint à repousser l'un de ses camarades et à se relever. Il projeta sans tarder une poignée de neige sur son frère avant qu'il ne puisse réagir et s'occupa de Laelan qu'il fit tomber sur le monticule pendant qu'Enguerrand s'écartait un peu de leur espace de jeu.

Persuadé que son frère désirait se débarrasser de la neige qui avait dû s'infiltrer sous son manteau, Siegfried réalisa qu'il avait encore une chance de remporter la bataille. Il repoussa une nouvelle fois Laelan, évita un projectile que lui envoyait Finn, et en profita pour réattaquer. Laelan ne tarda pas à s'avouer vaincu, le visage et les cheveux recouverts de neige tandis que Finn reprenait son souffle.

Siegfried se prépara alors à achever son dernier adversaire : son propre frère. Il se baissa et récupéra le plus de neige qu'il pouvait pour en faire une boule géante. Il la compressa du mieux qu'il put et la souleva avec difficulté pour la lancer.

Mais ce qu'il découvrit l'inquiéta. Enguerrand, tétanisé, les yeux grands ouverts, fixait le vide comme s'il pouvait voir le Prince des Ténèbres en personne. Relâchant son projectile qui s'écrasa sur le sol, il s'approcha de lui avec précaution. Il vit son frère se crisper avant de trembler violemment comme foudroyé.

Le c½ur battant la chamade, il le rattrapa avant qu'il ne tombe et tenta de lui faire reprendre conscience en le secouant.

À l'écart, Laelan et Finn observaient avec appréhension. Ils savaient ce que cela signifiait et ils n'avaient aucune envie d'entendre de mauvaises nouvelles. Pourtant Siegfried n'avait pas le choix, il le savait. Ses parents avaient longuement insistés pour être immédiatement prévenus quand Enguerrand tombait dans cet état de transe. Il avait conscience que cela permettait à son frère de les prévenir d'un danger imminent. Il savait aussi qu'ils étaient parfois impuissants face à ses révélations...

Tandis qu'il continuait désespérément de secouer son frère, le forgeron s'approcha, jetant des coups d'½il soucieux à ses fils. Le don du jeune garçon n'était un secret pour personne dans la cité, lui-même avait dû y faire face quelques mois plus tôt, et il n'avait aucune envie de retenter l'expérience.

Enguerrand se réveilla peu de temps après et hurla terrifié. Déconcerté, Siegfried le relâcha alors qu'il tentait de s'enfuir. Le forgeron le rattrapa et s'agenouilla devant lui essayant de le rassurer du mieux qu'il put, sans grand succès. Siegfried ne comprenait pas. Jamais son frère n'avait réagi de cette façon. Pas même lorsqu'il avait vu Finn être écrasé par un chariot.

Hésitant, il se rapprocha de lui et posa une main rassurante sur son épaule pour attirer son attention.

À l'appel de son prénom, il se retourna et, reconnaissant Siegfried, tenta de se calmer. Il ferma les yeux et chercha à vaincre sa peur, comme sa mère le lui avait appris. Lentement, sa respiration se fit plus sereine, mais pas les pensées qui tourbillonnaient dans son esprit affolé.

Rouvrant les yeux, il parvint à articuler péniblement quelques mots :

- Les Keltans arrivent ! Ils sont des milliers... Ils viennent ici pour tous nous tuer ! Même nos parents seront incapables de les arrêter ! Ils ne pourront rien faire contre leurs Sorciers...

Un lourd silence s'installa dans la cour. Tous les quatre le dévisageaient horrifiés sans oser dire quoi que ce soit.

Le forgeron, regagnant difficilement son sang froid, sorti de sa torpeur et lâcha un juron. Après avoir exigé que tout le monde rentre chez soi et qu'il ait averti son épouse de la situation, il se dirigea sans plus tarder vers l'Hôtel-de-ville. Il espérait ainsi y trouver le Connétable, le seul qui puisse avoir une solution.

Courant à travers les rues de la ville, il ne tarda pas à remarquer les regards perplexes des gens qu'il croisait. La peur devait se lire sur chaque trait de son visage. Il ne doutait pas un instant qu'un sentiment d'angoisse ne tarderait pas à envahir chaque habitant d'Aljuora. Tous se demandant ce qui pouvait bien être à l'origine de sa frayeur...

Devant l'imposant bâtiment, deux gardes en faction l'arrêtèrent et, tout en le dévisageant avec suspicion, lui demandèrent la raison de sa venue. Essoufflé et pressé d'en finir, il leur relata succinctement ce qu'il venait d'apprendre et comment. Il put ressentir le frisson d'horreur qui parcourut le corps des deux sentinelles qui le laissèrent passer sans plus de vérification, connaissant très bien la cruauté des Elfes Noirs pour les avoir déjà combattus à de nombreuses reprises par le passé.

Ayant enfin réussi à parvenir devant la salle du conseil, il demanda à voir de toute urgence le Connétable. Après avoir une nouvelle fois été obligé de tout raconter, on le fit entrer en toute hâte, sans même prendre la peine de l'annoncer. Ceux qui assistaient à la réunion l'observèrent déconcertés et méfiants, n'ayant pas pour habitude d'être dérangés dans de telles circonstances. Sans y prêter attention, il chercha le Connétable qu'il trouva aux côtés de l'Intendant qui s'apprêtait à demander des explications. Il s'approcha surexcité et commença – après s'être excusé d'interrompre la réunion – à expliquer la situation catastrophique qui les attendait.

La méfiance à son égard se transforma brusquement en incrédulité, puis rapidement en désarroi. Tous le dévisagèrent comme s'il incarnait la mort à lui seul. Sidéré, le Connétable tarda à réagir, cherchant avec peine ce qu'il devait faire, ne sachant que choisir entre les deux seules solutions qu'il possédait. Fuir ou bien se battre ? Il n'était que trop conscient des faibles chances qu'ils avaient de survivre dans les deux cas. Néanmoins, bien que le premier choix semblait être le plus prometteur, il ne doutait pas que les Keltans auraient tôt fait de les rattraper... La mort dans l'âme, il ordonna à un soldat de faire sonner le tocsin avant d'appeler un messager qu'il chargea de chercher des renforts au plus vite.

Plus personne ne s'occupant de lui, le forgeron décida de retourner auprès des siens sans plus s'attarder.

# Posté le mardi 29 novembre 2005 14:14

Modifié le dimanche 09 août 2009 11:38

Chapitre Premier, deuxième partie.

Chapitre Premier, deuxième partie.
Le tocsin ne tarda pas à retentir dans la ville, provoquant un vent de panique qui se propagea en un souffle parmi la population. Les villageois cessèrent toutes activités pour se mettre à l'abri avec leurs proches, espérant de tout c½ur qu'il s'agisse d'une fausse alerte et que tout rentrerait bientôt dans l'ordre. Mais déjà, la garnison se préparait activement à la défense de la ville, se hâtant de retirer la neige des remparts et de verser de l'eau bouillante pour faire fondre la glace qui encombrait le chemin de ronde.

Le messager partit à vive allure en direction du château de Caerd distant de plusieurs lieux pour demander au plus vite des renforts. Peu de temps après, l'Intendant, qui savait que tout espoir était vain et dont le courage était loin d'égaler celui de son cheval, quitta la ville sans se faire remarquer avant que les portes ne soient refermées puis barricadées par la garnison.

Un silence sinistre plana bientôt au dessus de la ville, seulement perturbé par les pas de courses et les cliquetis des armures et des cottes de mailles...

*
* *


Depuis maintenant plus de cinq ans, les Elfes Noirs – plus communément appelés Keltans – avaient débarqués sur les côtes Nord du Royaume Azurain. Au début, rien ne les différenciaient des pirates ordinaires. Ils attaquaient les villages près dés côtes à la tombée de la nuit et les pillaient sans vergogne, ne remontant que rarement dans l'embouchure des fleuves. Mais au bout de deux ans, une importante armée avait débarqué par surprise et avait commencé à envahir le Royaume, massacrant et détruisant tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage. Leur objectif avait ainsi radicalement changé. Ils désiraient à présent récupérer les terres que le Royaume Azurain leur avait dérobées, il y avait de cela plus de deux millénaires, bien avant que l'Orgerac n'envahisse le continent. Depuis ce jour, les Keltans n'avaient jamais autant avancé à l'intérieur des terres. Et personne ne s'attendait à ce que cela soit le cas, surtout en plein hiver, ce qui expliquait en partie le peu de vigilance qu'il y avait au sein de la ville.

Pour toutes ces raisons et une multitude d'autres, le Connétable faisait les cent pas dans son bureau. Une pensée ne cessait de tourner et de retourner dans son esprit, l'obsédant : il n'avait pas assez de soldats pour assurer correctement la défense de sa ville. Il avait renvoyé peu de temps auparavant les mercenaires qu'il avait engagés durant l'été. De ce fait, il ne lui restait qu'à peine le tiers de la garnison, ce qui était grandement insuffisant pour tenir les remparts. Surtout en cas d'assaut multiples. Mais comment aurait-il pu prévoir que les Keltans attaqueraient durant l'hiver ? Aucun chef sensé ne commettrait une telle folie aux vue des difficultés auquel il s'exposait...

Pourtant c'était exactement ce qui était en train de se passer, et il devait bien l'avouer, c'était magnifiquement orchestré. La neige allait ralentir l'arrivée des renforts tout en sachant que la garnison au sein de la ville serait réduite. Au fond de lui, le Connétable était persuadé que la bataille était perdue d'avance. Que pouvaient-ils faire face à ds démons surentrainés ? C'était comme s'ils étaient nés pour faire la guerre... Les récits des combats passés lui faisaient froid dans le dos. Pris de panique, l'idée de fuir à son tour lui traversa l'esprit. Il pouvait partir loin de ce futur carnage s'il le voulait, mais il était de son devoir de défendre la ville et ses habitants.

La mort dans l'âme, il ouvrit l'armoire renfermant son armure. Un sourire se dessina sur ses lèvres malgré lui en découvrant l'épaisse couche de poussière qui la recouvrait. La rouille rongeait le métal par endroit. En vingt-cinq ans de service en tant que Connétable, il n'avait jamais eu à la remettre...

Pendant qu'un page l'aidait à la revêtir, il chercha toutes les solutions qui lui permettraient de retenir – et peut-être repousser – les assauts des Keltans le temps que les renforts arrivent. Hélas, aucune idée convaincante ne lui apparut.

Une fois prêt, il sortit de son bureau et s'engagea dans les escaliers pour retrouver le capitaine de la garnison. Après une brève mais féroce discussion, l'ordre fut donné de réunir toutes personnes en âge de combattre et de leur procurer des armes afin qu'ils se battent avec eux pour protéger leurs vies. Le Connétable n'appréciait pas cette idée, mais il lui semblait que c'était la seule façon de pouvoir contenir l'assaillant, et qui sait, si la chance et les Dieux étaient de leur côté, remporter la bataille...

*
* *


Erwan chevauchait depuis près d'une heure en direction de Caerd. Il avait déjà parcouru une grande partie du chemin menant au château et il pouvait déjà apercevoir le pont de l'Algir tout proche. Une fois franchi, il ne lui resterait plus que trois lieues avant d'arriver.

Il ralentit l'allure en approchant du pont. Avec toute cette neige, il craignait que la pierre recouverte de glace le fasse chuter. Il n'avait aucune envie que son cheval ne glisse et ne l'envoie par-dessus le rebord. Il doutait qu'un bain par cette température soit bon pour lui...

Allant au pas, il surveilla très concentré où son cheval marchait. Il allait s'engager sur le pont lorsqu'il discerna un bruit étrange sans arriver à discerner d'où cela provenait. Il s'arrêta et observa nerveusement les alentours, la main s'approchant nerveusement de la dague accrochée à sa ceinture.

Toujours méfiant, il ordonna à son cheval de reprendre la marche, prêt à lancer son cheval au galop si nécessaire.

Il n'en eut pas le temps.

Le bruit augmenta, comme si un objet bougeait si vite qu'il vrillait l'air. Le son s'arrêta net. Un objet – une pierre de toute évidence – le heurta puissamment à la nuque, le désarçonnant. Sonné, il tomba, la tête la première, et perdit connaissance...

Reprenant difficilement conscience, face contre terre, des racines lui entrant douloureusement dans le ventre et la poitrine, il mit un long moment à émerger, la tête lui tournant. Il tenta de se dégager des racines qui lui donnaient envie d'hurler.

Malgré la douleur, une idée se fraya un chemin dans son esprit. Que faisaient des racines en plein milieu du chemin ? Près du pont qui plus est ! Et la neige, pourquoi avait-il l'impression qu'il n'y en avait quasiment pas où il était allongé ?

Redressant la tête, paniqué, il ouvrit difficilement les yeux, ses paupières engluées de sang séché. Il tenta de se redresser pour mieux voir où il se trouvait, le temps que ses yeux s'habituent à la lumière. Avec frayeur, il réalisa que ses mains étaient dans son dos, solidement attachées par une corde. Il en était de même de ses chevilles...

Les Keltans l'avaient capturé !

Terrorisé par cette découverte, il tenta par tous les moyens de se libérer de ses liens. Sans espoir. Ceux qui l'avaient capturé étaient de vrais professionnels... Il n'avait aucune chance de fuir, c'était certain ! Étrangement, cette nouvelle le calma. La peur disparue pour laisser place à un désespoir raisonné et impassible...

Il était le seul à pouvoir prévenir la garnison de Caerd... Le seul qui pouvait empêcher le massacre de sa ville, et il était là, ligoté, allongé aux côtés d'un chêne centenaire, sur des racines qui lui faisaient un mal de chien sans pouvoir rien y faire ! Même sa dague lui avait été retirée... Si seulement il n'avait pas ralenti avant le pont ! Lui et sa prudence exacerbée avait causé sa perte. Et celle de tous les siens. Pour un peu, il aurait éclaté de rire... Un rire nerveux, proche de la folie...

Un bruit dans son dos attira son attention. Se redressant difficilement sur ses genoux, il se laissa tomber contre le tronc du chêne, content de ne plus ressentir les racines qui lui comprimait la poitrine, et regarda autour de lui. Il n'y avait aucune trace de ses agresseurs. Le bois était calme. Quelques traces de pas étaient visibles dans la neige, se dirigeant vers la route qu'il devina un peu plus loin.

Un effort étouffé attira de nouveau son attention. Regardant d'abord sur les côtés, puis derrière lui, il distingua un deuxième corps adossé au tronc, s'agitant comme un forcené, tentant de retirer ses liens par tous les moyens, un bâillon l'empêchant de crier.

Erwan eut l'impression de délirer, se demandant si la chute avait pu le déranger à tel point d'imaginer des choses. Pourtant, après une nouvelle observation, il n'eut plus aucuns doutes, l'autre homme était bel et bien l'Intendant d'Aljuora.

Erwan observa de nouveau les alentours, réfléchissant. Se pouvait-il qu'il soit resté inconscient si longtemps que les Keltans aient eu le temps de le ramener et de prendre la ville ? Il en douta, il était persuadé de n'avoir bougé que de quelques toises depuis le lieu de sa chute. De plus, il percevait dans son dos l'écoulement d'un fleuve. C'était totalement incompréhensible !

Se pouvait-il que l'Intendant ait tenté de fuir ?

Il en était là de ses réflexions quand il perçut le son de la neige que l'on écrase de ses pas. Il releva vivement la tête, le c½ur battant la chamade, se demandant si sa dernière heure étant déjà arrivée.

Un Keltan apparut, calme et détendu. Visiblement un éclaireur au vu de ses vêtements légers et discrets. Erwan sentit la peur revenir, plus forte que jamais, et ce n'était pas la dague – SA dague ! – que le Keltan avait à la main qui allait le rassurer.

Dans un espoir désespéré, Erwan tenta de se débarrasser de ses liens. Si seulement il arrivait à les desserrer ne serait-ce qu'un petit peu... Mais il n'y avait rien à faire, le Keltan était déjà au-dessus de lui, un sourire de mauvais augure rivé sur son visage.

D'un geste autoritaire, le Keltan l'attrapa et le força à se retourner. Erwan tenta de résister de toutes ses forces, mais ce fut inutile. Le Keltan se pencha, approchant la dague dans son dos. Erwan sentit un frisson de terreur parcourir sa colonne vertébrale lorsque la lame affûtée le frôla. Pourtant, contrairement à ce qu'il s'attendait, elle ne s'enfonça pas dans ses chairs. À la place, il sentit la lame passer entre ses poignets et couper les liens qui le retenait avant que le Keltan ne se redresse et ne le repousse violemment contre le tronc, lui intimant de rester tranquille.

Abasourdi, Erwan ne pensa même pas à esquisser le moindre geste tandis que son ravisseur coupait les liens retenant ses chevilles. Ce ne fut que lorsqu'il s'écarta de lui, qu'il osa ramener ses mains devant lui et se masser ses poignets douloureux.

- Pourquoi ? parvint-il à demander dans un murmure, l'idée qu'il puisse être exécuté d'une autre manière lui traversant l'esprit.

Le sourire du Keltan redoubla d'intensité.

- Parce que nous te laissons repartir... répondit l'Elfe Noir d'une voix calme, comme s'il s'agissait d'une évidence. Tu peux aller avertir la garnison de Caerd. Cela ne changera plus rien à présent, nous serons déjà loin à votre arrivée. Ton cheval est attaché à un arbre un peu plus loin... (Il s'approcha de l'Intendant de l'autre côté de l'arbre.) Par contre, lui, nous allons le garder ! Mon ami et moi avons envie de nous divertir un peu...

Erwan se releva lentement, le corps courbaturé et meurtri après sa chute. Il distingua le large sourire qu'affichait l'éclaireur devant le visage terrorisé du prisonnier à ses pieds.

Un peu de neige lui tomba sur le crâne. Relevant la tête par réflexe, il sursauta. Un autre Keltan y était perché, observant la scène en silence. Sautant de la branche d'où il était en observation, il se réceptionna avec agilité à quelques pouces d'Erwan, pétrifié.

- Tu es encore là toi ? Fait attention, nous pourrions changer d'avis tu sais... déclara-t-il comme pour l'avertir presque amicalement.

Erwan se dirigea d'un pas lourd vers la route, la tête le lançant sans pitié, lui brouillant la vue par moment. Après quelques pas mal assurés, il distingua son cheval attaché à un arbre. Rassuré, il se précipita à ses côtés le plus rapidement qu'il lui était possible dans son état.

Détachant puis récupérant les rênes, il voulut se hisser sur la selle. Il y parvint après plusieurs échecs alors que déjà, plusieurs cris de douleurs de l'Intendant brisèrent le silence ambiant.

Il n'y porta aucune attention et talonna sa monture, sans prendre le soin, cette fois-ci, de ralentir pour franchir le pont. Les hurlements persistants de l'Intendant le poursuivirent encore de longues secondes...

*
* *


Siegfried attendait devant la fenêtre, guettant avec impatience l'arrivée de ses parents. Son frère était assis sur les genoux d'Iriana, la femme du forgeron. Le regard vide, il buvait une tisane de valériane qu'elle lui avait préparé. Elle le tenait dans ses bras et tentait par tous les moyens de le calmer et de le réconforter, lui assurant que grâce à lui, le village ne risquait plus rien.

Enguerrand l'écoutait avec espoir. Elle devait avoir raison ! C'était une adulte, elle savait de quoi elle parlait. Après tout, ses visions lui avaient plus d'une fois permis d'éviter de justesse des catastrophes. Comme la fois où Finn avait failli être écrasé par un chariot qui s'était renversé. Sans lui, il serait mort lui avait assuré sa mère.

Il termina d'une traite sa tisane. Déjà, il se sentit mieux. Il en remercia Iriana qui le serra plus fort dans ses bras, posant sa joue sur sa tête, comme sa mère lorsqu'elle le consolait, ou simplement lorsqu'elle le prenait dans ses bras.

Il se sentit encore mieux.

Mais elle devait partir, ses propres fils ayant besoin d'être rassurés à leur tour. Elle embrassa tendrement Enguerrand sur le front avant de le relâcher. Elle s'approcha ensuite de Siegfried qu'elle prit dans ses bras un bref instant. Puis, après un dernier sourire et un signe de main, elle sortit.

*
* *


Elle était rassurée d'avoir pu les apaiser. Elle avait réussi à cacher sa propre angoisse, car malgré tout ce qu'elle avait dit, elle était persuadée que cette fois-ci, rien ne pourrait changer le court du destin... En apercevant Finn et Laelan derrière la fenêtre, son c½ur fit un bond.
La mort était pour bientôt, pensa-t-elle désespérée...

*
* *


Peu après qu'Irina soit partie, Siegfried vit ses parents approcher de la maison en courant.

Meleriand entra le premier et s'approcha d'Enguerrand, suivi d'Evilia. Malgré le fait qu'ils soient essoufflés, ils l'interrogèrent sans tarder. Le jeune garçon s'efforça de répondre du mieux qu'il put, tentant de rapporter aussi fidèlement que possible ce qu'il avait vu.

Une fois qu'il eut terminé, pendant un long moment, Evilia et Meleriand discutèrent de sa vision. En voyant la tête qu'ils faisaient, Siegfried comprit qu'ils étaient très inquiets, voir... totalement désespérés...

Evilia les prit tout les deux dans ses bras, les serrant très fort, leurs murmurant des paroles réconfortantes. Les deux enfants en firent de même. À peine les avait-elle relâchés, que ce fut au tour de leur père.

Ils furent surpris. Ce n'était pas dans ses habitudes de se montrer si affectueux avec eux...

Enguerrand sentit la peur renaître dans sa poitrine, conscient que son père était en train de leur faire ses adieux...

Le tocsin résonna de nouveau dans l'enceinte de la ville. Meleriand se redressa, le visage dur. Il passa ses mains dans les chevelures de ses fils, un pâle sourire aux lèvres. Après leur avoir fait promettre qu'ils resteraient à la maison quoi qu'il arrive, il sortit. Evilia les prit une nouvelle fois dans ses bras et les serra très fort, leur murmurant qu'elle les aimait et sortit à son tour, les larmes aux yeux.

Siegfried et Enguerrand se précipitèrent devant la fenêtre...

# Posté le mardi 29 novembre 2005 14:21

Modifié le dimanche 09 août 2009 11:44

Chapitre Premier, troisième partie.

Chapitre Premier, troisième partie.
Deux longues heures s'écoulèrent durant lesquelles seule la garnison s'agitait dans les rues, transportant les tonneaux de flèches et autres accessoires sur les remparts Nord en face desquelles se réunissait l'armée Keltane.

Dans la salle d'armes accolée aux murs exposés de la citée, le forgeron qui venait d'être recruté à la hâte comme la majeure partie de la population masculine adulte, récupéra la cotte de maille qu'un vieil homme à moitié aveugle lui tendait d'un air las. Il l'examina avec circonspection. De toute sa vie, il n'avait vu pareil travail bâclé. Bien qu'étant forgeron, il connaissait parfaitement la technique de confection des cottes de mailles, et celle-ci était loin d'avoir été élaboré comme il se devait. De nombreux maillons s'étaient depuis longtemps échappés du manteau de fer, créant de nombreux trous dans ce qui était sensé lui porter protection. Sans parler de la rouille qui la rongeait depuis des années et qui avait dû passablement en amenuiser sa solidité.

N'y prêtant plus attention, il l'enfila non sans difficulté au vu de son étroitesse. Il prit par la suite un casque en métal recouvert de cuir relativement en bon état et sorti non sans récupérer la hache de bonne facture qu'il avait amené avec lui, la seule chose en laquelle il avait une totale confiance.

Équipé pour le combat, il s'engagea avec tous les autres appelés présents dans les étroits escaliers menant au sommet des remparts. La nervosité qui l'habitait depuis son recrutement redoubla d'intensité en découvrant à une cinquantaine de toises*, face aux remparts, l'armée Keltane.

Tandis que la peur s'emparait de chaque défenseur devant la puissance redoutable qu'affichait l'adversaire, les Keltans, eux, patientaient, attendant l'heure de l'assaut qui ne tarderait plus. Un détail intrigua le forgeron autant qu'il le pétrifia. Nombres de soldats Keltans possédaient le tabard rouge avec en son centre le blason à tête de loup. Ces soldats, réputés redoutables et sans pitiés étaient les troupes d'élites de l'armée Keltane. Lorsqu'ils se trouvaient impliqués dans un combat, il ne restait que peu d'espoir au camp adverse... Et de toute vraisemblance, Oldward désirait véritablement s'emparer de la Citée...

Les défenseurs n'avaient déjà que peu d'espoir de survie, mais la présence de cette troupe d'élite réduisit leur courage à néant. Le forgeron regarda autour de lui perplexe. Seuls six soldats étaient parmi eux, et deux avaient déjà dépassés la cinquantaine, voir même la soixantaine pour le plus âgé. Le reste était en grande parti des villageois apeurés qui n'avaient jamais tenu une arme de toute leur vie...

Perdu dans ses pensées, il n'aperçut que tardivement le cavalier Keltan qui approchait à pas lent des remparts, un fanion blanc dans la main droite posé négligemment contre sa poitrine, l'air serein. Il s'arrêta à une dizaine de toises des remparts et scruta les défenseurs d'un air supérieur.

- Je désire m'adresser séant à l'Intendant de cette Cité !

Un brouhaha gêné s'éleva au sein de la garnison qui ne savait que faire, la rumeur de la fuite de l'Intendant ayant largement circulé depuis sa disparition.

Apparut alors dans son armure impressionnante malgré la rouille qui la rongeait, avec ses armoiries peintes et ses épaulettes en forme d'ailes, le Connétable qui s'avança jusqu'aux créneaux et contempla l'émissaire avec un désintérêt criant.

- Je suis Ermyr, Connétable d' Aljuora/Aluhora ! Que nous vaut... l'honneur de votre visite ? Je m'apprêtais à prendre mon repas voyez-vous...

L'ironie dont il fit preuve parvint à faire rire quelques défenseurs et à détendre très légèrement l'atmosphère. Le forgeron doutait cependant que cela ne dure longtemps.

- Mon vénérable Commandant en Chef, dans sa grande sagesse et son inépuisable bonté souhaite vous délivrer un message, récita d'une voix sobre l'Émissaire, son regard acéré ne trahissant aucune colère, ou peut-être seulement une pointe d'agacement.
- Soit, soit, faîtes-donc l'ami.
- Il souhaite vous voir abandonner les armes et que vous nous rendiez sans tarder.

Le sourire amusé quitta le visage du Connétable, la colère fusa de son regard et une grimace peu avenante apparue.

- Et qu'adviendra-t-il de nous ?
- Vous aurez droit à une mort rapide et indolore, assura l'Émissaire avec calme et sincérité, résistez, et nous vous écraserons sans pitiés avec la promesse d'une mort longue et cruelle.

Le silence s'abattit sur les remparts, chaque défenseur attendait désespéré de savoir quelle serait la réponse de leur chef. Le forgeron ne savait plus quoi penser. Avaient-ils réellement une chance de vaincre ? Il en doutait. Et à y réfléchir, ne valait-il pas mieux se rendre et mourir vite et sans souffrance ?

- Je me vois dans le regret de devoir rejeter votre offre...

L'Émissaire haussa les épaules.

- Tel est votre choix, aussi stupide soit-il. Dans ce cas, qu'advienne ce qu'il doit.

Le Keltan fit demi-tour pour retourner chez les siens et jeta d'un geste négligeant son drapeau au sol. Détail qui n'échappa pas au Connétable. Il s'empara d'un arc et d'une flèche qu'il encocha rapidement par des gestes experts.

- Eh, toi ! Dis-moi si mourir est si paisible que ça !

Tandis que l'Émissaire se retournait sur sa monture incrédule, la flèche que venait de relâcher le Connétable se planta dans sa poitrine avec force et le désarçonna. Apeuré, sa monture galopa se mettre à l'abri. Un grondement de colère et de mécontentement émana des troupes Keltanes, menaçant, dangereux.

- Ce n'était peut-être pas la peine de les énerver en plus d'avoir refusé leur offre ! s'écria un homme apeuré tandis que les capitaines de section ordonnaient aux Keltans de se mettre en formation d'assaut.
- J'espérais que la colère ne les amènent à courir sur le rempart sans prendre la peine de lancer une salve de flèche d'abord, grinça le connétable agacé, il faut croire que ça n'a pas marché. Ces chiens sont très bien entraînés...

Comme si cela ne suffisait pas à l'exaspérer plus, l'Émissaire ne tarda pas à se relever, sonné mais indemne, retirant avec difficulté la flèche qui s'était fichée dans son plastron caché sous ses vêtements ample. Il la rejeta d'un geste rageur et se précipita vers les lignes Keltane se mettre hors de porté d'arc. Des cris joyeux acclamèrent le retour du héro devant le formidable pied-de-nez qu'il venait de faire à l'adversaire.

Les archers Keltans s'alignèrent sans plus tarder et s'avancèrent à distance de tir des remparts, hors d'atteinte néanmoins des défenseurs qui ne possédaient pas d'arcs aussi performants.

- Que tout le monde se mette à l'abri derrière les merlons ! hurla le Connétable devant la menace tout en se mettant lui-même en sécurité.

Les premières flèches ne tardèrent pas à frapper de plein fouet le sommet des remparts et à faire leurs premières victimes malgré les précautions prises.

Le forgeron, bien à l'abri derrière son merlon s'agrippait de toutes ses forces au manche de sa hache, pétrifié devant l'imminence de l'assaut. Jamais la peur ne l'avait autant paralysé qu'à se moment précis. Il entendit faiblement les cris du Connétable ordonnant aux archers de tirer à leur tour, les Keltans lançant l'assaut sur les remparts. Et lui restait là, caché derrière cette ultime protection qui ne lui servirait plus d'ici peu. Plusieurs de ses camarades tombèrent au sol, une flèche en plein c½ur pour l'un, dans l'½il pour l'autre. Le bruit d'une échelle heurtant le créneau à côté de lui l'effraya. L'ordre de faire face à l'ennemi retenti...

Le c½ur battant la chamade, le forgeron tremblait. Il ne pouvait pas... Il ne pouvait pas ne rien faire, ne rien tenter pour protéger les siens. Un cri de rage terrifiant franchit ses lèvres. Le désespoir pour courage, il se releva d'un bond et se tourna face à l'échelle ou un Keltan s'était immobilisé, abasourdi par cette apparition aussi brutale que soudaine. D'un geste ample des bras, le forgeron projeta sa hache sur le cou de son adversaire. La lame dont il avait tans prit soin, au fil bien aiguisé, pénétra les chairs du Keltan avec une facilité qui le déconcerta. Une fois la tête séparée du corps sous la force de l'attaque, il marqua une pause, réalisant ce qu'il venait de faire.

Sans avoir le temps de savourer sa victoire, un deuxième Keltan se présenta. Sans hésiter, il réitéra le même geste, avec moins de succès cette fois-ci. Le soldat anticipant son geste, parvint à se dévier un peu, mais pas assez pour empêcher la hache de lui fracasser le crâne. Sous le choc, la lame resta coincée dans le crâne de sa nouvelle victime qui chuta, manquant de faire lâcher prise sur son arme au forgeron.

La retenant de justesse, il recula avec précipitation et évita la lame d'un Keltan qui venait de prendre pied sur le rempart un peu plus loin. Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il sentit la lame l'effleurer. Il se souvenait avoir entendu que les armes des Elfes Noirs étaient empoisonnées. Il recula légère pour ne pas se faire prendre en tenaille par d'autres Keltans et fit face à son nouvel adversaire. Le regard froid et meurtrier du combattant ne le rassura pas. Dans un geste rapide et précis, celui-ci s'élança sur lui, l'épée prête à frapper. Paniqué, le forgeron se décala avec désespoir et évita de justesse la lame mortelle qui lui était destiné. Comme s'il avait fait ça toute sa vie, il contrattaqua, projetant sa hache dans le dos du Keltan qui venait de le dépasser dans son élan. L'Elfe Noir chuta des remparts dans un cri et disparut des yeux du forgeron heureux d'être toujours en vie.

Mais déjà, deux autres Keltans lui tombèrent dessus. Enragé, il les affronta, bien décidé d'en terrasser le plus possible. Au même moment, il aperçu le Connétable au prise avec plusieurs soldats. Il se débarrassa de ses adversaires et se précipita à son secours.

Il arriva trop tard. Victime de plusieurs attaques simultanée, le Connétable ne put toutes les parer et s'affala à terre. Les Keltans libérés d'un adversaire se retournèrent contre lui. Prit de vitesse, il tenta de contrer leur attaque, mais une épée lui trancha la main tenant sa hache qui rebondit sur le sol avant de chuter des remparts. Il n'eut pas temps de ressentir la douleur qu'un autre l'achevait dans un rire.

Un frisson le parcourut et il s'effondra sur le sol sans un cri.

Il rendit son dernier soupir, là, au milieu de nombreux cadavres, les larmes aux yeux en ayant une toute dernière pensée pour sa femme et ses fils...

*
* *


Le cri de guerre Keltan avait empli l'atmosphère depuis peu avec une ferveur terrifiante. Lorsqu'ils l'avaient entendu, Siegfried et Enguerrand surent comme le reste de la ville que l'assaut venait d'être lancé contre les remparts.

Agglutinés contre la fenêtre, tentant d'apercevoir ce qu'il se passait malgré le faible angle de vue, ils espéraient avec force que les défenses tiennent bon. Siegfried, et même Enguerrand, espéraient qu'ils remporteraient les combats. Ils pouvaient voir que les défenseurs tenaient bon face à un ennemi enragé, surentrainé et dix fois plus nombreux qu'eux.

Tandis que le combat semblait incertain bien qu'une grande partie des défenseurs aient été décimés, les Keltans décidèrent, sans aucune raison apparente, de se replier et quitter les remparts, laissant derrière eux des défenseurs incrédules qui ne croyaient pas en leur chance.

Siegfried et Enguerrand qui pouvaient voir les remparts se vider de l'assaillant bondirent de joie et crièrent leur soulagement. Ils n'étaient pas les seuls. Dans toute la Cité des cris de bonheur et de victoire se firent entendre.

Siegfried se précipita vers la porte, bien décidé à retrouver ses parents pour fêter ça dignement lorsque, sans prévenir, une effroyable explosion retentit. Bien que la maison fût à une distance raisonnable des murs d'enceinte, sous la violence, toutes les fenêtres explosèrent et les deux jeunes enfants furent projetés au sol. La terre trembla encore de nombreuses fois, beaucoup moins puissamment tandis que semblait tomber un peu partout autour de la maison des choses extrêmement lourde qui brisaient tout dans leur chute. Hébétés, ils se relevèrent et se précipitèrent dehors pour voir ce qui avait bien put advenir. Ce qu'ils découvrirent les effraya. Un imposant nuage de fumée noirâtre s'élevait avec lenteur au dessus de ce qui avait été encore quelques secondes plus tôt, les puissants remparts de la Citée. Siegfried regardait effrayé les défenses qui étaient tombés sur près de cinquante toises, ne laissant qu'un amas de blocs de pierres informes.

Des cris de victoire mêlés aux clameurs lancées par les Keltans ne tardèrent pas à se faire entendre tandis qu'ils apparaissaient sur les décombres et envahissaient les rues abandonnées de la Citée, prêt à massacrer quiconque se trouverait sur leur chemin...

Les rares défenseurs encore en vie et conscient après l'effondrement des remparts tentèrent de prendre la fuite. Ce fut sans compter sur les archers Keltans qui s'alignèrent dans leur dos et décochèrent leurs flèches, les tuant tous sans aucune pitié.

Siegfried, terrorisé, ne pouvait détourner son regard de ce massacre qui se passait loin devant lui. Plusieurs flèches qui manquèrent leurs cibles passèrent près de lui sans qu'il ne réagisse. Son frère en larmes, caché derrière le montant de la porte lui hurlait de rentrer en vain. Puis, comme une lueur d'espoir, son père déboucha d'une rue opposée au pas de course et lança un sort qui propulsa plusieurs blocs de pierre disséminés alentour sur les Keltans qui furent happés par dizaines. Sans s'arrêter de courir, il s'approcha de son fils toujours pétrifié au milieu de la rue.

Meleriand l'attrapa d'un bras et le raccompagna à l'intérieur sans ménagement. Il découvrit Enguerrand, plaqué contre le mur, hurlant d'angoisse à l'idée que sa vision ne se reproduise à nouveau...

- Où est maman ? parvint à articuler Siegfried qui la cherchait désespérément du regard.

Cette question parvint à faire taire Enguerrand qui la chercha lui aussi des yeux. Mais en voyant leur père se détourner d'eux sans un mot la mine sinistre, il perdit définitivement espoir.

Le bruit insupportable des différentes pièces d'armures et d'armes s'entrechoquant assura à Meleriand que les Keltans approchaient de nouveau. Il pesta contre sa bêtise qui l'avait fait utiliser la magie quelques secondes plus tôt. Il était sûr d'avoir scellé son destin et celui de sa famille. Les Keltans allaient maintenant concentrer tous leurs efforts sur ce lieu à sa recherche... Autour d'eux, ils pouvaient entendre les cris de désespoir des villageois pour la plupart sans défense qui suppliaient qu'on veuille bien les épargner. Mais l'envahisseur était sans pitié et les exécutèrent tous sans le moindre remord...

Meleriand tira Siegfried à l'abri derrière le mur tandis que les Keltans défonçaient la porte de la maison du forgeron et entraient. Le jeune garçon qui s'était relevé pour regarder à travers ce qu'il restait de la fenêtre sentit tous ces muscles se crisper devant la peur. Des cris de douleurs parvinrent de la maison avant que plusieurs Keltans ne ressortent, l'un blessé, poursuivi par Iriana, une Morgenstern** rouge de sang à la main. Siegfried se redressa plein d'espoir devant ce retournement de situation inespéré. Mais ce fut de courte durée. Un Keltan s'approcha et la désarma d'un coup d'épée avec une facilité déconcertante. Désarmé et sans défense, elle ne put rien faire avant que la lame ne s'enfonce dans sa poitrine. Enragés d'avoir perdu des hommes à cause d'une simple femme, ils s'en prirent rageusement à ses enfants, les amenant face au cadavre de leur mère pour les y égorger devant tandis qu'ils criaient d'horreur.


* : 1 Toise de Paris : 1.949 mètre.
** : Masse d'arme dont le manche en bois renforcé (ou quelquefois en fer) est relié par une chaine à une boule métallique ornée de nombreux piques. Également appelée Étoile du matin.

# Posté le lundi 05 décembre 2005 13:32

Modifié le dimanche 09 août 2009 17:54

Chapitre Premier, quatrième partie.

Chapitre Premier, quatrième partie.
Siegfried ne put lui aussi retenir un cri d'effroi. Les soldats se retournèrent aussitôt ver la maison délabrée et s'en approchèrent méfiants.

N'ayant plus le choix, Meleriand leur fit face. Apeuré, Enguerrand se précipita vers l'arrière de la maison, pour être le plus loin possible de ce qui allait inévitablement se reproduire. Car il en était persuadé. Tout se passait exactement comme il l'avait vu... Il ne voulait pas revoir la créature qui allait l'attaquer. Il ne voulait pas revivre la douleur...

Les Keltans observèrent Meleriand qui leur faisait face dans l'encadrement de la porte. Ils s'approchèrent avec lenteur, ne voulant prendre aucun risque. Constatant que l'homme n'esquissait aucun geste et qu'il n'avait aucune arme, ils s'élancèrent sur lui dans un cri de guerre.

Ce fut une grave erreur.

Meleriand releva aussitôt sa main qui projeta divers éclairs de ses doigts, foudroyant ses premiers adversaires. Il réitéra son geste plusieurs fois, jusqu'à ce que les soldats les plus proches ne soient plus qu'un souvenir. Par prudence, les survivants décidèrent d'appeler des archers en renfort. Meleriand ne bougea pas et attendit. Lorsqu'ils décochèrent leurs flèches, d'un geste négligeant de la main, il les leur renvoya.

Les archers, eux, ne purent les éviter.

Durant plusieurs minutes il ne se passa plus rien. Les soldats entouraient à bonne distance la maison du Sorcier sans plus oser y approcher. Ils avaient préféré appeler des renforts plus compétents dans ce domaine...

Meleriand les observait la mâchoire serrée, recherchant désespérément une idée qui lui permettrait de s'en sortir tout en protégeant ce qui restait de sa famille. Impuissant, il entendait le massacre se perpétuer dans le reste de la ville. Il enrageait de ne pouvoir rien faire. Lui qui avait prêté serment de protéger le peuple... Mais il devait avant tout protéger sa famille.

Il remarqua de l'agitation dans les rangs Keltans qui s'écartaient précipitamment pour laisser passer un Sorcier. Celui-ci, le regard vif et perçant, toisa son adversaire avec dépit. Les soldats qui jusque-là étaient restés écartés, se rapprochèrent légèrement pour pouvoir admirer le spectacle qui promettait d'être passionnant. Rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir déjà assistés à un combat entre Sorciers.

Pendant un moment, ils s'observèrent sans rien esquisser d'autre que du mépris l'un envers l'autre. Impatients, les soldats se demandaient quand leur Sorcier allait attaquer.

Brusquement, le combat débuta, si rapide et si violent, que les Keltans eurent du mal à comprendre tout ce qu'il se passait devant leur yeux.

Siegfried venait de rejoindre son frère au fond de la maison pour se mettre à l'abri des maléfices qui fusaient dans tout les sens. Ils voyaient leur père lutter avec acharnement contre le Sorcier effrayant au sourire cruel qui semblait prendre plaisir à combattre. Néanmoins, il était persuadé que son père gagnerait son combat malgré tout ce que son frère avait pu dire. Pourtant, il dû reconnaître que qu'il semblait commencer à fatiguer. Il espérait seulement qu'il en était de même pour son adversaire.

Maléfice après maléfice, Meleriand parvint à prendre l'avantage. Son adversaire parvenait toujours à les contrer, mais plus à en lancer. L'espoir commença à le gagner. Peut-être que s'il remportait le combat, les soldats autour de la maison fuiraient, apeurés de subir le même sort que leur Sorcier...

L'espoir mourut avant même de se réaliser. Avançant comme un seul homme, neuf Sorciers apparurent pour prêter main-forte à leur collègue. Meleriand cessa le combat, vaincu. Seul contre dix, il n'avait aucune chance. Siegfried se pétrifia, pour la première fois, l'idée qu'ils allaient mourir comme dans la prédiction de son frère se fraya un chemin à son esprit. Enguerrand, lui, se recroquevillait contre le mur, pleurant toutes les larmes de son corps face à ce qu'il savait comme inévitable.

Bien décidés à vite en finir, les Sorciers Keltans se réunirent en arc de cercle face à l'Humain qui osait maîtriser un art qu'il ne méritait pas. Une incantation fut murmurée sans que Meleriand ne tente quoi que ce soit. Cela ne servait plus à rien de résister.

Le sort fin prêt, les Sorciers le concentrèrent et le lancèrent d'un même geste sur la maison toute entière. Un silence de mort sembla l'entourer. Plus un son ne perça dans l'enceinte du sortilège. Même le bruit des massacres et des flammes semblaient s'être arrêtés, rendant le tout terriblement oppressant. Les soldats regardaient leur Sorciers avec admiration et attendaient la suite avec impatience.

Le silence s'attardait tandis qu'une étrange lueur violette venu du sol emprisonnait la maison en son sein. Une voix mystérieuse tonna brusquement dans l'air prononçant des paroles compréhensible seulement pour les Sorciers présents. Meleriand pâlit d'horreur sous la révélation de ce qui les attendaient.

Un éclair noir foudroya la maison en son centre. Rien ne se passa. Du moins en apparence tandis que le silence semblait reprendre son droit...

Siegfried se releva. Son père se tenait toujours dans l'encadrement de la porte, vraisemblablement perplexe tandis que son frère, bien que toujours le regard horrifié était toujours lui aussi en vie. Se pouvait-il que le sort ait échoué ? Son père les avaient peut-être protégés du maléfice ? Cette pensée naïve ne dura pas. Après quelques secondes de ce silence obscur, Meleriand fut violement projeté au sol. A peine eut-il eu le temps de crier de douleur, sa poitrine déchiquetée, que sa tête se tourna dans un angle impossible et ridicule dans un craquement qui sembla résonner dans le silence ambiant.

Au loin, retentit le cri de douleur et de désespoir d'un aigle...

Devant le corps de son père étendu à ses pieds, Siegfried perdit son sang froid et hurla de toutes ses forces. Il voulut s'approcher un peu plus pour voir ce qui avait pu lui arriver, lorsque son frère, trop terrorisé pour hurler, tenta de s'échapper de ce qu'il savait inévitable en rampant sur le sol. Siegfried le regarda sans comprendre. Il voulut lui apporter son aide lorsqu'il se figea sur une expression d'horreur et de souffrance avant de s'écrouler et ne plus bouger.

Seul, son père et son frère morts sans qu'il ne sache comment, Siegfried remarqua qu'un Sorcier s'approchait lentement de la porte d'entrée et l'observa fixement, un large sourire étendu sur ses lèvres. Il ressentit au même moment une douleur éclater tout le long de son corps sans aucune raison. La douleur augmenta rapidement jusqu'à devenir insupportable. Á bout de force, il tomba à genoux, suppliant pour que tout s'arrête enfin. Puis, alors qu'il perdait lentement conscience, deux yeux incandescents se plantèrent dans les siens sans qu'ils ne puissent voir la tête qui allait avec ce regard avide de sang. Dans une dernière tentative pour échapper à son sort, il recula d'un pas avant que le monstre ne lui saute dessus.

Sans un cri, Siegfried tomba lourdement sur le sol, comme son frère quelques instants plus tôt...

# Posté le lundi 05 décembre 2005 18:32

Modifié le dimanche 09 août 2009 17:56