Chapitre Quatorze, deuxième partie.

Chapitre Quatorze, deuxième partie.
(Dessin que j'adore réalisé par Feeyuu, encore un grand merci ^_^)


Ce qu'il y découvrit l'inquiéta.

Il faisait nuit, de nombreux feux avaient été allumés à divers endroits de la ville. Des Keltans en arme se déplaçaient dans la ville sur le qui-vive. Quand il y regarda de plus près, Enguerrand s'aperçut que la plupart des armes n'étaient en réalité que de simples pieux en bois et des fourches. Rares étaient ceux qui avaient une épée ou même une dague. Encore plus rare étaient ceux qui possédaient un arc.

Enguerrand se déplaça lentement dans la ville, cherchant à comprendre ce qui se passait, lorsque soudain, passa devant lui la jeune fille de la vision précédente. Elle devait avoir maintenant entre quatorze et seize ans. Elle avait un visage inquiet, son regard cherchait désespérément quelque chose, ou plus exactement quelqu'un. Enguerrand décida de la suivre.

Elle avançait rapidement au sein de la ville, son regard allant frénétiquement de gauche à droite. Elle était tellement prise par ses recherches, qu'elle ne faisait pas attention à ceux qui lui ordonnaient de rentrer chez-elle.

Enguerrand comprit au fur et à mesure qu'ils avançaient, que le village s'apprêtait à contenir un assaut, les rues sortant de la ville ayant été barricadées avec tout et n'importe quoi. Il était aussi évident que la jeune Keltane recherchait désespérément son ami. Et lorsqu'elle s'arrêta dans un cri d'effroi, il remarqua que le jeune homme était de dos, devant une barricade, l'épée à la main, visiblement prêt à se battre.

Après s'être remise de sa surprise, la Keltane se précipita sur son ami et l'attrapa par le bras pour qu'il se retourne. Tout d'abord surpris, il se ressaisit et lui demanda ce qu'elle avait. La jeune fille n'en crut pas ses oreilles. Ses membres tremblaient sous l'émotion, n'arrivant qu'au prix d'un terrible effort à contenir ses larmes.

- Que fais-tu ici ? Il faut que tu rentres ! Tu n'as pas à te battre ! s'exclama-t-elle apeurée.
- Et pourquoi ça ? J'ai des armes ! Mon père m'a appris à m'en servir ! Je dois les aider à défendre la ville !

La Keltane, à deux doigts de perdre son combat contre les larmes, semblait également prête à devenir hystérique.

- Mais tu es trop jeune pour te battre ! Pour mourir !

Le jeune Keltan, attendrit, rengaina son épée. Il se rapprocha ensuite de son amie et posa ses mains sur ses épaules afin de capter son regard.

- L'on n'est jamais trop jeune quand il s'agit de protéger ceux que l'on aime du Maître Noir !

La Keltane chancela et tomba à genoux, un flot ininterrompu de larmes cascadant sur ses joues, vaincue. Elle enfouie son visage entre ses mains et laissa échapper un cri de douleur. Le jeune homme la regardait tétanisé, ne sachant que faire. Il se décida tout de même à essayer de la relever. Elle l'en empêcha et après avoir légèrement reprit son souffle, elle le supplia une dernière fois de venir avec elle. Attendri, il la releva tendrement. Une fois debout, elle se jeta dans ses bras et laissa de nouveau couler ses larmes. Après une brève étreinte, il s'écarta et attrapa sa main afin de la raccompagner chez elle.

Impuissante, elle se laissa faire. Ils retournèrent vers la place du village avant de se diriger vers l'une des maisons qui la bordait. Le jeune homme entra sans hésiter et ramena son amie auprès de sa famille qui se faisait du souci pour elle, ne sachant pas où elle était passée. Mais la joie fut de courte durée. Quand ils aperçurent l'épée qui pendait à la ceinture du jeune homme, toutes les femmes présentes tentèrent de le dissuader de repartir. Mais la détermination se lisait sur le visage du jeune homme. Il ne cessait de regarder son amie qui était blottie dans les bras de sa mère, les larmes dévalant abondamment son visage.

Après une dernière tentative qui échoua pour le faire rester, tout le monde abandonna. Toujours aussi résigné, il s'approcha de son amie et déposa un baisé sur sa joue en signe d'adieu et se dirigea sans hésiter vers la porte. Alors qu'Enguerrand allait le suivre, la jeune fille le dépassa en courant, rattrapa son compagnon et l'obligea une dernière fois à se retourner. Elle l'attira ensuite dans ses bras et déposa un tendre baisé sur ces lèvres. Quand ils se séparèrent, elle lui demanda, les larmes aux yeux, de revenir le plus vite possible.

Sonné, il la contempla un long moment, réalisant lentement ce qui venait de lui arriver. Des larmes apparurent à ses yeux. Soudain, il l'attira dans ses bras et l'embrassa sur le front, tout en lui promettant de tout faire pour revenir.

Les cris des hommes retentirent brusquement dans la ville, prévenant que l'ennemi approchait. Le jeune Keltan embrassa de nouveau son amie sur le front et se dirigea vers la porte, plus déterminé que jamais.

Enguerrand le suivit, et lorsqu'il franchit la porte, le vide s'ouvrit de nouveau sous ses pieds le plongeant dans le noir...

# Posté le lundi 18 juin 2007 10:06

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:10

Chapitre Quatorze, troisième partie.

Chapitre Quatorze, troisième partie.
(Le jeune couple)


Quand il reprit pied, il se retrouva dans une ruelle visiblement en début de soirée. À ses côtés, il retrouva le couple qu'il venait de quitter, un peu plus vieux que dans le souvenir précédent. Ils étaient enlacés et s'embrassaient passionnément. Ils semblaient être les plus heureux du monde. Mais pour Enguerrand, une sourde angoisse venait d'apparaître. Il n'avait maintenant plus aucun doute. La jeune femme était bien celle qui lui avait sauvé la vie à plusieurs reprises...

Inconsciente du danger dont elle allait être la cible, la Keltane était heureuse dans les bras de son compagnon.

- Je voudrais tellement pouvoir t'épouser tout de suite, t'avoir à mes côtés pour toujours ! murmura le jeune homme enjoué.

La jeune Keltane, tout sourire, approcha ses lèvres de son compagnon et l'embrassa tendrement avant de s'écarter à nouveau.

- Mais pour cela, il va falloir attendre l'année prochaine que j'ai dix-neuf ans !

Il la serra un peu plus dans ses bras avant de lui déposer un baiser sur la joue.

- J'attendrai le temps qu'il faudra, mais pas trop j'espère !
- Je te promets que non ! Je veux t'épouser le jour même de mes dix-neuf ans. Mes parents sont déjà d'accord !

Le Keltan la regarda abasourdi avant de rayonner de joie et de l'embrasser de nouveau. Tout les deux avaient des larmes de joies...

Sans qu'il ne s'y attende, Enguerrand fut de nouveau plongé dans le noir avant de rapidement se retrouver dans la même ruelle qu'il venait de quitter. Cette fois-ci, le soleil venait juste de faire son apparition. Le couple était encore à ses côtés, comme il les avait abandonné, dans les bras l'un de l'autre, ils étaient toutefois habillés différemment.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 19 juin 2007 07:46

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:10

Chapitre Quatorze, quatrième partie.

Chapitre Quatorze, quatrième partie.
- Enfin nous allons nous marier, s'exclama la Keltane excitée, je t'aime ! Cela fait si longtemps que j'attends ce moment ! Mais ne traînons pas ! Il faut que j'aille me préparer, et toi aussi ! Il faut que tout soit parfait ! (La Keltane embrassa son compagnon avant de s'écarter de nouveau.) Je ne vais pas pouvoir supporter d'être séparée de toi si longtemps !

- Moi non plus ! Tu me manques déjà.

La Keltane lui sauta au cou et l'embrassa une dernière fois avant de s'échapper de son étreinte et de lui faire un signe de la main alors qu'elle s'éloignait. Enguerrand décida de la suivre. Une fois arrivé chez elle, elle rencontra sa mère qui la regardait faussement énerver.

- Tu étais déjà allée le retrouver ? Tu ne peux donc pas le quitter un instant ? Prépare-toi d'abord à l'épouser. Après tu pourras rester à ses côtés autant de temps que tu le désireras. Mais pour l'instant, tu fais jaser les commères.

La Keltane prit affectueusement sa mère dans ses bras, ce que sa mère s'empressa d'imiter.

- Ah, tu es une véritable chipie ! Allez, viens, il faut te préparer. Que dirait ton amoureux si tu arrivais habiller ainsi pour ton mariage ?
- Il dirait qu'il m'aime comme je suis !

La mère qui se doutait de la réponse haussa les épaules.

- Peut-être, mais tu dois l'impressionner. Ce n'est pas un jour comme les autres !

La jeune femme attrapa les mains de sa mère et commença à tourner avec elle, radieuse.

- Je sais ! Je vais enfin l'épouser ! Oh, maman je suis si heureuse !

Puis sans s'arrêter, elle entraîna sa mère vers les escaliers et grimpa à l'étage à toute vitesse avant de se diriger vers sa chambre. Sur son lit, était étendue une magnifique robe bleue. La Keltane la prit et alla s'habiller.

- Attend-moi, je n'en ai pas pour longtemps !

La mère s'assit sur le lit de sa fille et ferma les yeux. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues. Peu de temps après, la jeune femme revint, merveilleuse dans sa robe de mariée. Sa mère la regarda émue et aida sa fille à terminer d'ajuster sa robe. Elle lui prit ensuite la main et la fit asseoir sur une chaise, face à la fenêtre, et commença à la coiffer avec tendresse.

Alors qu'elle venait juste de terminer, un homme entra rapidement après avoir frappé. La jeune Keltane se leva et se précipita dans ses bras.

- Ma chère fille, c'est le grand jour. Tu as à peine dix-neuf ans ! Jamais je n'aurais pensé que tu nous quitterais si rapidement !
- Mais je reviendrai souvent vous voir maman et toi ! Je te le promets !
- Je n'en doute pas ! Mais d'abord, tu dois te préparer pour ton mariage ! Il y a aussi le forgeron itinérant qui veut te voir avant de partir.
- Me voir ? Pourquoi donc ?
- Il souhaite t'offrir un présent. Il a appris que tu te mariais aujourd'hui et comme il doit partir avant la cérémonie.

Elle hésita quelques secondes, ne semblant pas très rassurée.

- J'y vais tout de suite alors. Comme ça j'aurai tout mon temps ensuite pour terminer de me préparer.
- Dans ce cas là, je vais surveiller que tout soit prêt pour le repas.
- Je vais de ce pas aider ta mère ! s'exclama le père joyeux.

Avant de partir, il la serra dans ses bras et l'embrassa tendrement sur la joue.

- Tu es la plus belle, après ta mère bien évidemment !

Il lui fit un clin d'½il puis s'en alla.

La Keltane vérifia une dernière fois sa robe dans la glace. Satisfaite, elle descendit à son tour et s'en alla chez le forgeron. Elle se dirigea rapidement vers une maison qui bordait l'un des sorties de la ville. Enguerrand constata qu'elle semblait soudain inquiète et nerveuse. Quelque chose lui dit qu'elle n'avait pas confiance en cet homme, et vue ce qu'il savait, il était conscient qu'elle avait raison de se méfier...

Arrivée devant la porte, elle frappa et attendit quelques secondes qu'une puissante voix lui demande d'entrer, ce qu'elle se pressa de faire tout en prenant soin de ne pas fermer la porte.

- Vous désiriez me voir ?

Enguerrand découvrit un Keltan musclé portant des vêtements légers pour compenser la chaleur étouffante de la forge. Mais ce qui le frappa le plus, était le regard glacial qui détaillait la Keltane avec un sourire malveillant.

- Oui, je te désire...
- Pardon ? s'exclama la Keltane soudain affolée.

Alors qu'elle reculait précipitamment vers l'entrée pendant que le forgeron avançait, la porte se ferma violemment. Elle se retourna et essaya de l'ouvrir, en vain. Paniquée, elle commença à hurler, ne faisant qu'accentuer le sourire sadique du forgeron. Quand il arriva près d'elle, elle le regarda tétanisée, ne sachant que faire. Il lui agrippa le visage et l'embrassa de force, étouffant ses cris de rage, ne semblant pas ressentir les coups que la malheureuse lui assénait de toutes ses forces.

Quand il s'écarta, son sourire s'agrandit. Il empêcha la Keltane de bouger la tête d'une main, pendant qu'il posait la paume de son autre main sur le front de sa victime. Il ferma les yeux et murmura des mots qu'Enguerrand ne comprit pas, mais qui était vraisemblablement chargé d'une magie très puissante.

Quand il retira sa main, Enguerrand observa une étrange marque noire qui sembla s'enfoncer sous la peau de la jeune femme avant de totalement disparaître. Puis, le forgeron se recula, son sourire toujours présent.

La Keltane, essoufflée, le regarda sans comprendre. Pourtant la peur revint aussitôt. L'apparence du forgeron changea brutalement pour laisser place à un Elfe aux cheveux d'un blanc éblouissant et au visage noir, comme carbonisé où deux yeux perçants l'un à la pupille entièrement noir, et l'autre entièrement blanche la fixait avec une joie non dissimulé. La jeune femme apeurée, se retourna et tambourina de nouveau contre la porte tout en criant à l'aide. Pendant ce temps, le Maître Noir prit une épée posée sur une table. Enguerrand la reconnut aussitôt pour l'avoir prit en main.

- Enfin je t'ai trouvé ! Tu es pure et innocente ! Tu es celle qu'il me faut ! Moi, le Maître Noir, je vais enfin pouvoir soumettre toute chose de ce monde en mon pouvoir ! Et cela pour l'éternité...

La Keltane s'effondra, en larmes, ces cris s'estompèrent sous ses pleurs. Cependant, Enguerrand pouvait l'entendre murmurer, suppliant pour qu'on lui laisse la vie sauve. Mais le Maître Noir ne fut pas de cet avis et la fit relever brusquement en murmurant une formule magique. La Keltane se retrouva alors debout, les bras écartés en croix, sans possibilité de bouger. Le Maître Noir tendit alors le bras tenant l'épée et l'envoya se placer de façon à ce que le pommeau touche le menton de la Keltane et que la lame descende le long de son corps.

À ce moment là, de puissants coups retentirent contre la porte, ainsi que les cris effrayés du compagnon de la Keltane. Il demandait au forgeron d'ouvrir tout en essayant d'enfoncer la porte de plus en plus puissamment. Mais de son côté, le Maître Noir commença calmement à réciter une longue incantation qui déchaîna les éléments dans la salle, enveloppant de leurs puissances la Keltane qui était impuissante.

Enguerrand, tendu à craqué, enrageant de ne pouvoir rien faire pour empêcher ce qui allait se produire, remarqua que le Maître Noir tenait dans chaque main un Pendentif qui semblait à première vue identique...

Lorsque l'incantation fut terminée, une lumière aveuglante remplit la salle avant de disparaître tout aussi rapidement. Il ne restait plus à ce moment là que l'épée qui lévitait de nouveau en direction de son maître.

- Tu es maintenant à moi, Ténèbre !

Une fois en possession de l'épée, il posa son regard sur la porte qui tremblait violemment, comme si cela venait seulement d'attirer son attention. Reconnaissant la voix, il s'approcha calmement de la porte avant de l'ouvrir brusquement. Le jeune homme étonné, s'arrêta dans son élan, le visage tiré par la peur.

- Où est-elle ? Que lui avez-vous fait !

Le Maître Noir, hilare, lui présenta l'épée.

- Elle est à moi à présent ! Et rien qu'à moi ! Et cela pour l'éternité !

Le Keltan, affolé et enragé, voulu se jeter sur le monstre qui avait osé toucher à sa bien aimée. Mais avant de pouvoir l'atteindre, il fut brusquement projeté en arrière sous les regards ahurit des villageois qui passaient par là. Quand ils aperçurent le Maître Noir, ils restèrent quelques instants stupéfaits avant de s'enfuir en courrant.

Le Maître Noir put ainsi sortir du village calmement, sans que personne ne s'oppose à lui, tous trop apeurés ou hébétés pour tenter quoi que se soit...

Une fois qu'il fut parti, quelques villageois s'approchèrent du jeune homme toujours allongé sur le sol, une marre de sang inondant les pavés au niveau de son crâne...

# Posté le mardi 19 juin 2007 07:53

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:11

Chapitre Quatorze, cinquième partie.

Chapitre Quatorze, cinquième partie.
(Le Maître Noir)


Puisque je n'ai que des lectrices sadique, voici la suite ^_^

Bonne lecture !!!



De nouveau, Enguerrand se retrouva dans le noir pour presque aussitôt se retrouver à un autre moment et à un autre endroit. Il était à présent au sommet d'une colline, entourée de soldats. À ses côtés, se tenait le Maître Noir, l'épée à la main, surveillant impérieusement la bataille se déroulant face à lui.

Enguerrand reconnut sans difficulté cet endroit. Il s'agissait du lieu qu'il avait vu avec Cyliana, le lieu de la bataille du Grand Chaos...

Les deux armées s'affrontaient sans merci, usant des armes comme de la magie. De nombreux soldats périssaient à tous instants sous le regard calme et glacial du Maître Noir qui n'en avait que faire. Quittant des yeux le massacre, il leva son épée devant ses yeux.

- Il est temps de faire ce pour quoi tu as été créée !

Il prit de son autre main les Pendentifs posés autour de son cou et ferma les yeux. Mais à ce moment là, un homme en armure surgit de nulle part. Il s'agissait vraisemblablement d'un Keltan, et Enguerrand pensa deviner de qui il s'agissait.

Sans s'inquiéter des soldats qui l'entouraient, il s'approcha du Maître Noir et transperçât son corps de par en par, comme si l'armure n'offrait aucune protection. En voulant la retirer, l'homme la brisa. Enguerrand ressentit alors avec violence la même haine, la même rage qui l'avait envahit lorsqu'il s'était emparé de l'épée.

Le Maître Noir ne tarda pas à s'affaler sur le sol sous les yeux hagards des soldats qui l'entouraient. Seuls ceux de son meurtrier luisaient de plaisir derrière les fentes de son heaume. Puis, peu à peu, la lueur de plaisir laissa place à la tristesse. Il regarda le champ de bataille où déjà les combats cessaient sous les regards ahuris de milliers de soldats encore en vie.

L'homme reporta ensuite son attention sur le corps inerte du Maître Noir. Tremblant sous l'émotion, il se baissa et tenta de prendre l'épée. Lorsque ses doigts entrèrent en contact avec la poignée, un cri jaillit de sous son heaume. Un cri de douleur atroce qui glaça Enguerrand jusqu'aux os. Avec horreur, il vit le corps du Keltan s'effondrer sur le sol, l'armure fissurée de toute part, le heaume éclata pour révéler un visage méconnaissable. Dans un dernier sursaut, l'homme porta sa main vers son visage défiguré puis la déposa sur la garde de l'épée. À son contact, il se cabra de nouveau violemment puis retomba inerte...

Enguerrand regarda la scène attristé. Il se détourna de cette vision et se retrouva nez à nez avec la Keltane les larmes aux yeux.

Lorsque leurs regards se croisèrent, tout ce qui les entourait disparu, ils étaient à présent seuls.

- Bonjour Maître. Je suis désolée de vous avoir fait souffrir et de vous avoir obligé à voir toutes ses... futilités...

Enguerrand marqua un temps d'arrêt ahuri. Puis il explosa de colère.

- Comment ça futilités ! Cela n'a rien de futile ! C'était ta vie ! Il te l'a prise ! À cause de lui, tu as perdu celui que tu aimes, et à cause de ça il est...

Enguerrand s'arrêta net. Il refoula brusquement sa colère. Pourquoi avait-il hurlé ? Elle n'y était pour rien dans tout ça. Mais voir ce qui lui était arrivé, l'avait mis hors de lui. Pourquoi en était-il autant affecté ? De nouveau il enragea, mais cette fois-ci pour sa stupidité.

- Je suis désolé...

Enguerrand manqua plusieurs respirations. Elle était désolée ? Pourquoi donc ? Remarquant son incompréhension, elle s'expliqua.

- C'est en partie à cause de moi que vous ne pouvez pas être avec Cyliana... S'il ne m'avait pas trouvé, il n'aurait pas déclaré la guerre...

Quand il aperçut de nouvelles larmes coulées le long de ses joues, il s'approcha et l'attira dans ses bras, ce qui surprit beaucoup la Keltane qui resta figée.

Enguerrand ne pouvait plus supporter la douleur qu'il lisait dans son regard. Il trouvait tellement injuste ce qui lui était arrivé. Et il osait se plaindre de sa situation avec Cyliana ! Mais lui au moins l'avait encore à ses côtés !

- Tu n'as pas à t'excuser ! Tu n'y es pour rien ! Tu es une victime, et j'en suis désolé.

Il s'écarta et trouva le courage d'affronter son regard. Il prit alors conscience qu'il ne connaissait toujours pas son véritable nom.

- Comment t'appelles-tu ?

La Keltane hésita de longues secondes.

- Je ne le sais plus... Je ne me souviens pas non plus du prénom de... Mon premier Maître m'a donné pour nom Ténèbre !

De nouvelles larmes apparurent aux yeux de Ténèbre. Tendrement, il les essuya.

- Il n'y a pas un moyen pour que je puisse te rendre ta véritable apparence ?

La Keltane baissa les yeux.

- Un ancien maître a déjà essayé, sans succès... Et puis de toute façon, j'ai tout perdu ! Cela ne change plus rien pour moi...

Enguerrand la reprit dans ses bras et tenta maladroitement de la consoler. Il comprenait à présent d'où provenait toute la souffrance dans son regard, et cela lui était insupportable de ne rien pouvoir faire pour alléger sa peine.

Au bout d'un long moment, la Keltane s'écarta.

- Notre lien est désormais créé Maître, vous pouvez rejoindre Cyliana. Elle est très inquiète pour vous.
- Ne m'appelle pas « Maître » ! S'indigna Enguerrand, je suis ton ami.

La Keltane soudain rassurée lui adressa un large sourire enjoué qui éclaira son visage.

- Bien Enguerrand, Cyliana est pressée que tu reprennes tes esprits !

Enguerrand la regarda gêné.

- Et comment dois-je m'y prendre ?

Ténèbre sourit de nouveau à cette question avant de se rapprocher de lui. Elle posa sa main sur son bras et aussitôt Enguerrand sentit qu'il reprenait conscience.

# Posté le mercredi 20 juin 2007 06:38

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:12

Chapitre Quatorze, sixième partie.

Chapitre Quatorze, sixième partie.
Quand il ouvrit les yeux, une vive douleur lui traversa le corps, mais il n'y prêta pas attention. Le visage de Cyliana était au dessus de lui, elle avait posé sa tête sur ses cuisses et lui caressait tendrement le visage. Quand elle s'aperçut qu'il était réveillé, un cri hystérique sortit de ses lèvres. Elle le redressa précipitamment et le prit dans ses bras, comme si elle avait peur qu'il ne s'envole.

- Enguerrand ! J'ai eu si peur ! Je pensais que tu ne te réveillerais jamais ! La journée est presque terminée et Sarhann semblait très inquiet ! Que s'est-il passé ?

Touché par l'inquiétude que lui portait son amie, il relâcha l'épée et la prit également dans ses bras. Heureux de la retrouver. Mais maintenant qu'il avait repris conscience, ce qu'il avait faillit lui faire plus tôt dans la journée ne cessait de le torturer. Il s'écarta de sa compagne qui le regarda, angoissée.

- Qui y'a-t-il ?

Enguerrand regarda la traînée de sang séché le long de la gorge de Cyliana. Il regarda ensuite son bras où un tissu bien serré faisait office de garrot. Croisant son regard, elle comprit immédiatement ce qui le tracassait.

- Enguerrand ce n'est pas grave.
- Pas grave, s'exclama-t-il, mais je t'ai tailladé le bras et j'ai été à deux doigts de te trancher la tête ! Pas grave...

Elle l'attira de force dans ses bras et tenta de le rassurer. Enguerrand se laissa faire. Ainsi, il ne croisait plus son regard. Il avait honte de ce qu'il lui avait fait, et de ce qu'il avait failli lui faire...

- Ce n'est pas de ta faute ! Sarhann avait prévenu qu'il y avait une épreuve ! Ils nous avaient mis en garde sur le fait que cela pouvait se révéler dangereux pour ceux qui se trouveraient à tes côtés. C'est de ma faute ! Je n'aurais pas dû me précipiter comme cela. J'aurais dû savoir que cela faisait partie de l'épreuve... mais je n'ai pas supporté de te voir souffrir...

Cyliana déposa un baiser sur la joue d'Enguerrand pour le calmer. Il sursauta sous la surprise mais ne bougea pas. C'était la troisième fois qu'elle agissait ainsi, et c'était loin de lui déplaire.

Il s'écarta de nouveau et décida d'effacer les horreurs qu'il lui avait faites. Il libéra son pouvoir et posa sa main sur sa gorge pour y guérir la coupure et y effacer le sang. Ensuite, il retira délicatement le tissu recouvrant la blessure qu'elle avait sur le bras. Elle le regardait silencieuse, se laissant faire. Après avoir écarté les lambeaux de la chemise collée à la peau par le sang coagulé, il posa sa main le plus doucement possible afin de ne pas lui faire mal. Malgré cette attention, elle eut un sursaut et un léger cri de douleur s'échappa de ses lèvres. Il lança une nouvelle fois le sort de guérison et la blessure se referma rapidement.

Quand il eut terminé, il se releva et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ils se firent face, se regardant droit dans les yeux. Il voyait à présent la lueur qui l'avait frappé lors de sa démence, comment avait-il pu passer à côté avant ? Cette lueur qui lui réchauffait le c½ur, toujours présente même après ce qu'il lui avait fait. Sans s'en rendre réellement compte, il la reprit dans ses bras et lui rendit son baiser sur sa joue si délicate et si douce. Il sentit à ce moment là des larmes s'écouler le long des joues de la Keltane.

- Pourquoi pleures-tu ?
- Pour rien. Je suis simplement heureuse de t'avoir retrouvé !

Ils restèrent un long moment enlacés, simplement heureux d'être ensemble. C'était le principal.

Mais alors que ses craintes se calmaient, la douleur qui lui tenaillait le corps se révéla soudain plus insistante. Il ne comprenait pas d'où elle pouvait bien provenir.

- Alors ! Tu ne m'as pas dit ce qui s'est passé ?

Enguerrand s'écarta et la regarda amusé. La Radaskiel reprenait le dessus sur l'amie et désirait ardemment savoir ce qui avait bien pu lui arriver.

- Allons manger, je te raconterai tout autour d'un bon repas !
- Tu as intérêt, et je veux que tu n'omettes aucun détail !
- Vos désirs sont des ordres, gente damoiselle !

Enguerrand attacha le fourreau de l'épée puis rengaina Ténèbre avant de prendre la main de Cyliana et de se diriger vers les cuisines. En sortant, ils trouvèrent Kriar qui surveillait l'entrée qui n'était plus gardée.

- D'après ce que je sens ça va mieux. Comment vas Ténèbre ?
- Je vais bien merci.

Enguerrand trouva ce contact étrange. Le lien avec Ténèbre était totalement différent de celui de Kriar. Elle pouvait, si elle le désirait, le couper et ne plus avoir aucun rapport avec lui, alors qu'avec Kriar, il ne pouvait qu'interrompre le lien, mais si l'un des deux désirait réellement le réactiver, il pouvait le faire sans problème.

- Je suis heureux de faire ta connaissance ! confirma Kriar ravi. Merci de m'avoir sauvé la vie la dernière fois !
- Mais c'est normal. Enguerrand aurait été en possession de ses pouvoirs, il en aurait fait autant.
- Je voudrai également vous remercier, intervint Cyliana qui semblait elle aussi pouvoir l'entendre grâce au lien de Kriar, sans vous, Enguerrand aurait perdu la vie par deux fois...
- Merci...

Enguerrand put ressentir grâce à l'intonation de Ténèbre qu'elle était extrêmement gênée par tout cet élan de gratitude qu'ils lui témoignaient, mais elle semblait également apprécier qu'on s'intéresse à elle, ces anciens « Maîtres » n'ayant certainement pas eu l'idée, ou le temps, de lui parler. Enguerrand décida de ne pas commettre cette erreur et de faire de Ténèbre son amie...

Lorsqu'ils arrivèrent aux cuisines, il n'y avait personne, ce qu'Enguerrand préféra de loin. Il fit installer Cyliana et alla chercher deux bols qu'il remplit du ragoût encore fumant avant de prendre les couverts et le pain et de ramener le tout sur la table. Il donna ensuite à Kriar un morceau de viande avant de s'installer. Ils commencèrent à manger silencieusement, mais Cyliana ne supportant plus le mutisme de son compagnon, décida de prendre la parole.

- Alors, tu vas me dire ce qui t'es arrivé ?

Enguerrand poussa un long soupir avant de se lancer.

Pendant deux heures, il expliqua minutieusement à Cyliana toute l'histoire de Ténèbre. Kriar était allongé aux côtés de l'Elfe et semblait lui aussi tout écouter passionnément.

Lors du passage du forgeron, Enguerrand ne put s'empêcher de voir que la Keltane faisait tout pour ne pas révéler ses sentiments.

Quand il termina, un lourd silence s'installa.

- C'est horrible... murmura Cyliana, ne trouvant pas d'autres mots.

Enguerrand avait du mal à respirer, la douleur se révélait de plus en plus intense au fur et à mesure que le temps passait. Cyliana, toujours silencieuse, posa inconsciemment une main sur sa poitrine.

Il sursauta. Comment pouvait-il être aussi bête ? Il s'excusa auprès de son amie et se dirigea vers sa chambre le plus rapidement possible. Une fois arrivé, il ouvrit son sac et prit le sachet où il avait rangé les feuilles de Lidhs. Il en prit trois et retourna auprès de Cyliana. Il lui prépara aussitôt la tisane avant de la lui donner.

- Excuse moi, je n'y ai pas pensé...

Cyliana commença à la boire lentement.

- Ce n'est pas grave, je n'ai pas très mal.

Enguerrand qui avait du mal à rester calme la regarda consterné. Sa poitrine le lançait violemment, il avait du mal à rester maître de ses mouvements et il avait sa vue qui se brouillait. Elle était exactement dans le même état que lui, et elle osait dire qu'elle n'avait pas « très mal »... Malgré la douleur, il eut du mal à retenir un rire devant le mensonge éhonté qu'elle venait de lui dire...

- Qu'est ce que tu as ?

Enguerrand la regarda pendant qu'elle terminait sa tisane.

- Je ne savais pas que le mensonge faisait partit du métier de Radaskiel...

Cyliana le regarda gênée, ne comprenant pas de quoi il parlait. Devant son air interrogateur, Enguerrand se lança.

- Depuis que nous avons retrouvé nos pouvoirs, il y a eu en quelque sorte un petit incident... Je ressens à présent ta douleur...

Cyliana le fixa, blême.

- Je suis désolé...

Maintenant que la douleur avait totalement disparu, Enguerrand se sentait d'humeur plus légère.

- J'accepte tes excuses, ce n'est pas beau de mentir !
- Non ! Je m'excuse pour le fait que tu ressentes ma douleur...

Enguerrand se pencha au dessus de la table pour se rapprocher de sa compagne.

- Et moi je dis que tu n'as pas à t'excuser, je trouve cela pratique ! Ainsi, tu ne peux plus me mentir sur ton état ! Et pour moi, c'est le principal...

Cyliana baissa les yeux. Elle se sentait mal à l'aise.

- Ne t'en fait pas. Ce n'est pas grave ! la rassura Enguerrand.
- Tu ne m'en veux pas ?

Enguerrand fit soudain la moue, semblant intensément réfléchir. Cyliana le regarda perplexe. Hésitant entre le rire et la crainte, attendant le verdict qui ne tarda pas à venir.

- Hum... Non ! Je ne t'en veux pas !

Devant le grand sourire de son compagnon, Cyliana se sentit immédiatement plus à l'aise.

Alors qu'ils grignotaient des gâteaux secs dont Kriar se faisait un plaisir d'en quémander quelques morceaux, Enguerrand commença à avoir un violent mal de tête. Il ferma les yeux et essaya de le chasser, en vain. Décidément, ce n'était pas sa journée.

Soudain, Ténèbre apparut dans son esprit.

- Désolé Enguerrand. C'est un contrecoup de la création du lien, il faut que ton corps s'habitue à ma présence.

Enguerrand trouva étrange qu'un simple lien puisse avoir autant d'effet. Mais trop occupé à essayer de comprendre ce qu'elle lui expliquait, il ne chercha pas plus longtemps.

- En quoi ton lien a-t-il un effet sur mon mal de tête ?
- Ce n'est pas un simple lien. Grâce à lui, tu es totalement protégé des attaques extérieures. Les Sorciers ne peuvent plus rien contre toi !
- Ce n'est pas une mauvaise chose ! Mais combien de temps ce mal de tête va-t-il continuer ?

Il y eut un silence qui sembla durer une éternité à Enguerrand qui commençait à ne plus avoir les idées très claires.

- En théorie, demain tu ne devrai plus avoir mal...
- En théorie, oui, mais en pratique c'est autre chose, c'est ça ?
- Je ne sais pas...
- Enguerrand que ce passe-t-il ?

Ténèbre brisa le contact et Enguerrand rouvrit brutalement les yeux.

- Rien, ne t'inquiète pas. J'ai seulement un de ces maux de tête !
- Tu veux aller te coucher ?
- Ce n'est pas de refus, la lumière n'arrange rien.

Cyliana aida Enguerrand à se relever et à se diriger vers la chambre. Le mal de tête ne cessait d'augmenter, brouillant sa vue. Une fois arrivé dans sa chambre, Cyliana le fit allonger après lui avoir enlevé son épée et ses bottes. Kriar avait posé sa tête sur le lit et regardait son maître inquiet. Cyliana posa une main sur son front pour vérifier sa température. Enguerrand s'aperçut qu'elle prenait cela très au sérieux.

Après l'avoir ausculté, elle se releva et lui demanda de patienter quelques instants.

Quand elle revint, elle avait dans les mains une tasse fumante.

- Pour une fois que je peux m'occuper de toi, je ne vais pas passer à côté de l'occasion !

Enguerrand eut un léger sourire malgré la douleur. Il se redressa et prit la tisane des mains de son amie. Il remarqua qu'elle lui en avait mit à ras bord.

- Il faut tout boire, c'est une infusion de Reine-des-prés. Cela devrait calmer ton mal de tête et faire chuter ta fièvre.

Il commença à boire, sous la surveillance de son amie. Une fois la tisane finie, Cyliana reprit la tasse.

- Tu te sens un peu mieux ?
- Un peu, oui. Merci beaucoup !
- Mais de rien ! Ce serait marrant si nous devions prendre chacun notre tisane à chaque repas, non ?

Devant le sourire mutin de Cyliana, il ne put s'empêcher de rire malgré l'élancement brutal que cela lui provoqua.

- Je vais te laisser te reposer, sinon la tisane n'aura servi à rien !

Elle lui souhaita une bonne nuit puis sortit accompagnée de Kriar.

Une fois seul, Enguerrand sombra dans un sommeil mouvementé...

# Posté le jeudi 21 juin 2007 09:01

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:16