Il avait froid. Quand il ouvrit les yeux, il s'aperçut qu'il était allongé sur un sol entièrement recouvert de neige. Il se releva en toute hâte et chercha désespérément Cyliana. Ce qu'il vit le stupéfia. Il était au milieu d'une place de village entièrement pavée. Une somptueuse fontaine se trouvait à ses côtés, et bien qu'elle soit recouverte de neige, il pouvait contempler les six magnifiques statues en forme de Dragon d'où normalement l'eau s'écoulait de leurs gueules.
Enguerrand s'arracha à la contemplation de la fontaine. Il ne savait toujours pas où il était, et encore moins où était Cyliana.
Il observa les alentours de la place, avec ses somptueuses maisons et leurs cheminées d'où s'échappaient de la fumée. Il ne put s'empêcher de penser qu'il n'était plus en Azurain. Les maisons étant par trop différentes de celles dont il était habitué. Il chercha à trouver où il se trouvait. Il ne tarda pas à avoir un élément de réponse en apercevant un groupe d'hommes vêtus chaudement. Ils riaient joyeusement et semblaient n'être nullement gêné par la neige qui tombait toujours.
Enguerrand se figea, ne sachant pas comment ils allaient réagir à la vue d'un étranger qui n'était même pas de leur peuple. Mais ses craintes se révélèrent vaines, les hommes passant près de lui sans le voir. Il comprit alors qu'il était dans un souvenir, mais lequel ? La réponse ne tarda pas à venir quand l'un des hommes retira son chapeau pour en enlever la neige. Il avait de longs cheveux noirs et Enguerrand entraperçut furtivement deux oreilles légèrement pointues.
Sa curiosité fut piquée à vif. Comment se faisait-il qu'aucun d'entre eux n'ait la Marque ? Cela signifiait que ce souvenir datait d'avant les jours sombres et la guerre du Grand Chaos... Cela expliquait également pourquoi ils étaient si insouciants.
Sans savoir pourquoi, il se sentait attiré vers une ruelle non loin de lui. Cherchant à en connaître la raison, il s'y engagea et avança jusqu'à atteindre la sortie de la ville. Il se trouva face à la campagne où une dizaine d'enfants ayant tous entre huit et dix ans jouaient dans la plaine à une bataille de boule de neige.
Cette vision lui rappela l'un de ses souvenirs heureux avec son frère et les fils du forgeron. Il alla s'asseoir sur une caisse posée derrière une maison tout en continuant à regarder les enfants jouer gaiement. Deux d'entre eux attirèrent particulièrement son attention. Il n'en distinguait qu'un clairement, l'autre étant caché par le premier qui se faisait un devoir de protéger son ami des nombreuses boules de neiges qu'on leur envoyait. Le jeune garçon répliquait aux attaques de ses camarades avec énergie, envoyant boule de neige sur boule de neige, et rare étaient celles qui manquaient leur cible. De temps en temps, Enguerrand apercevait la main ganté du deuxième enfant apparaître pour lancer maladroitement une petite boule de neige.
Au bout d'un moment, tous les enfants se réunirent ensemble contre leurs deux camarades. Enguerrand les entendaient rire pendant la bataille acharnée qu'ils se livraient. À un moment, le jeune garçon fut déséquilibré et entraîna dans sa chute son ami qui tomba également. Tous les deux rirent, amusés. Enguerrand découvrit alors le visage aux joues rougies par le froid d'une jeune fille le sourire aux lèvres. Alors qu'ils étaient encore au sol, la fille se précipita sur son ami et lui lança une boule de neige sur le visage. Son compagnon l'attrapa et la serra dans ses bras pour l'empêcher de fuir. Leurs rires se répercutaient dans la plaine enneigée, réchauffant le paysage de leur gaieté.
Alors que le garçon se relevait et aidait son amie à en faire autant, une jeune femme, âgée d'une vingtaine d'années, emmitouflée dans un chaud manteau, demanda à tous les enfants de rentrer chez eux, ce que tous s'empressèrent de faire, joyeux. Enguerrand suivit les deux jeunes amis qui se poursuivaient, une boule de neige à la main.
Mais en arrivant sur la place, Enguerrand se sentit tomber dans le vide, lui coupant le souffle et le plongeant dans le noir. Quand il retrouva pied, il se retrouva une nouvelle fois sur la place du village, mais tout avait changé.




