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Chapitre Premier, première partie.

Chapitre Premier, première partie.
CHAPITRE PREMIER – Le commencement...





Tout débuta par une fraîche matinée en plein c½ur de l'hiver, dans une petite cité fortifiée au Nord du Royaume Azurain. Aljuora/Aluhora était une ville de taille moyenne, agréable et paisible, sans histoire, où il faisait bon vivre sans que la guerre ne parvienne à perturber les habitudes de ses occupants.

La neige tombait régulièrement depuis plus d'une semaine. Le paysage entier était devenu d'un blanc éclatant. Les cheminées des habitations laissaient s'échapper sans discontinuer des nuées de fumées grisâtre, permettant aux voyageurs isolés de repérer la citée de loin et de venir s'y réfugier pour y passer la nuit.

Les villageois pensaient avec soulagement que la guerre contre les Keltans cesserait. Du moins durant quelques mois. Quelques mois de répit bien mérité. Car, même si la ville ne s'était pas retrouvée au centre des combats, son économie en avait grandement souffert. Pour cette raison, la trêve hivernale était la bienvenue. Le commerce allait enfin pouvoir reprendre avec les villes plus au Nord. Là où la guerre avait fait rage.

Dans une petite cour située entre deux des maisons les plus respectables de la citée, là où personne n'avait encore déblayé la neige qui encombrait l'endroit, quatre jeunes garçons se préparaient.

Siegfried, Enguerrand, Laelan et Finn, méfiants, se dévisageant sans jamais relâcher leur concentration.

Quand l'un d'entre eux recula, la tension se dissipa légèrement. Un problème de taille continuait néanmoins de se dresser devant eux, et personne ne savait comment le résoudre : qui allait être avec qui ? Une question bien difficile à laquelle Siegfried décida de trancher sans plus tarder.

Constatant que l'attention de ses trois autres concurrents ne se portait plus sur lui aussi efficacement qu'auparavant, il ramassa discrètement un peu de neige sur le rebord de la fenêtre qui se trouvait près de lui et la compressa entre ses mains. Une fois terminé, il se rapprocha l'air de rien. Arrivé à bonne distance, d'un geste rapide et précis, il projeta sa boule de neige sur l'un de ses camarades qui la reçut en pleine figure.

Consterné, Enguerrand s'essuya le visage avec sa manche. Il ne s'attendait pas à être la cible de son propre frère. Réclamant vengeance, il récupéra à son tour une poignée de neige qu'il compressa fermement sans quitter le traître des yeux. Son projectile fin prêt, il s'approcha de son frère qui le narguait en rigolant. Pensant pouvoir l'atteindre, il lança sa boule de neige que sa cible n'évita que de peu.

Victorieux, Siegfried leva les bras avant de recevoir deux nouvelles boules de neige de plein fouet : une sur le visage, et l'autre sur la poitrine.

Les fils du forgeron s'allièrent avec Enguerrand en riant. Dépassé par ces évènements imprévus, Siegfried résista le plus longtemps qu'il lui était possible aux attaques dont il était la cible, mais ses assaillants étaient bien trop nombreux pour qu'il puisse faire face. Impuissant, il ne tarda pas à être encerclé et poussé sur un monticule de neige où il tomba lourdement. Enguerrand s'amusa à l'en recouvrir, aidé par ses deux camarades de jeux pendant que son frère essayait vainement de se libérer pris d'une crise de fou rire.

Après un combat sans merci durant lequel il fut recouvert de neige à de nombreuses reprises, il parvint à repousser l'un de ses camarades et à se relever. Il projeta sans tarder une poignée de neige sur son frère avant qu'il ne puisse réagir et s'occupa de Laelan qu'il fit tomber sur le monticule pendant qu'Enguerrand s'écartait un peu de leur espace de jeu.

Persuadé que son frère désirait se débarrasser de la neige qui avait dû s'infiltrer sous son manteau, Siegfried réalisa qu'il avait encore une chance de remporter la bataille. Il repoussa une nouvelle fois Laelan, évita un projectile que lui envoyait Finn, et en profita pour réattaquer. Laelan ne tarda pas à s'avouer vaincu, le visage et les cheveux recouverts de neige tandis que Finn reprenait son souffle.

Siegfried se prépara alors à achever son dernier adversaire : son propre frère. Il se baissa et récupéra le plus de neige qu'il pouvait pour en faire une boule géante. Il la compressa du mieux qu'il put et la souleva avec difficulté pour la lancer.

Mais ce qu'il découvrit l'inquiéta. Enguerrand, tétanisé, les yeux grands ouverts, fixait le vide comme s'il pouvait voir le Prince des Ténèbres en personne. Relâchant son projectile qui s'écrasa sur le sol, il s'approcha de lui avec précaution. Il vit son frère se crisper avant de trembler violemment comme foudroyé.

Le c½ur battant la chamade, il le rattrapa avant qu'il ne tombe et tenta de lui faire reprendre conscience en le secouant.

À l'écart, Laelan et Finn observaient avec appréhension. Ils savaient ce que cela signifiait et ils n'avaient aucune envie d'entendre de mauvaises nouvelles. Pourtant Siegfried n'avait pas le choix, il le savait. Ses parents avaient longuement insistés pour être immédiatement prévenus quand Enguerrand tombait dans cet état de transe. Il avait conscience que cela permettait à son frère de les prévenir d'un danger imminent. Il savait aussi qu'ils étaient parfois impuissants face à ses révélations...

Tandis qu'il continuait désespérément de secouer son frère, le forgeron s'approcha, jetant des coups d'½il soucieux à ses fils. Le don du jeune garçon n'était un secret pour personne dans la cité, lui-même avait dû y faire face quelques mois plus tôt, et il n'avait aucune envie de retenter l'expérience.

Enguerrand se réveilla peu de temps après et hurla terrifié. Déconcerté, Siegfried le relâcha alors qu'il tentait de s'enfuir. Le forgeron le rattrapa et s'agenouilla devant lui essayant de le rassurer du mieux qu'il put, sans grand succès. Siegfried ne comprenait pas. Jamais son frère n'avait réagi de cette façon. Pas même lorsqu'il avait vu Finn être écrasé par un chariot.

Hésitant, il se rapprocha de lui et posa une main rassurante sur son épaule pour attirer son attention.

À l'appel de son prénom, il se retourna et, reconnaissant Siegfried, tenta de se calmer. Il ferma les yeux et chercha à vaincre sa peur, comme sa mère le lui avait appris. Lentement, sa respiration se fit plus sereine, mais pas les pensées qui tourbillonnaient dans son esprit affolé.

Rouvrant les yeux, il parvint à articuler péniblement quelques mots :

- Les Keltans arrivent ! Ils sont des milliers... Ils viennent ici pour tous nous tuer ! Même nos parents seront incapables de les arrêter ! Ils ne pourront rien faire contre leurs Sorciers...

Un lourd silence s'installa dans la cour. Tous les quatre le dévisageaient horrifiés sans oser dire quoi que ce soit.

Le forgeron, regagnant difficilement son sang froid, sorti de sa torpeur et lâcha un juron. Après avoir exigé que tout le monde rentre chez soi et qu'il ait averti son épouse de la situation, il se dirigea sans plus tarder vers l'Hôtel-de-ville. Il espérait ainsi y trouver le Connétable, le seul qui puisse avoir une solution.

Courant à travers les rues de la ville, il ne tarda pas à remarquer les regards perplexes des gens qu'il croisait. La peur devait se lire sur chaque trait de son visage. Il ne doutait pas un instant qu'un sentiment d'angoisse ne tarderait pas à envahir chaque habitant d'Aljuora. Tous se demandant ce qui pouvait bien être à l'origine de sa frayeur...

Devant l'imposant bâtiment, deux gardes en faction l'arrêtèrent et, tout en le dévisageant avec suspicion, lui demandèrent la raison de sa venue. Essoufflé et pressé d'en finir, il leur relata succinctement ce qu'il venait d'apprendre et comment. Il put ressentir le frisson d'horreur qui parcourut le corps des deux sentinelles qui le laissèrent passer sans plus de vérification, connaissant très bien la cruauté des Elfes Noirs pour les avoir déjà combattus à de nombreuses reprises par le passé.

Ayant enfin réussi à parvenir devant la salle du conseil, il demanda à voir de toute urgence le Connétable. Après avoir une nouvelle fois été obligé de tout raconter, on le fit entrer en toute hâte, sans même prendre la peine de l'annoncer. Ceux qui assistaient à la réunion l'observèrent déconcertés et méfiants, n'ayant pas pour habitude d'être dérangés dans de telles circonstances. Sans y prêter attention, il chercha le Connétable qu'il trouva aux côtés de l'Intendant qui s'apprêtait à demander des explications. Il s'approcha surexcité et commença – après s'être excusé d'interrompre la réunion – à expliquer la situation catastrophique qui les attendait.

La méfiance à son égard se transforma brusquement en incrédulité, puis rapidement en désarroi. Tous le dévisagèrent comme s'il incarnait la mort à lui seul. Sidéré, le Connétable tarda à réagir, cherchant avec peine ce qu'il devait faire, ne sachant que choisir entre les deux seules solutions qu'il possédait. Fuir ou bien se battre ? Il n'était que trop conscient des faibles chances qu'ils avaient de survivre dans les deux cas. Néanmoins, bien que le premier choix semblait être le plus prometteur, il ne doutait pas que les Keltans auraient tôt fait de les rattraper... La mort dans l'âme, il ordonna à un soldat de faire sonner le tocsin avant d'appeler un messager qu'il chargea de chercher des renforts au plus vite.

Plus personne ne s'occupant de lui, le forgeron décida de retourner auprès des siens sans plus s'attarder.

# Posté le mardi 29 novembre 2005 14:14

Modifié le dimanche 09 août 2009 11:38

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