Enoris surveillait les alentours. Il espérait avec impatience voir l'ennemi approcher, prêt à combattre. Il rêvait de devenir un héro et être ainsi couvert de gloire. Il y aurait ainsi pleins de légendes à son sujet !
Mais pour l'instant, ses rêves de gloire s'en trouvaient passablement déçut. Tout était calme... Trop calme pour lui. Quand y allait-il y avoir un peu d'action ? Il désirait tellement être le premier à apercevoir les navires ennemis et à se battre comme un forcené ! Alors là, il aurait peut-être une chance... S'il sauvait le capitaine, il aurait sûrement la possibilité d'entrer dans l'armée ! On lui accorderait ainsi tout le respect que l'on doit à un soldat !
Enoris s'imaginait déjà chef des armées. Il désirait de tout son c½ur être aussi connu que Arsk, le seul qui ait réussit à réunifier le pays. C'était un véritable héro ! Mais un héro qui avait malheureusement disparut... Il aurait tellement aimé le rencontrer.
En attendant, il devait surveiller les environs, cherchant des navires ennemis qui ne semblaient pas vouloir apparaître... Cela faisait maintenant cinq jours qu'ils étaient arrivés au port d'Erkif. Depuis l'aube, ils avaient été chargés de naviguer au large des côtes de l'Orgerac, de la simple surveillance...
À présent, il regrettait presque de s'être engagé... Lorsqu'il avait apprit que l'on recherchait des marins pour partir en guerre, il avait sauté sur l'occasion, c'était le meilleur moyen de participer à un combat épique contre l'ennemi et de prouver sa valeur ! Il avait même réussit à se faire engager sur le navire d'un capitaine renommé ! En plus, l'Eldoran était réputé pour être le meilleur navire de toute la flotte !
Les premiers jours, il avait vite déchanté en voyant le nombre incroyable de tache à accomplir sur un navire... Il ne connaissait rien à la tache d'un matelot... Il avait été engagé grâce à l'aide d'un ami qui l'avait recommandé au capitaine... Heureusement, une fois à bord, il s'était rapidement lié d'amitié avec un autre matelot, Aldaran. Il lui avait montré comment faire les n½uds les plus utiles, tel que le n½ud de chaise, ainsi que quelques n½uds d'amarrage, d'attache...
Bien qu'Aldaran soit très gentil avec lui, Enoris le trouvait néanmoins étrange. Il paraissait tout le temps dans les nuages, il lui arrivait aussi de parler tout seul... Mais surtout, il lui arrivait de se mettre en colère sans aucunes raisons apparentes. Dans ses moments là, on ne le reconnaissait plus, lui qui était si gentil d'habitude devenait soudain comme fou. Mais tous sur le navire l'appréciaient et ne faisait pas attention à ses sautes d'humeur, Enoris préférait lui aussi les ignorer.
Sortant de ses rêvasseries, quelque chose attira son attention. D'énormes masses informes se profilaient à l'horizon. De quoi pouvait-il bien s'agir ? Il plaça ses mains au dessus de ses yeux pour ne plus être aveuglé par le soleil. Son c½ur manqua de s'arrêter. Sous le choc, il fut incapable de réagir tout de suite.
Une flotte monstrueuse de près d'une trentaine de navires approchait. Ils étaient quasiment trois fois plus grand que leurs propres bateaux... Son souhait venait d'être exaucé, il allait pouvoir combattre...
Enoris se ressaisit, le souffle cours.
- Branle-bas de combat ! Navires ennemis en approche par tribord !
Alors qu'il continuait de hurler, de nombreux soldats, armes à la main, accoururent sur le pont et observèrent le regard sombre les puissants navires approcher. Le capitaine ne tarda pas à apparaître lui aussi en jurant.
- Affalez les voiles ! Branle-bas de combat ! Toi ! Signale à l'un de nos navires d'aller prévenir les ports de l'assaut, qu'ils se dépêchent de venir à notre aide ! Que tous les matelots disponibles prennent les armes !
L'annonce était trop belle. Enoris se dépêcha de partir chercher ses sabres. Il ne les avait encore jamais utilisé. Pour se les acheter, il avait dépensé toutes ses économies, mais il était tout de même allé voir un forgeron de renom !
Après avoir placé les fourreaux dans son dos il attacha solidement les sangles. Il retourna ensuite sur le pont et s'approcha de la proue où il pu contempler les navires ennemis approchant lentement. Il n'était pas difficile de comprendre que c'était là leur principal point faible, ils ne devaient pas non plus être aussi manoeuvrable que leurs propres navires. Il leur serait facile de les harceler et de les détruire...
Déjà, le capitaine ordonnait de s'approcher du premier navire ennemi tout en continuant les préparatifs. Les dernières caisses de munitions furent hissées sur le pont. Une fois ouvertes, certaines d'entre-elles révélèrent des milliers de flèches, d'autres, moins nombreuses, dévoilèrent des sphères en terre cuite, toutes enveloppés séparément par une solide protection de bois.
Enoris sentait l'excitation monter. Comme beaucoup d'autres, il prit un pot-à-feu et le débarrassa de sa protection. Pendant ce temps, les archers se positionnaient sur le pont et des matelots armaient les balises à l'avant et à l'arrière du navire.
Dans le pont inférieur, Aldaran et deux autres matelots se hâtaient d'amener des tonneaux emplit de feu noir près d'un immense récipient en fer à l'arrière du bateau. Le contenue des tonneaux fut entièrement vidée, puis un des matelots alluma le feu sous la cuve pour réchauffer la matière poisseuse afin qu'elle devienne plus liquide. Aldaran se saisit ensuite de deux chaînes reliées aux bondes bouchant les deux larges tuyaux partant du fond de la cuve et s'en allant à l'extérieur du vaisseau pour répandre le liquide en mer.
Pendant ce temps, Enoris surveillait toujours. Il distinguait à présent les nombreuses présences ennemies sur le pont du premier navire ennemi. Eux aussi s'apprêtaient à passer à l'attaque. Malheureusement pour eux, le capitaine avait une toute autre idée en tête.
Quand ils furent à une distance raisonnable, il ordonna brusquement de virer de bord. Tous les navires alliés, au nombre de cinq, exécutèrent la même manoeuvre. Les cris de rage des ennemis retentirent derrière eux. Quelques flèches vinrent même se planter dans les voiles et sur le pont, sans faire aucunes victimes.
Les navires Keltans avançaient à présent devant ceux de leurs adversaires.
- Versez le feu noir !
L'ordre fut relayé sur tout le bateau. Aldaran délogea aussitôt les bondes, laissant ainsi le liquide s'engouffrer rapidement dans les tuyaux pour finir par s'écouler en mer, créant une épaisse nappe noire à la surface de l'eau. Une fois terminé, les bondes furent replacées et la cuve de nouveau remplie.
Le capitaine, informé, leva la main. La vigie l'observait, imitant ses gestes. La flèche de la baliste arrière fut enflammée. Tous les navires alliés firent de même. Le capitaine observa le navire qui le poursuivait, il allait arriver au point de non retour. Il abaissa son bras, la vigie l'imita.
Les balistes des différents navires envoyèrent leurs flèches enflammées au même moment.
Le liquide s'embrasa au contact de la flèche, ne tardant pas à envelopper les navires ennemis de leurs puissantes flammes. Les cris des victimes brûlées vives leurs parvinrent distinctement malgré le brasier. Enoris regardait effrayé et émerveillé. Avec une telle arme, ils ne pouvaient que gagner !
Le capitaine, lui, ne prenait pas le temps de savourer le spectacle.
- Virer de bord ! Approchez un autre navire !
Alors que les ordres étaient exécutés avec attention, les cinq bateaux enflammés commencèrent à couler, sans épargner qui que se soit...
- Approchez-vous le plus prêt possible ! Nous ne faisons que le croiser cette fois-ci ! Préparez-vous à ouvrir les bondes ! Archer, une fois à portée, tirez !
Les archers se positionnèrent immédiatement à tribord, encochant tous une flèche à leurs arcs.
- Bâbord toute !
Le navire vira une fois de plus.
- Versez !
L'ordre fut une fois de plus exécuté à la perfection alors qu'ils passaient devant la proue du vaisseau ennemi. Les flèches plurent aussi bien du côté Keltans que du côté ennemis, commençant à faire son lots de victimes chez les Elfes Noirs.
Le navire ennemi vira brutalement à bâbord lui aussi, ne voulant pas se faire prendre dans le même piège que ses prédécesseurs.
Le capitaine eut le sourire aux lèvres.
- Tribord toute !
Le navire Keltan, bien plus rapide que son adversaire, n'eut aucun mal à lui couper la route. Une fois que ce fut fait, le capitaine réagit au quart de tour.
- Fermez les bondes ! Baliste préparez-vous !
Le capitaine attendit quelques secondes que le navire se soit assez éloigné de son adversaire et baissa le bras. De nouveau, une flèche enflammée fusa dans le liquide qui prit feu ainsi que le bateau qui passait à ce moment là au travers.
Enoris commençait à trouver cela lassant. Il ne servait à rien. Au moins les archers s'amusaient, eux.
Alors qu'il cherchait un moyen de se défouler, son regard fut attiré par le Solden. Le navire se trouvait en délicate position. L'ennemi avait lancé contre lui une énorme pince de fer et avait réussit à solidement l'agripper. Pris au piège, le Solden ne pouvait faire autrement que se laisser attirer vers le vaisseau ennemi tout en se préparant à l'assaut.
Les deux navires se percutèrent violement. Sous le choc, un Keltan perdit l'équilibre et actionna sans le vouloir la baliste arrière, envoyant la flèche enflammée directement dans l'eau, enflammant le liquide qui se déversait toujours.
Avec horreur, tout l'équipage de l'Eldoran contempla la nappe noire s'embraser et remonter rapidement à l'intérieur du Solden. Il ne fallut que quelques secondes avant que celui-ci ne prenne entièrement feu, enflammant par la même occasion son voisin.
Enoris regarda les navires s'enfoncer rapidement dans les eaux, hébété. Devant son regard, de nombreux Keltan tentèrent de sauter dans l'eau. Malheureusement pour eux, ils avaient à faire à une immense mer de feu, les engloutissant sans aucune pitié.
Le capitaine, loin de s'éterniser devant ce drame, ordonna à tous de reprendre leur poste et de s'approcher d'un nouveau navire.
- Archer préparez-vous ! Cette fois-ci, nous allons combattre ! Préparez-vous ! Approchez bord à bord !
Le navire s'avança au plus près de leur nouvelle cible. Enoris se préparait à monter à l'assaut. Il oublia le sort que venait de subir le Solden, à présent, il jubilait. Enfin il allait pouvoir faire ses preuves ! Alors que les deux navires se positionnaient l'un à côté de l'autre, d'immenses grappins accrochèrent l'Eldoran. Des flèches ennemies assaillirent les Keltans, en tuant de nombreux. Pour contrer cet assaut, Enoris et d'autres matelots allumèrent la mèche de leur pot-à-feu et les lancèrent au dessus du navire ennemi. Les sphères de terre cuite, en éclatant sur le pont, libérèrent le feu Noir qui, en entrant au contact de la mèche, prit feu. De nombreux archers ennemis périrent aussitôt brûlé vif sans espoir d'y réchapper.
Ce fut ce moment là que choisit le capitaine de L'Eldoran pour lancer l'assaut.
- À l'abordage !
Enoris attrapa la chaîne de l'un des grappins et se hissa rapidement sur le pont du navire ennemi avant que ceux-ci ne se réorganisent. Une fois arrivé, il dégaina ses sabres alors que les derniers feux étaient maîtrisés. Sans s'en formaliser, il avança. Il voyait pour la première fois les ennemis venant de l'Orgerac. On les disait horribles, ressemblant aux monstres des légendes. Hors, là, il n'avait à faire qu'à de simples humains. Ils étaient certes plus laids que des humains normaux, mais pas aussi moches qu'on le lui avait dit. Il était déçut...
L'un d'entre eux se plaça sur son chemin. Une épée se dirigea alors vers tête. Plus par réflexe que par connaissance du combat, Enoris la bloqua. Puis, cette fois-ci par esprit de survie, de son autre sabre, il perfora l'abdomen de son adversaire qui s'effondra le visage marqué par la douleur et la surprise...
Enoris était devenue un homme ! Confiant grâce à cette perspective, il fonça tête baissée dans la mêlée. Il se retrouva rapidement aux côtés de son capitaine, rouge de sang. Que les humains étaient lents, aussi lent que leurs navires... Il les tuaient sans mal, tranchant mains, bras, jambes, et parfois même des têtes. Pour s'amuser, il ne les achevait pas tout de suite. Il attendait un peu. Préférant s'occuper de quelqu'un d'autre d'abord...
Il tuait sans relâche. Le pont se transforma rapidement en une marre de sang. Un amas de cadavre, humain pour la plupart, empêchait de se déplacer convenablement. Les humains, ces êtres balourds, ne cessaient de glisser sur le sang, où de buter sur un mort. Les Keltans se faisaient un plaisir de les aider à rejoindre leurs camarades allongés sur le sol...
La bataille se termina rapidement. Les derniers hommes encore en vie préférèrent se rendre plutôt que de faire face à une mort certaine. Les Keltans approchèrent, le sourire aux lèvres. Aucune pitié, tel était leur mot d'ordre...
Il ne fallut pas longtemps pour envoyer leurs derniers ennemis rejoindre le Prince des Ténèbres...
Le combat venait à peine de se terminer, qu'Enoris aperçut une centaine de navires de l'Alliance arriver en toute hâte à leur aide.
Le capitaine, décidant de ne pas reprendre part au combat, Enoris retourna à bord de l'Eldoran afin de se débarrasser de tout le sang qu'il avait sur lui. Après s'être débarrasser de ses vêtements, il se versa une cruche d'eau pour enlever le sang qui commençait à coaguler sur son corps. Après, il prit des vêtements propres, identiques à ceux qu'ils avaient enlevé et se rhabilla.
Épuisé, il alla ensuite s'allonger sur sa couchette. Appréciant le calme. Il ne tarda pas à s'endormir, le sourire aux lèvres. Si tout se déroulait comme prévue, bientôt, il allait devenir quelqu'un de connu, et alors, il pourrait faire ce dont il rêvait. Il aurait le droit d'aller où bon lui semblerait ! Il irait alors à la forteresse d'Aderyn, celle des Ombres Ardentes. Il pourrait enfin revoir sa s½ur...




