Ce qu'il y découvrit l'inquiéta.
Il faisait nuit, de nombreux feux avaient été allumés à divers endroits de la ville. Des Keltans en arme se déplaçaient dans la ville sur le qui-vive. Quand il y regarda de plus près, Enguerrand s'aperçut que la plupart des armes n'étaient en réalité que de simples pieux en bois et des fourches. Rares étaient ceux qui avaient une épée ou même une dague. Encore plus rare étaient ceux qui possédaient un arc.
Enguerrand se déplaça lentement dans la ville, cherchant à comprendre ce qui se passait, lorsque soudain, passa devant lui la jeune fille de la vision précédente. Elle devait avoir maintenant entre quatorze et seize ans. Elle avait un visage inquiet, son regard cherchait désespérément quelque chose, ou plus exactement quelqu'un. Enguerrand décida de la suivre.
Elle avançait rapidement au sein de la ville, son regard allant frénétiquement de gauche à droite. Elle était tellement prise par ses recherches, qu'elle ne faisait pas attention à ceux qui lui ordonnaient de rentrer chez-elle.
Enguerrand comprit au fur et à mesure qu'ils avançaient, que le village s'apprêtait à contenir un assaut, les rues sortant de la ville ayant été barricadées avec tout et n'importe quoi. Il était aussi évident que la jeune Keltane recherchait désespérément son ami. Et lorsqu'elle s'arrêta dans un cri d'effroi, il remarqua que le jeune homme était de dos, devant une barricade, l'épée à la main, visiblement prêt à se battre.
Après s'être remise de sa surprise, la Keltane se précipita sur son ami et l'attrapa par le bras pour qu'il se retourne. Tout d'abord surpris, il se ressaisit et lui demanda ce qu'elle avait. La jeune fille n'en crut pas ses oreilles. Ses membres tremblaient sous l'émotion, n'arrivant qu'au prix d'un terrible effort à contenir ses larmes.
- Que fais-tu ici ? Il faut que tu rentres ! Tu n'as pas à te battre ! s'exclama-t-elle apeurée.
- Et pourquoi ça ? J'ai des armes ! Mon père m'a appris à m'en servir ! Je dois les aider à défendre la ville !
La Keltane, à deux doigts de perdre son combat contre les larmes, semblait également prête à devenir hystérique.
- Mais tu es trop jeune pour te battre ! Pour mourir !
Le jeune Keltan, attendrit, rengaina son épée. Il se rapprocha ensuite de son amie et posa ses mains sur ses épaules afin de capter son regard.
- L'on n'est jamais trop jeune quand il s'agit de protéger ceux que l'on aime du Maître Noir !
La Keltane chancela et tomba à genoux, un flot ininterrompu de larmes cascadant sur ses joues, vaincue. Elle enfouie son visage entre ses mains et laissa échapper un cri de douleur. Le jeune homme la regardait tétanisé, ne sachant que faire. Il se décida tout de même à essayer de la relever. Elle l'en empêcha et après avoir légèrement reprit son souffle, elle le supplia une dernière fois de venir avec elle. Attendri, il la releva tendrement. Une fois debout, elle se jeta dans ses bras et laissa de nouveau couler ses larmes. Après une brève étreinte, il s'écarta et attrapa sa main afin de la raccompagner chez elle.
Impuissante, elle se laissa faire. Ils retournèrent vers la place du village avant de se diriger vers l'une des maisons qui la bordait. Le jeune homme entra sans hésiter et ramena son amie auprès de sa famille qui se faisait du souci pour elle, ne sachant pas où elle était passée. Mais la joie fut de courte durée. Quand ils aperçurent l'épée qui pendait à la ceinture du jeune homme, toutes les femmes présentes tentèrent de le dissuader de repartir. Mais la détermination se lisait sur le visage du jeune homme. Il ne cessait de regarder son amie qui était blottie dans les bras de sa mère, les larmes dévalant abondamment son visage.
Après une dernière tentative qui échoua pour le faire rester, tout le monde abandonna. Toujours aussi résigné, il s'approcha de son amie et déposa un baisé sur sa joue en signe d'adieu et se dirigea sans hésiter vers la porte. Alors qu'Enguerrand allait le suivre, la jeune fille le dépassa en courant, rattrapa son compagnon et l'obligea une dernière fois à se retourner. Elle l'attira ensuite dans ses bras et déposa un tendre baisé sur ces lèvres. Quand ils se séparèrent, elle lui demanda, les larmes aux yeux, de revenir le plus vite possible.
Sonné, il la contempla un long moment, réalisant lentement ce qui venait de lui arriver. Des larmes apparurent à ses yeux. Soudain, il l'attira dans ses bras et l'embrassa sur le front, tout en lui promettant de tout faire pour revenir.
Les cris des hommes retentirent brusquement dans la ville, prévenant que l'ennemi approchait. Le jeune Keltan embrassa de nouveau son amie sur le front et se dirigea vers la porte, plus déterminé que jamais.
Enguerrand le suivit, et lorsqu'il franchit la porte, le vide s'ouvrit de nouveau sous ses pieds le plongeant dans le noir...




