- Je m'appelle Cyliana.
- Et où est donc Elonya ? Ça fait un bout de temps que je ne l'ai pas vu. Au moins vingt ans maintenant !
Cyliana baissa la tête.
- J'ai pris sa place...
Hildevert souffla. Il aurait dû s'en douter dès qu'il l'avait vu. Seule une Radaskiel pouvait porter cette robe. Il reprit la bouteille et s'apprêta à se resservir. Mais il se ravisa et décida de boire directement au goulot.
Enguerrand prit son verre, et commença à boire. L'alcool était sec et fort, comme dans ses souvenirs. Enfant, Hildevert lui en donnait toujours un peu quand il n'allait pas bien. Il but cul sec, comme ses amis. L'alcool lui donnant immédiatement un coup de fouet qui lui fit du bien.
- Tu sais au moins ce que signifie qu'être le Gardien ?
Enguerrand fit tourner son verre sur la table, nerveusement.
- Je sais en quoi sa consiste en gros, mais je ne sais pas encore exactement pourquoi on a besoin d'un Gardien.
Hildevert eut un rire moqueur.
- Autant dire que tu ne sais rien ! Mais je présume que Hyamon veut te l'annoncer lui-même.
- Comment connais-tu tout des Ombres Ardentes et du Pendentif ? Moi je n'en savais rien avant hier. J'ai l'impression depuis quelques jours que tout le monde le sait sauf moi !
Hildevert sembla soudain mal à l'aise.
- Je ne sais pas si Cyliana t'en a parlé. Mais les Ombres Ardentes ont un réseau d'espionnage à travers tout le continent, leur permettant de récolter des informations et de savoir ainsi si l'on en veut au Pendentif. Il se trouve que j'en fais partie.
- Et le Roi est au courant ? demanda Enguerrand ébahi.
- Non, mais Hyamon oui. C'est lui le chef du réseau en Azurain.
Enguerrand regarda Cyliana stupéfait. Hildevert se leva brusquement, et se dirigea vers les étagères où étaient rangés les bols et autres ustensiles de cuisine.
- Bon, Hyamon te parlera certainement de tout cela. Alors cela ne sert à rien de gâcher le peu de répit que vous avez.
Kriar, qui dormait paisiblement sous la table, se réveilla et jappa de satisfaction. En l'entendant, Hildevert se retourna et fixa le loup qui sembla soudain moins fier.
- Mais c'est ce cher Kriar ! (Hildevert s'approcha lentement de la table.) Dis-moi toi. Espèce de chapardeur ! Je n'ai pas oublié ce que tu m'as volé avant que toi et ton maître ne partiez pour la Légion ! Te souviens-tu, d'un gigot appétissant venant juste de terminer de cuire ! Car moi, je m'en souviens parfaitement !
Kriar, alarmé, essaya soudain de se faire tout petit sous la table mais Hildevert s'agenouilla.
- Espèce de chapardeur, tu vas voir de quel bois je me chauffe.
- Je pensais pourtant qu'il aurait oublié en six ans ! J'aurais dû me méfier. Un cuisinier c'est tenace ! Enguerrand, explique lui que j'étais jeune et insouciant à l'époque. Je ne le ferai plus !
- As-tu seulement arrêté tes chapardages ? Te souviens-tu de ce saucisson succulent qui a mystérieusement disparu ?
Cyliana écoutait amusée la discussion. Quand à Hildevert, il continuait de regarder Kriar, vraisemblablement mécontent.
- Je pense avoir trouvé la punition adéquate. Tu seras le seul à ne pas manger ce matin !
Kriar rampa comme un pauvre loup affamé, la mine malheureuse.
- Enguerrand, je t'en prie, supplie le de me donner à manger... Non ! Cyliana, toi tu es gentille, dis le lui ! Je ne recommencerai plus, promis !
Cyliana pouffa de rire.
- Tu devrais l'envoyer à la compagnie Delatéhel. Je suis sûr que les spectateurs seraient ravis de voir un tel comédien.
Enguerrand sourit à cette remarque, ce qui ne fut pas le cas de Kriar. Hildevert se releva et leur distribua des bols et des cuillers. Il prit ensuite un sac posé sur une étagère et leur servit un peu de céréales avec du lait. Puis, pendant que Cyliana et Enguerrand commençaient à manger, il coupa des tranches de pain, les beurra, mit un peu de confiture dessus, avant de les leur donner. Et tout cela, bien en évidence de Kriar qui n'en pouvait plus.
Il partit ensuite chercher quelque chose. Quand il revint, Kriar s'aperçut que c'était un gros morceau de viande. Aussitôt, il sortit de sous la table et alla s'asseoir face à Hildevert.
- Tu crois vraiment que c'est pour toi ? (Hildevert fit la moue dubitatif.) Et bien tu as raison ! Ce sera ton repas de ce soir. Regarde bien ce morceau de viande ! Hum... Il est appétissant n'est-ce pas ?
Cette fois-ci, Kriar jappa de désespoir. Même si Hildevert ne le comprenait pas, il savait parfaitement ce que cela voulait dire.
- Hildevert tu es cruel. Tu peux le punir, mais de là à le narguer.
Le chef cuisinier souriait comme un enfant, un enfant de près de soixante ans...
- Si on ne peut plus s'amuser ! Allez tiens, et que je ne te reprenne plus à chaparder de la nourriture !
A peine le morceau de viande à terre, Kriar se jeta dessus et le mangea voracement.
- C'est un vrai phénomène ce loup. s'exclama Cyliana amusée
- Et encore, vous l'auriez vu lorsqu'il était tout petit. Enguerrand venait juste de l'avoir. Il ne m'a fallu que deux jours avant de le prendre la tête dans un sac de pommes. Enguerrand m'a assuré, qu'il voulait seulement savoir quel goût ça avait... N'empêche, la moitié des pommes était inutilisable après.
- Peut-être, mais qu'est-ce qu'elles étaient bonnes !
À cette remarque, Cyliana ne put s'empêcher de rire, Enguerrand non plus. Hildevert regarda aussitôt Kriar qui venait de terminer son morceau de viande.
- Qu'est-ce qu'il raconte encore ?
- Rien de bien méchant, juste que les pommes étaient succulentes.
Hildevert s'esclaffa amusé.
- J'espère bien qu'elles étaient bonnes mes pommes, sinon cela aurait été bête de les gâcher !
Une fois le repas terminé, Cyliana et Enguerrand décidèrent de partir à la recherche de Hyamon. Ils saluèrent gaiement Hildevert qui leur souhaita une bonne journée, et leur demanda de repasser plus tard. Ce qu'ils acceptèrent volontiers.



