Quand ils arrivèrent chez Jawaad, le chef les attendait avec sa femme à table, ils remarquèrent avec appréhension que le petit-déjeuner avait été préparé, et ce n'était pas la même chose que la veille...
Après les salutations et le rapide repas qui se révéla être aussi ragoûtant que la veille, Jawaad déclara qu'il était temps de se diriger vers le temple.
Cyliana et Enguerrand ne prirent avec eux que le strict minimum. Laissant le plus gros de leurs affaires et leurs chevaux au village. Ils rejoignirent ensuite Jawaad et les deux guerriers qui allaient les accompagner. L'un d'entre eux était Zende, ce qui déplut fortement à Enguerrand, car le guerrier passait son temps à dévisager Cyliana, ce qui avait le dont de l'énerver.
Ils marchaient les uns derrière les autres sur de minces bandes de terre boueuse où il n'était pas simple d'avancer. Seul Kriar gambadait paisiblement accompagné du deuxième guerrier, Idréis, qui avait repris sa forme animale. Tous les deux semblaient bien s'entendre malgré la forme peu avenante de l'étrange créature.
En milieu de mâtinée, ils arrivèrent devant une large étendue d'eau noirâtre, les obligeant à utiliser une frêle embarcation. Des deux côtés de la rive, était fixé un poteau de bois auquel était attaché une corde. L'embarcation, elle, avait deux arceaux, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière où passait la corde, ainsi il était facile de traverser. Une deuxième corde permettait de ramener le bateau sur l'autre rive.
Pour le premier passage, Idréis repris sa véritable apparence et traversa lentement avec Kriar l'étendue d'eau. Enguerrand remarqua inquiet que l'embarcation était loin d'être stable, penchant dangereusement d'un côté ou de l'autre dés qu'il y avait un mouvement un peu brusque. Mais le passage se déroula sans incident. Une fois qu'ils furent descendu, Zende tira la corde attachée à l'embarcation afin de la ramener de leur côté. Ensuite, ce qui déplut grandement à Enguerrand, Zende proposa à Cyliana de monter avec lui. Enguerrand discerna parfaitement les mains du guerrier se poser sur les hanches de la Keltane pour, soi-disant, l'aider à monter sans risque. Cyliana entraperçut la colère dans le regard de son compagnon, elle ne pu retenir un sourire, ce qui n'échappa en aucun cas à Zende qui continua à la retenir, même une fois qu'elle fut assise. La traversée se déroula sans incident, Zende ne manquant aucune occasion pour retenir Cyliana d'une hypothétique chute dans l'eau, ce qui d'après Enguerrand était stupide. Arrivé de l'autre côté, le guerrier aida Cyliana à descendre, sans manquer de fixer Enguerrand avec un grand sourire.
Pour le dernier passage, Jawaad s'installa aussi confortablement qu'il le pouvait dans l'embarcation pendant qu'Enguerrand faisait traverser le frêle esquif. Quand ils arrivèrent sur l'autre rive, Cyliana revint immédiatement se placer à ses côtés, le faisant jubiler de plaisir alors que Zende, par contre, avait soudain une mine sinistre.
En début d'après-midi, le paysage commença à changer. Une végétation dense apparut. Rendant l'avancée plus pénible qu'elle ne l'était déjà, ils durent à plusieurs reprises marcher dans l'eau, qui heureusement, n'était pas très profonde à cet endroit là. Néanmoins, leurs pieds s'enfoncèrent de nombreuses fois dans la vase, les obligeants à demander de l'aide à leurs compagnons pour sortir de ce piège naturel. En plus de cela, l'eau était froide et visqueuse, peuplée d'étranges créatures qui se faisaient un malin plaisir à leurs glisser le long des jambes, certaines allant même jusqu'à s'accrocher sur leurs vêtements et leurs bottes.
Alors qu'ils sortaient de l'eau, les marais laissèrent brusquement place à un paysage ressemblant étrangement au paysage du Royaume de Biozdun. Ils en furent tous soulagés. Jawaad proposa de faire une courte pause, ce que tous acceptèrent avec plaisir. Ils s'allongèrent dans l'herbe, profitant du soleil qui réchauffait leurs vêtements trempés, sauf Enguerrand qui enleva d'abord les dernières bestioles accrochées sur le poitrail de Kriar.
- Dans peu de temps, nous arriverons au Temple, jubila Jawaad les yeux fermés. Heureusement, car je n'en peux plus ! Je ne me souvenais pas que c'était si harassant de venir ici !
Ils reprirent la route peu après et découvrirent un paysage idyllique, à l'opposé des Marais. Un vrai havre de paix. Ils traversèrent un bois empli de vie, quelques chants d'oiseaux se firent même entendre. Cet endroit semblait irréel en plein c½ur des Marais de l'Oublie.
En début de soirée, apparut le Temple. Immense bâtiment de pierre qui méritait bien son nom. Même de l'extérieur, il imposait calme et sérénité, comme le lieu qui les entourait. Dans les murs étaient percées de larges fenêtres, fermées par des vitraux aux couleurs chaudes et chatoyantes. Leurs dessins, impressionnants de réalisme, semblaient représenter des légendes de plusieurs peuples différents.
Quand ils entrèrent dans l'enceinte entourant le Temple, ils aperçurent de nombreux guerriers surveillant les alentours, pendant que plusieurs personnes s'occupaient d'un immense potager, avec, et ils furent heureux de le savoir, des fruits et des légumes qu'ils connaissaient.
Alors qu'ils approchaient des immenses portes de l'édifice, un homme vêtu d'une ancienne robe de cérémonie Azurienne s'approcha, les bras écartés, l'air ravi.
- Vous voilà enfin ! Elle m'a tellement parlé de vous que je n'avais qu'une seule hâte, vous voir enfin !
Cyliana et Enguerrand mirent quelques instants avant de comprendre de qui il s'agissait.
- Où est-elle ?
L'homme s'arrêta et prit affectueusement la main de Cyliana entre les siennes.
- Elle savait que vous seriez pressés de la voir ! Hélas, elle ne pourra vous accueillir que demain matin, il est trop tard à présent.
Ils le regardèrent ahuri. Trop tard ? Ce n'était que le début de soirée...
- Mais je ne me suis pas présenté ! Je m'appelle Sarhann. Je veille au bon fonctionnement de ce Temple et à sa sécurité. Depuis prêt de cent cinquante ans, je veille sur l'épée qui nous a été confiée.
Enguerrand le regarda admiratif. Sarhann ne semblait pas avoir plus de quarante ans, et pourtant, il en avait plus du double, si ce n'était pas plus. L'homme s'apercevant de son regard se sentit obligé de s'expliquer.
- En ce lieu, nous vieillissons moins vite, nous arrivons facilement à tripler notre espérance de vie.
- Comment cela ce fait-il ? questionna Cyliana curieuse.
L'homme haussa les épaules, amusé.
- Nous n'en savons rien, tout comme nous ne savons pas pourquoi ce lieu a réussi à échapper à la fureur des Sorciers Noirs. Mais pour tout vous dire, cela ne nous préoccupe pas le moins du monde, c'est comme ça. Nos ancêtres y sont sûrement pour quelque chose ! Mais trêve de bavardage, suivez moi ! Je vais vous montrer vos appartements, ainsi vous pourrez y déposer vos affaires.
- Je ressens une puissante magie ici, expliqua Kriar, mais je n'arrive pas à en déterminer la nature.
- Il s'agit peut-être de la Keltane ?
- Ou bien de l'épée, ou bien même des deux... se hasarda Cyliana
- Il est vrai que nous ne savons rien de l'épée, et comme il s'agissait de l'épée du Maître Noir, elle doit être plus qu'un simple lien avec le Pendentif. Kriar, la magie que tu ressens est vraiment très puissante ?
- J'ai bien l'impression, oui. Mais elle me paraît très étrange, comme celle de la Keltane.
- Voici vos chambres !
Cyliana et Enguerrand sortirent de leurs pensées et découvrirent leurs chambres, l'une en face de l'autre. Elles étaient petites, mais très bien meublées. Chaque chambre possédait une petite fenêtre l'éclairant modestement. Ils y déposèrent leurs affaires ainsi que leurs capes et leurs armes avant de suivre Sarhann qui les conduisit vers les cuisines.
- Je me doutes que vous préfèrerez une cuisine plus traditionnelle que celle que vous avez dû découvrir chez Jawaad !
Sur la table reposait tout sorte de mets tout à fait ordinaire, mais pas pour Cyliana, Enguerrand et Kriar qui était ravis d'échapper à la viande de « Zdurph ». Ils s'installèrent et commencèrent le repas tout en répondant aux nombreuses questions de Sarhann qui semblait fasciné par la vie dans les autres Royaumes. Kriar profitait du repas pour quémander férocement à manger auprès de Cyliana, mais aussi, chose plus rare ces dernier temps, auprès d'Enguerrand.
- Tiens, tu viens à nouveau me voir ?
- Bien obligé ! Je dois faire des réserves pour le chemin de retour, sinon je vais mourir de faim ! Je ne touche plus à leur viande, c'est écoeurant !
À la fin du repas, Zende sortit de table, ce qui au début ne gêna pas Enguerrand. Mais quand celui-ci revint avec la potion qu'il donna à Cyliana avec un grand sourire, il eut un sursaut de colère, c'était à lui de s'occuper de Cyliana, de la soignée, de la protégée !
- Je ne pensais jamais voir ça.
Enguerrand regarda Kriar sans comprendre.
- De quoi ?
- De te voir jaloux, surtout pour une Keltane...
Après qu'elle ait bu sa mixture, Cyliana se sentit de nouveau mal. Bien qu'elle tenta de le cacher, Enguerrand le remarqua et lui proposa de la ramener à sa chambre, ce qu'elle accepta volontiers. Ils saluèrent tout le monde et se dirigèrent vers les chambres.
Enguerrand aidait Cyliana à avancer, il avait passé son bras dans le dos de la Keltane et la soutenait par la hanche car elle ne se sentait pas bien du tout. Le contact du corps de Cyliana l'envoûta ainsi que son parfum. Sans s'en apercevoir, il ralentit le pas pour savourer au maximum ce contact.
Quand ils arrivèrent à la chambre, il allongea Cyliana sur son lit et lui retira ses bottes avant de la couvrir. Il s'assit ensuite à ses côtés et lui caressa affectueusement le visage, écartant quelques mèches de cheveux de son visage.
- Tu te sens un peu mieux ?
- Oui, merci. Mais c'est décidé, je ne prends plus cette potion ! Je préfère de loin tes tisanes. Déjà, elles sont meilleures, et en plus elles ne me rendent pas malade !
Enguerrand jubila à cette nouvelle. Cyliana s'en aperçut, mais amusée, elle préféra ne rien dire.
- Il vaut mieux que tu ailles te coucher avant que quelqu'un ne se fâche.
Enguerrand approuva. Il se leva et souhaita une bonne nuit à Cyliana puis à Kriar. Il sortit ensuite et se dirigea vers sa chambre juste en face. Il se débarrassa de ses bottes puis s'allongea sur son lit, s'endormant lentement, le visage de Cyliana toujours en tête...




