Chapitre Quatorze, première partie.

Chapitre Quatorze, première partie.
CHAPITRE 14





Il avait froid. Quand il ouvrit les yeux, il s'aperçut qu'il était allongé sur un sol entièrement recouvert de neige. Il se releva en toute hâte et chercha désespérément Cyliana. Ce qu'il vit le stupéfia. Il était au milieu d'une place de village entièrement pavée. Une somptueuse fontaine se trouvait à ses côtés, et bien qu'elle soit recouverte de neige, il pouvait contempler les six magnifiques statues en forme de Dragon d'où normalement l'eau s'écoulait de leurs gueules.

Enguerrand s'arracha à la contemplation de la fontaine. Il ne savait toujours pas où il était, et encore moins où était Cyliana.

Il observa les alentours de la place, avec ses somptueuses maisons et leurs cheminées d'où s'échappaient de la fumée. Il ne put s'empêcher de penser qu'il n'était plus en Azurain. Les maisons étant par trop différentes de celles dont il était habitué. Il chercha à trouver où il se trouvait. Il ne tarda pas à avoir un élément de réponse en apercevant un groupe d'hommes vêtus chaudement. Ils riaient joyeusement et semblaient n'être nullement gêné par la neige qui tombait toujours.

Enguerrand se figea, ne sachant pas comment ils allaient réagir à la vue d'un étranger qui n'était même pas de leur peuple. Mais ses craintes se révélèrent vaines, les hommes passant près de lui sans le voir. Il comprit alors qu'il était dans un souvenir, mais lequel ? La réponse ne tarda pas à venir quand l'un des hommes retira son chapeau pour en enlever la neige. Il avait de longs cheveux noirs et Enguerrand entraperçut furtivement deux oreilles légèrement pointues.

Sa curiosité fut piquée à vif. Comment se faisait-il qu'aucun d'entre eux n'ait la Marque ? Cela signifiait que ce souvenir datait d'avant les jours sombres et la guerre du Grand Chaos... Cela expliquait également pourquoi ils étaient si insouciants.

Sans savoir pourquoi, il se sentait attiré vers une ruelle non loin de lui. Cherchant à en connaître la raison, il s'y engagea et avança jusqu'à atteindre la sortie de la ville. Il se trouva face à la campagne où une dizaine d'enfants ayant tous entre huit et dix ans jouaient dans la plaine à une bataille de boule de neige.

Cette vision lui rappela l'un de ses souvenirs heureux avec son frère et les fils du forgeron. Il alla s'asseoir sur une caisse posée derrière une maison tout en continuant à regarder les enfants jouer gaiement. Deux d'entre eux attirèrent particulièrement son attention. Il n'en distinguait qu'un clairement, l'autre étant caché par le premier qui se faisait un devoir de protéger son ami des nombreuses boules de neiges qu'on leur envoyait. Le jeune garçon répliquait aux attaques de ses camarades avec énergie, envoyant boule de neige sur boule de neige, et rare étaient celles qui manquaient leur cible. De temps en temps, Enguerrand apercevait la main ganté du deuxième enfant apparaître pour lancer maladroitement une petite boule de neige.

Au bout d'un moment, tous les enfants se réunirent ensemble contre leurs deux camarades. Enguerrand les entendaient rire pendant la bataille acharnée qu'ils se livraient. À un moment, le jeune garçon fut déséquilibré et entraîna dans sa chute son ami qui tomba également. Tous les deux rirent, amusés. Enguerrand découvrit alors le visage aux joues rougies par le froid d'une jeune fille le sourire aux lèvres. Alors qu'ils étaient encore au sol, la fille se précipita sur son ami et lui lança une boule de neige sur le visage. Son compagnon l'attrapa et la serra dans ses bras pour l'empêcher de fuir. Leurs rires se répercutaient dans la plaine enneigée, réchauffant le paysage de leur gaieté.

Alors que le garçon se relevait et aidait son amie à en faire autant, une jeune femme, âgée d'une vingtaine d'années, emmitouflée dans un chaud manteau, demanda à tous les enfants de rentrer chez eux, ce que tous s'empressèrent de faire, joyeux. Enguerrand suivit les deux jeunes amis qui se poursuivaient, une boule de neige à la main.

Mais en arrivant sur la place, Enguerrand se sentit tomber dans le vide, lui coupant le souffle et le plongeant dans le noir. Quand il retrouva pied, il se retrouva une nouvelle fois sur la place du village, mais tout avait changé.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le lundi 18 juin 2007 10:04
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:09

Chapitre Quatorze, deuxième partie.

Chapitre Quatorze, deuxième partie.
(Dessin que j'adore réalisé par Feeyuu, encore un grand merci ^_^)


Ce qu'il y découvrit l'inquiéta.

Il faisait nuit, de nombreux feux avaient été allumés à divers endroits de la ville. Des Keltans en arme se déplaçaient dans la ville sur le qui-vive. Quand il y regarda de plus près, Enguerrand s'aperçut que la plupart des armes n'étaient en réalité que de simples pieux en bois et des fourches. Rares étaient ceux qui avaient une épée ou même une dague. Encore plus rare étaient ceux qui possédaient un arc.

Enguerrand se déplaça lentement dans la ville, cherchant à comprendre ce qui se passait, lorsque soudain, passa devant lui la jeune fille de la vision précédente. Elle devait avoir maintenant entre quatorze et seize ans. Elle avait un visage inquiet, son regard cherchait désespérément quelque chose, ou plus exactement quelqu'un. Enguerrand décida de la suivre.

Elle avançait rapidement au sein de la ville, son regard allant frénétiquement de gauche à droite. Elle était tellement prise par ses recherches, qu'elle ne faisait pas attention à ceux qui lui ordonnaient de rentrer chez-elle.

Enguerrand comprit au fur et à mesure qu'ils avançaient, que le village s'apprêtait à contenir un assaut, les rues sortant de la ville ayant été barricadées avec tout et n'importe quoi. Il était aussi évident que la jeune Keltane recherchait désespérément son ami. Et lorsqu'elle s'arrêta dans un cri d'effroi, il remarqua que le jeune homme était de dos, devant une barricade, l'épée à la main, visiblement prêt à se battre.

Après s'être remise de sa surprise, la Keltane se précipita sur son ami et l'attrapa par le bras pour qu'il se retourne. Tout d'abord surpris, il se ressaisit et lui demanda ce qu'elle avait. La jeune fille n'en crut pas ses oreilles. Ses membres tremblaient sous l'émotion, n'arrivant qu'au prix d'un terrible effort à contenir ses larmes.

- Que fais-tu ici ? Il faut que tu rentres ! Tu n'as pas à te battre ! s'exclama-t-elle apeurée.
- Et pourquoi ça ? J'ai des armes ! Mon père m'a appris à m'en servir ! Je dois les aider à défendre la ville !

La Keltane, à deux doigts de perdre son combat contre les larmes, semblait également prête à devenir hystérique.

- Mais tu es trop jeune pour te battre ! Pour mourir !

Le jeune Keltan, attendrit, rengaina son épée. Il se rapprocha ensuite de son amie et posa ses mains sur ses épaules afin de capter son regard.

- L'on n'est jamais trop jeune quand il s'agit de protéger ceux que l'on aime du Maître Noir !

La Keltane chancela et tomba à genoux, un flot ininterrompu de larmes cascadant sur ses joues, vaincue. Elle enfouie son visage entre ses mains et laissa échapper un cri de douleur. Le jeune homme la regardait tétanisé, ne sachant que faire. Il se décida tout de même à essayer de la relever. Elle l'en empêcha et après avoir légèrement reprit son souffle, elle le supplia une dernière fois de venir avec elle. Attendri, il la releva tendrement. Une fois debout, elle se jeta dans ses bras et laissa de nouveau couler ses larmes. Après une brève étreinte, il s'écarta et attrapa sa main afin de la raccompagner chez elle.

Impuissante, elle se laissa faire. Ils retournèrent vers la place du village avant de se diriger vers l'une des maisons qui la bordait. Le jeune homme entra sans hésiter et ramena son amie auprès de sa famille qui se faisait du souci pour elle, ne sachant pas où elle était passée. Mais la joie fut de courte durée. Quand ils aperçurent l'épée qui pendait à la ceinture du jeune homme, toutes les femmes présentes tentèrent de le dissuader de repartir. Mais la détermination se lisait sur le visage du jeune homme. Il ne cessait de regarder son amie qui était blottie dans les bras de sa mère, les larmes dévalant abondamment son visage.

Après une dernière tentative qui échoua pour le faire rester, tout le monde abandonna. Toujours aussi résigné, il s'approcha de son amie et déposa un baisé sur sa joue en signe d'adieu et se dirigea sans hésiter vers la porte. Alors qu'Enguerrand allait le suivre, la jeune fille le dépassa en courant, rattrapa son compagnon et l'obligea une dernière fois à se retourner. Elle l'attira ensuite dans ses bras et déposa un tendre baisé sur ces lèvres. Quand ils se séparèrent, elle lui demanda, les larmes aux yeux, de revenir le plus vite possible.

Sonné, il la contempla un long moment, réalisant lentement ce qui venait de lui arriver. Des larmes apparurent à ses yeux. Soudain, il l'attira dans ses bras et l'embrassa sur le front, tout en lui promettant de tout faire pour revenir.

Les cris des hommes retentirent brusquement dans la ville, prévenant que l'ennemi approchait. Le jeune Keltan embrassa de nouveau son amie sur le front et se dirigea vers la porte, plus déterminé que jamais.

Enguerrand le suivit, et lorsqu'il franchit la porte, le vide s'ouvrit de nouveau sous ses pieds le plongeant dans le noir...
# Posté le lundi 18 juin 2007 10:06
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:10

Chapitre Quatorze, troisième partie.

Chapitre Quatorze, troisième partie.
(Le jeune couple)


Quand il reprit pied, il se retrouva dans une ruelle visiblement en début de soirée. À ses côtés, il retrouva le couple qu'il venait de quitter, un peu plus vieux que dans le souvenir précédent. Ils étaient enlacés et s'embrassaient passionnément. Ils semblaient être les plus heureux du monde. Mais pour Enguerrand, une sourde angoisse venait d'apparaître. Il n'avait maintenant plus aucun doute. La jeune femme était bien celle qui lui avait sauvé la vie à plusieurs reprises...

Inconsciente du danger dont elle allait être la cible, la Keltane était heureuse dans les bras de son compagnon.

- Je voudrais tellement pouvoir t'épouser tout de suite, t'avoir à mes côtés pour toujours ! murmura le jeune homme enjoué.

La jeune Keltane, tout sourire, approcha ses lèvres de son compagnon et l'embrassa tendrement avant de s'écarter à nouveau.

- Mais pour cela, il va falloir attendre l'année prochaine que j'ai dix-neuf ans !

Il la serra un peu plus dans ses bras avant de lui déposer un baiser sur la joue.

- J'attendrai le temps qu'il faudra, mais pas trop j'espère !
- Je te promets que non ! Je veux t'épouser le jour même de mes dix-neuf ans. Mes parents sont déjà d'accord !

Le Keltan la regarda abasourdi avant de rayonner de joie et de l'embrasser de nouveau. Tout les deux avaient des larmes de joies...

Sans qu'il ne s'y attende, Enguerrand fut de nouveau plongé dans le noir avant de rapidement se retrouver dans la même ruelle qu'il venait de quitter. Cette fois-ci, le soleil venait juste de faire son apparition. Le couple était encore à ses côtés, comme il les avait abandonné, dans les bras l'un de l'autre, ils étaient toutefois habillés différemment.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 19 juin 2007 07:46
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:10

Chapitre Quatorze, quatrième partie.

Chapitre Quatorze, quatrième partie.
- Enfin nous allons nous marier, s'exclama la Keltane excitée, je t'aime ! Cela fait si longtemps que j'attends ce moment ! Mais ne traînons pas ! Il faut que j'aille me préparer, et toi aussi ! Il faut que tout soit parfait ! (La Keltane embrassa son compagnon avant de s'écarter de nouveau.) Je ne vais pas pouvoir supporter d'être séparée de toi si longtemps !

- Moi non plus ! Tu me manques déjà.

La Keltane lui sauta au cou et l'embrassa une dernière fois avant de s'échapper de son étreinte et de lui faire un signe de la main alors qu'elle s'éloignait. Enguerrand décida de la suivre. Une fois arrivé chez elle, elle rencontra sa mère qui la regardait faussement énerver.

- Tu étais déjà allée le retrouver ? Tu ne peux donc pas le quitter un instant ? Prépare-toi d'abord à l'épouser. Après tu pourras rester à ses côtés autant de temps que tu le désireras. Mais pour l'instant, tu fais jaser les commères.

La Keltane prit affectueusement sa mère dans ses bras, ce que sa mère s'empressa d'imiter.

- Ah, tu es une véritable chipie ! Allez, viens, il faut te préparer. Que dirait ton amoureux si tu arrivais habiller ainsi pour ton mariage ?
- Il dirait qu'il m'aime comme je suis !

La mère qui se doutait de la réponse haussa les épaules.

- Peut-être, mais tu dois l'impressionner. Ce n'est pas un jour comme les autres !

La jeune femme attrapa les mains de sa mère et commença à tourner avec elle, radieuse.

- Je sais ! Je vais enfin l'épouser ! Oh, maman je suis si heureuse !

Puis sans s'arrêter, elle entraîna sa mère vers les escaliers et grimpa à l'étage à toute vitesse avant de se diriger vers sa chambre. Sur son lit, était étendue une magnifique robe bleue. La Keltane la prit et alla s'habiller.

- Attend-moi, je n'en ai pas pour longtemps !

La mère s'assit sur le lit de sa fille et ferma les yeux. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues. Peu de temps après, la jeune femme revint, merveilleuse dans sa robe de mariée. Sa mère la regarda émue et aida sa fille à terminer d'ajuster sa robe. Elle lui prit ensuite la main et la fit asseoir sur une chaise, face à la fenêtre, et commença à la coiffer avec tendresse.

Alors qu'elle venait juste de terminer, un homme entra rapidement après avoir frappé. La jeune Keltane se leva et se précipita dans ses bras.

- Ma chère fille, c'est le grand jour. Tu as à peine dix-neuf ans ! Jamais je n'aurais pensé que tu nous quitterais si rapidement !
- Mais je reviendrai souvent vous voir maman et toi ! Je te le promets !
- Je n'en doute pas ! Mais d'abord, tu dois te préparer pour ton mariage ! Il y a aussi le forgeron itinérant qui veut te voir avant de partir.
- Me voir ? Pourquoi donc ?
- Il souhaite t'offrir un présent. Il a appris que tu te mariais aujourd'hui et comme il doit partir avant la cérémonie.

Elle hésita quelques secondes, ne semblant pas très rassurée.

- J'y vais tout de suite alors. Comme ça j'aurai tout mon temps ensuite pour terminer de me préparer.
- Dans ce cas là, je vais surveiller que tout soit prêt pour le repas.
- Je vais de ce pas aider ta mère ! s'exclama le père joyeux.

Avant de partir, il la serra dans ses bras et l'embrassa tendrement sur la joue.

- Tu es la plus belle, après ta mère bien évidemment !

Il lui fit un clin d'½il puis s'en alla.

La Keltane vérifia une dernière fois sa robe dans la glace. Satisfaite, elle descendit à son tour et s'en alla chez le forgeron. Elle se dirigea rapidement vers une maison qui bordait l'un des sorties de la ville. Enguerrand constata qu'elle semblait soudain inquiète et nerveuse. Quelque chose lui dit qu'elle n'avait pas confiance en cet homme, et vue ce qu'il savait, il était conscient qu'elle avait raison de se méfier...

Arrivée devant la porte, elle frappa et attendit quelques secondes qu'une puissante voix lui demande d'entrer, ce qu'elle se pressa de faire tout en prenant soin de ne pas fermer la porte.

- Vous désiriez me voir ?

Enguerrand découvrit un Keltan musclé portant des vêtements légers pour compenser la chaleur étouffante de la forge. Mais ce qui le frappa le plus, était le regard glacial qui détaillait la Keltane avec un sourire malveillant.

- Oui, je te désire...
- Pardon ? s'exclama la Keltane soudain affolée.

Alors qu'elle reculait précipitamment vers l'entrée pendant que le forgeron avançait, la porte se ferma violemment. Elle se retourna et essaya de l'ouvrir, en vain. Paniquée, elle commença à hurler, ne faisant qu'accentuer le sourire sadique du forgeron. Quand il arriva près d'elle, elle le regarda tétanisée, ne sachant que faire. Il lui agrippa le visage et l'embrassa de force, étouffant ses cris de rage, ne semblant pas ressentir les coups que la malheureuse lui assénait de toutes ses forces.

Quand il s'écarta, son sourire s'agrandit. Il empêcha la Keltane de bouger la tête d'une main, pendant qu'il posait la paume de son autre main sur le front de sa victime. Il ferma les yeux et murmura des mots qu'Enguerrand ne comprit pas, mais qui était vraisemblablement chargé d'une magie très puissante.

Quand il retira sa main, Enguerrand observa une étrange marque noire qui sembla s'enfoncer sous la peau de la jeune femme avant de totalement disparaître. Puis, le forgeron se recula, son sourire toujours présent.

La Keltane, essoufflée, le regarda sans comprendre. Pourtant la peur revint aussitôt. L'apparence du forgeron changea brutalement pour laisser place à un Elfe aux cheveux d'un blanc éblouissant et au visage noir, comme carbonisé où deux yeux perçants l'un à la pupille entièrement noir, et l'autre entièrement blanche la fixait avec une joie non dissimulé. La jeune femme apeurée, se retourna et tambourina de nouveau contre la porte tout en criant à l'aide. Pendant ce temps, le Maître Noir prit une épée posée sur une table. Enguerrand la reconnut aussitôt pour l'avoir prit en main.

- Enfin je t'ai trouvé ! Tu es pure et innocente ! Tu es celle qu'il me faut ! Moi, le Maître Noir, je vais enfin pouvoir soumettre toute chose de ce monde en mon pouvoir ! Et cela pour l'éternité...

La Keltane s'effondra, en larmes, ces cris s'estompèrent sous ses pleurs. Cependant, Enguerrand pouvait l'entendre murmurer, suppliant pour qu'on lui laisse la vie sauve. Mais le Maître Noir ne fut pas de cet avis et la fit relever brusquement en murmurant une formule magique. La Keltane se retrouva alors debout, les bras écartés en croix, sans possibilité de bouger. Le Maître Noir tendit alors le bras tenant l'épée et l'envoya se placer de façon à ce que le pommeau touche le menton de la Keltane et que la lame descende le long de son corps.

À ce moment là, de puissants coups retentirent contre la porte, ainsi que les cris effrayés du compagnon de la Keltane. Il demandait au forgeron d'ouvrir tout en essayant d'enfoncer la porte de plus en plus puissamment. Mais de son côté, le Maître Noir commença calmement à réciter une longue incantation qui déchaîna les éléments dans la salle, enveloppant de leurs puissances la Keltane qui était impuissante.

Enguerrand, tendu à craqué, enrageant de ne pouvoir rien faire pour empêcher ce qui allait se produire, remarqua que le Maître Noir tenait dans chaque main un Pendentif qui semblait à première vue identique...

Lorsque l'incantation fut terminée, une lumière aveuglante remplit la salle avant de disparaître tout aussi rapidement. Il ne restait plus à ce moment là que l'épée qui lévitait de nouveau en direction de son maître.

- Tu es maintenant à moi, Ténèbre !

Une fois en possession de l'épée, il posa son regard sur la porte qui tremblait violemment, comme si cela venait seulement d'attirer son attention. Reconnaissant la voix, il s'approcha calmement de la porte avant de l'ouvrir brusquement. Le jeune homme étonné, s'arrêta dans son élan, le visage tiré par la peur.

- Où est-elle ? Que lui avez-vous fait !

Le Maître Noir, hilare, lui présenta l'épée.

- Elle est à moi à présent ! Et rien qu'à moi ! Et cela pour l'éternité !

Le Keltan, affolé et enragé, voulu se jeter sur le monstre qui avait osé toucher à sa bien aimée. Mais avant de pouvoir l'atteindre, il fut brusquement projeté en arrière sous les regards ahurit des villageois qui passaient par là. Quand ils aperçurent le Maître Noir, ils restèrent quelques instants stupéfaits avant de s'enfuir en courrant.

Le Maître Noir put ainsi sortir du village calmement, sans que personne ne s'oppose à lui, tous trop apeurés ou hébétés pour tenter quoi que se soit...

Une fois qu'il fut parti, quelques villageois s'approchèrent du jeune homme toujours allongé sur le sol, une marre de sang inondant les pavés au niveau de son crâne...
# Posté le mardi 19 juin 2007 07:53
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:11

Chapitre Quatorze, cinquième partie.

Chapitre Quatorze, cinquième partie.
(Le Maître Noir)


Puisque je n'ai que des lectrices sadique, voici la suite ^_^

Bonne lecture !!!



De nouveau, Enguerrand se retrouva dans le noir pour presque aussitôt se retrouver à un autre moment et à un autre endroit. Il était à présent au sommet d'une colline, entourée de soldats. À ses côtés, se tenait le Maître Noir, l'épée à la main, surveillant impérieusement la bataille se déroulant face à lui.

Enguerrand reconnut sans difficulté cet endroit. Il s'agissait du lieu qu'il avait vu avec Cyliana, le lieu de la bataille du Grand Chaos...

Les deux armées s'affrontaient sans merci, usant des armes comme de la magie. De nombreux soldats périssaient à tous instants sous le regard calme et glacial du Maître Noir qui n'en avait que faire. Quittant des yeux le massacre, il leva son épée devant ses yeux.

- Il est temps de faire ce pour quoi tu as été créée !

Il prit de son autre main les Pendentifs posés autour de son cou et ferma les yeux. Mais à ce moment là, un homme en armure surgit de nulle part. Il s'agissait vraisemblablement d'un Keltan, et Enguerrand pensa deviner de qui il s'agissait.

Sans s'inquiéter des soldats qui l'entouraient, il s'approcha du Maître Noir et transperçât son corps de par en par, comme si l'armure n'offrait aucune protection. En voulant la retirer, l'homme la brisa. Enguerrand ressentit alors avec violence la même haine, la même rage qui l'avait envahit lorsqu'il s'était emparé de l'épée.

Le Maître Noir ne tarda pas à s'affaler sur le sol sous les yeux hagards des soldats qui l'entouraient. Seuls ceux de son meurtrier luisaient de plaisir derrière les fentes de son heaume. Puis, peu à peu, la lueur de plaisir laissa place à la tristesse. Il regarda le champ de bataille où déjà les combats cessaient sous les regards ahuris de milliers de soldats encore en vie.

L'homme reporta ensuite son attention sur le corps inerte du Maître Noir. Tremblant sous l'émotion, il se baissa et tenta de prendre l'épée. Lorsque ses doigts entrèrent en contact avec la poignée, un cri jaillit de sous son heaume. Un cri de douleur atroce qui glaça Enguerrand jusqu'aux os. Avec horreur, il vit le corps du Keltan s'effondrer sur le sol, l'armure fissurée de toute part, le heaume éclata pour révéler un visage méconnaissable. Dans un dernier sursaut, l'homme porta sa main vers son visage défiguré puis la déposa sur la garde de l'épée. À son contact, il se cabra de nouveau violemment puis retomba inerte...

Enguerrand regarda la scène attristé. Il se détourna de cette vision et se retrouva nez à nez avec la Keltane les larmes aux yeux.

Lorsque leurs regards se croisèrent, tout ce qui les entourait disparu, ils étaient à présent seuls.

- Bonjour Maître. Je suis désolée de vous avoir fait souffrir et de vous avoir obligé à voir toutes ses... futilités...

Enguerrand marqua un temps d'arrêt ahuri. Puis il explosa de colère.

- Comment ça futilités ! Cela n'a rien de futile ! C'était ta vie ! Il te l'a prise ! À cause de lui, tu as perdu celui que tu aimes, et à cause de ça il est...

Enguerrand s'arrêta net. Il refoula brusquement sa colère. Pourquoi avait-il hurlé ? Elle n'y était pour rien dans tout ça. Mais voir ce qui lui était arrivé, l'avait mis hors de lui. Pourquoi en était-il autant affecté ? De nouveau il enragea, mais cette fois-ci pour sa stupidité.

- Je suis désolé...

Enguerrand manqua plusieurs respirations. Elle était désolée ? Pourquoi donc ? Remarquant son incompréhension, elle s'expliqua.

- C'est en partie à cause de moi que vous ne pouvez pas être avec Cyliana... S'il ne m'avait pas trouvé, il n'aurait pas déclaré la guerre...

Quand il aperçut de nouvelles larmes coulées le long de ses joues, il s'approcha et l'attira dans ses bras, ce qui surprit beaucoup la Keltane qui resta figée.

Enguerrand ne pouvait plus supporter la douleur qu'il lisait dans son regard. Il trouvait tellement injuste ce qui lui était arrivé. Et il osait se plaindre de sa situation avec Cyliana ! Mais lui au moins l'avait encore à ses côtés !

- Tu n'as pas à t'excuser ! Tu n'y es pour rien ! Tu es une victime, et j'en suis désolé.

Il s'écarta et trouva le courage d'affronter son regard. Il prit alors conscience qu'il ne connaissait toujours pas son véritable nom.

- Comment t'appelles-tu ?

La Keltane hésita de longues secondes.

- Je ne le sais plus... Je ne me souviens pas non plus du prénom de... Mon premier Maître m'a donné pour nom Ténèbre !

De nouvelles larmes apparurent aux yeux de Ténèbre. Tendrement, il les essuya.

- Il n'y a pas un moyen pour que je puisse te rendre ta véritable apparence ?

La Keltane baissa les yeux.

- Un ancien maître a déjà essayé, sans succès... Et puis de toute façon, j'ai tout perdu ! Cela ne change plus rien pour moi...

Enguerrand la reprit dans ses bras et tenta maladroitement de la consoler. Il comprenait à présent d'où provenait toute la souffrance dans son regard, et cela lui était insupportable de ne rien pouvoir faire pour alléger sa peine.

Au bout d'un long moment, la Keltane s'écarta.

- Notre lien est désormais créé Maître, vous pouvez rejoindre Cyliana. Elle est très inquiète pour vous.
- Ne m'appelle pas « Maître » ! S'indigna Enguerrand, je suis ton ami.

La Keltane soudain rassurée lui adressa un large sourire enjoué qui éclaira son visage.

- Bien Enguerrand, Cyliana est pressée que tu reprennes tes esprits !

Enguerrand la regarda gêné.

- Et comment dois-je m'y prendre ?

Ténèbre sourit de nouveau à cette question avant de se rapprocher de lui. Elle posa sa main sur son bras et aussitôt Enguerrand sentit qu'il reprenait conscience.
# Posté le mercredi 20 juin 2007 06:38
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:12