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Chapitre Premier, deuxième partie.

Chapitre Premier, deuxième partie.
Le tocsin ne tarda pas à retentir dans la ville, provoquant un vent de panique qui se propagea en un souffle parmi la population. Les villageois cessèrent toutes activités pour se mettre à l'abri avec leurs proches, espérant de tout c½ur qu'il s'agisse d'une fausse alerte et que tout rentrerait bientôt dans l'ordre. Mais déjà, la garnison se préparait activement à la défense de la ville, se hâtant de retirer la neige des remparts et de verser de l'eau bouillante pour faire fondre la glace qui encombrait le chemin de ronde.

Le messager partit à vive allure en direction du château de Caerd distant de plusieurs lieux pour demander au plus vite des renforts. Peu de temps après, l'Intendant, qui savait que tout espoir était vain et dont le courage était loin d'égaler celui de son cheval, quitta la ville sans se faire remarquer avant que les portes ne soient refermées puis barricadées par la garnison.

Un silence sinistre plana bientôt au dessus de la ville, seulement perturbé par les pas de courses et les cliquetis des armures et des cottes de mailles...

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Depuis maintenant plus de cinq ans, les Elfes Noirs – plus communément appelés Keltans – avaient débarqués sur les côtes Nord du Royaume Azurain. Au début, rien ne les différenciaient des pirates ordinaires. Ils attaquaient les villages près dés côtes à la tombée de la nuit et les pillaient sans vergogne, ne remontant que rarement dans l'embouchure des fleuves. Mais au bout de deux ans, une importante armée avait débarqué par surprise et avait commencé à envahir le Royaume, massacrant et détruisant tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage. Leur objectif avait ainsi radicalement changé. Ils désiraient à présent récupérer les terres que le Royaume Azurain leur avait dérobées, il y avait de cela plus de deux millénaires, bien avant que l'Orgerac n'envahisse le continent. Depuis ce jour, les Keltans n'avaient jamais autant avancé à l'intérieur des terres. Et personne ne s'attendait à ce que cela soit le cas, surtout en plein hiver, ce qui expliquait en partie le peu de vigilance qu'il y avait au sein de la ville.

Pour toutes ces raisons et une multitude d'autres, le Connétable faisait les cent pas dans son bureau. Une pensée ne cessait de tourner et de retourner dans son esprit, l'obsédant : il n'avait pas assez de soldats pour assurer correctement la défense de sa ville. Il avait renvoyé peu de temps auparavant les mercenaires qu'il avait engagés durant l'été. De ce fait, il ne lui restait qu'à peine le tiers de la garnison, ce qui était grandement insuffisant pour tenir les remparts. Surtout en cas d'assaut multiples. Mais comment aurait-il pu prévoir que les Keltans attaqueraient durant l'hiver ? Aucun chef sensé ne commettrait une telle folie aux vue des difficultés auquel il s'exposait...

Pourtant c'était exactement ce qui était en train de se passer, et il devait bien l'avouer, c'était magnifiquement orchestré. La neige allait ralentir l'arrivée des renforts tout en sachant que la garnison au sein de la ville serait réduite. Au fond de lui, le Connétable était persuadé que la bataille était perdue d'avance. Que pouvaient-ils faire face à ds démons surentrainés ? C'était comme s'ils étaient nés pour faire la guerre... Les récits des combats passés lui faisaient froid dans le dos. Pris de panique, l'idée de fuir à son tour lui traversa l'esprit. Il pouvait partir loin de ce futur carnage s'il le voulait, mais il était de son devoir de défendre la ville et ses habitants.

La mort dans l'âme, il ouvrit l'armoire renfermant son armure. Un sourire se dessina sur ses lèvres malgré lui en découvrant l'épaisse couche de poussière qui la recouvrait. La rouille rongeait le métal par endroit. En vingt-cinq ans de service en tant que Connétable, il n'avait jamais eu à la remettre...

Pendant qu'un page l'aidait à la revêtir, il chercha toutes les solutions qui lui permettraient de retenir – et peut-être repousser – les assauts des Keltans le temps que les renforts arrivent. Hélas, aucune idée convaincante ne lui apparut.

Une fois prêt, il sortit de son bureau et s'engagea dans les escaliers pour retrouver le capitaine de la garnison. Après une brève mais féroce discussion, l'ordre fut donné de réunir toutes personnes en âge de combattre et de leur procurer des armes afin qu'ils se battent avec eux pour protéger leurs vies. Le Connétable n'appréciait pas cette idée, mais il lui semblait que c'était la seule façon de pouvoir contenir l'assaillant, et qui sait, si la chance et les Dieux étaient de leur côté, remporter la bataille...

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Erwan chevauchait depuis près d'une heure en direction de Caerd. Il avait déjà parcouru une grande partie du chemin menant au château et il pouvait déjà apercevoir le pont de l'Algir tout proche. Une fois franchi, il ne lui resterait plus que trois lieues avant d'arriver.

Il ralentit l'allure en approchant du pont. Avec toute cette neige, il craignait que la pierre recouverte de glace le fasse chuter. Il n'avait aucune envie que son cheval ne glisse et ne l'envoie par-dessus le rebord. Il doutait qu'un bain par cette température soit bon pour lui...

Allant au pas, il surveilla très concentré où son cheval marchait. Il allait s'engager sur le pont lorsqu'il discerna un bruit étrange sans arriver à discerner d'où cela provenait. Il s'arrêta et observa nerveusement les alentours, la main s'approchant nerveusement de la dague accrochée à sa ceinture.

Toujours méfiant, il ordonna à son cheval de reprendre la marche, prêt à lancer son cheval au galop si nécessaire.

Il n'en eut pas le temps.

Le bruit augmenta, comme si un objet bougeait si vite qu'il vrillait l'air. Le son s'arrêta net. Un objet – une pierre de toute évidence – le heurta puissamment à la nuque, le désarçonnant. Sonné, il tomba, la tête la première, et perdit connaissance...

Reprenant difficilement conscience, face contre terre, des racines lui entrant douloureusement dans le ventre et la poitrine, il mit un long moment à émerger, la tête lui tournant. Il tenta de se dégager des racines qui lui donnaient envie d'hurler.

Malgré la douleur, une idée se fraya un chemin dans son esprit. Que faisaient des racines en plein milieu du chemin ? Près du pont qui plus est ! Et la neige, pourquoi avait-il l'impression qu'il n'y en avait quasiment pas où il était allongé ?

Redressant la tête, paniqué, il ouvrit difficilement les yeux, ses paupières engluées de sang séché. Il tenta de se redresser pour mieux voir où il se trouvait, le temps que ses yeux s'habituent à la lumière. Avec frayeur, il réalisa que ses mains étaient dans son dos, solidement attachées par une corde. Il en était de même de ses chevilles...

Les Keltans l'avaient capturé !

Terrorisé par cette découverte, il tenta par tous les moyens de se libérer de ses liens. Sans espoir. Ceux qui l'avaient capturé étaient de vrais professionnels... Il n'avait aucune chance de fuir, c'était certain ! Étrangement, cette nouvelle le calma. La peur disparue pour laisser place à un désespoir raisonné et impassible...

Il était le seul à pouvoir prévenir la garnison de Caerd... Le seul qui pouvait empêcher le massacre de sa ville, et il était là, ligoté, allongé aux côtés d'un chêne centenaire, sur des racines qui lui faisaient un mal de chien sans pouvoir rien y faire ! Même sa dague lui avait été retirée... Si seulement il n'avait pas ralenti avant le pont ! Lui et sa prudence exacerbée avait causé sa perte. Et celle de tous les siens. Pour un peu, il aurait éclaté de rire... Un rire nerveux, proche de la folie...

Un bruit dans son dos attira son attention. Se redressant difficilement sur ses genoux, il se laissa tomber contre le tronc du chêne, content de ne plus ressentir les racines qui lui comprimait la poitrine, et regarda autour de lui. Il n'y avait aucune trace de ses agresseurs. Le bois était calme. Quelques traces de pas étaient visibles dans la neige, se dirigeant vers la route qu'il devina un peu plus loin.

Un effort étouffé attira de nouveau son attention. Regardant d'abord sur les côtés, puis derrière lui, il distingua un deuxième corps adossé au tronc, s'agitant comme un forcené, tentant de retirer ses liens par tous les moyens, un bâillon l'empêchant de crier.

Erwan eut l'impression de délirer, se demandant si la chute avait pu le déranger à tel point d'imaginer des choses. Pourtant, après une nouvelle observation, il n'eut plus aucuns doutes, l'autre homme était bel et bien l'Intendant d'Aljuora.

Erwan observa de nouveau les alentours, réfléchissant. Se pouvait-il qu'il soit resté inconscient si longtemps que les Keltans aient eu le temps de le ramener et de prendre la ville ? Il en douta, il était persuadé de n'avoir bougé que de quelques toises depuis le lieu de sa chute. De plus, il percevait dans son dos l'écoulement d'un fleuve. C'était totalement incompréhensible !

Se pouvait-il que l'Intendant ait tenté de fuir ?

Il en était là de ses réflexions quand il perçut le son de la neige que l'on écrase de ses pas. Il releva vivement la tête, le c½ur battant la chamade, se demandant si sa dernière heure étant déjà arrivée.

Un Keltan apparut, calme et détendu. Visiblement un éclaireur au vu de ses vêtements légers et discrets. Erwan sentit la peur revenir, plus forte que jamais, et ce n'était pas la dague – SA dague ! – que le Keltan avait à la main qui allait le rassurer.

Dans un espoir désespéré, Erwan tenta de se débarrasser de ses liens. Si seulement il arrivait à les desserrer ne serait-ce qu'un petit peu... Mais il n'y avait rien à faire, le Keltan était déjà au-dessus de lui, un sourire de mauvais augure rivé sur son visage.

D'un geste autoritaire, le Keltan l'attrapa et le força à se retourner. Erwan tenta de résister de toutes ses forces, mais ce fut inutile. Le Keltan se pencha, approchant la dague dans son dos. Erwan sentit un frisson de terreur parcourir sa colonne vertébrale lorsque la lame affûtée le frôla. Pourtant, contrairement à ce qu'il s'attendait, elle ne s'enfonça pas dans ses chairs. À la place, il sentit la lame passer entre ses poignets et couper les liens qui le retenait avant que le Keltan ne se redresse et ne le repousse violemment contre le tronc, lui intimant de rester tranquille.

Abasourdi, Erwan ne pensa même pas à esquisser le moindre geste tandis que son ravisseur coupait les liens retenant ses chevilles. Ce ne fut que lorsqu'il s'écarta de lui, qu'il osa ramener ses mains devant lui et se masser ses poignets douloureux.

- Pourquoi ? parvint-il à demander dans un murmure, l'idée qu'il puisse être exécuté d'une autre manière lui traversant l'esprit.

Le sourire du Keltan redoubla d'intensité.

- Parce que nous te laissons repartir... répondit l'Elfe Noir d'une voix calme, comme s'il s'agissait d'une évidence. Tu peux aller avertir la garnison de Caerd. Cela ne changera plus rien à présent, nous serons déjà loin à votre arrivée. Ton cheval est attaché à un arbre un peu plus loin... (Il s'approcha de l'Intendant de l'autre côté de l'arbre.) Par contre, lui, nous allons le garder ! Mon ami et moi avons envie de nous divertir un peu...

Erwan se releva lentement, le corps courbaturé et meurtri après sa chute. Il distingua le large sourire qu'affichait l'éclaireur devant le visage terrorisé du prisonnier à ses pieds.

Un peu de neige lui tomba sur le crâne. Relevant la tête par réflexe, il sursauta. Un autre Keltan y était perché, observant la scène en silence. Sautant de la branche d'où il était en observation, il se réceptionna avec agilité à quelques pouces d'Erwan, pétrifié.

- Tu es encore là toi ? Fait attention, nous pourrions changer d'avis tu sais... déclara-t-il comme pour l'avertir presque amicalement.

Erwan se dirigea d'un pas lourd vers la route, la tête le lançant sans pitié, lui brouillant la vue par moment. Après quelques pas mal assurés, il distingua son cheval attaché à un arbre. Rassuré, il se précipita à ses côtés le plus rapidement qu'il lui était possible dans son état.

Détachant puis récupérant les rênes, il voulut se hisser sur la selle. Il y parvint après plusieurs échecs alors que déjà, plusieurs cris de douleurs de l'Intendant brisèrent le silence ambiant.

Il n'y porta aucune attention et talonna sa monture, sans prendre le soin, cette fois-ci, de ralentir pour franchir le pont. Les hurlements persistants de l'Intendant le poursuivirent encore de longues secondes...

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Siegfried attendait devant la fenêtre, guettant avec impatience l'arrivée de ses parents. Son frère était assis sur les genoux d'Iriana, la femme du forgeron. Le regard vide, il buvait une tisane de valériane qu'elle lui avait préparé. Elle le tenait dans ses bras et tentait par tous les moyens de le calmer et de le réconforter, lui assurant que grâce à lui, le village ne risquait plus rien.

Enguerrand l'écoutait avec espoir. Elle devait avoir raison ! C'était une adulte, elle savait de quoi elle parlait. Après tout, ses visions lui avaient plus d'une fois permis d'éviter de justesse des catastrophes. Comme la fois où Finn avait failli être écrasé par un chariot qui s'était renversé. Sans lui, il serait mort lui avait assuré sa mère.

Il termina d'une traite sa tisane. Déjà, il se sentit mieux. Il en remercia Iriana qui le serra plus fort dans ses bras, posant sa joue sur sa tête, comme sa mère lorsqu'elle le consolait, ou simplement lorsqu'elle le prenait dans ses bras.

Il se sentit encore mieux.

Mais elle devait partir, ses propres fils ayant besoin d'être rassurés à leur tour. Elle embrassa tendrement Enguerrand sur le front avant de le relâcher. Elle s'approcha ensuite de Siegfried qu'elle prit dans ses bras un bref instant. Puis, après un dernier sourire et un signe de main, elle sortit.

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Elle était rassurée d'avoir pu les apaiser. Elle avait réussi à cacher sa propre angoisse, car malgré tout ce qu'elle avait dit, elle était persuadée que cette fois-ci, rien ne pourrait changer le court du destin... En apercevant Finn et Laelan derrière la fenêtre, son c½ur fit un bond.
La mort était pour bientôt, pensa-t-elle désespérée...

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Peu après qu'Irina soit partie, Siegfried vit ses parents approcher de la maison en courant.

Meleriand entra le premier et s'approcha d'Enguerrand, suivi d'Evilia. Malgré le fait qu'ils soient essoufflés, ils l'interrogèrent sans tarder. Le jeune garçon s'efforça de répondre du mieux qu'il put, tentant de rapporter aussi fidèlement que possible ce qu'il avait vu.

Une fois qu'il eut terminé, pendant un long moment, Evilia et Meleriand discutèrent de sa vision. En voyant la tête qu'ils faisaient, Siegfried comprit qu'ils étaient très inquiets, voir... totalement désespérés...

Evilia les prit tout les deux dans ses bras, les serrant très fort, leurs murmurant des paroles réconfortantes. Les deux enfants en firent de même. À peine les avait-elle relâchés, que ce fut au tour de leur père.

Ils furent surpris. Ce n'était pas dans ses habitudes de se montrer si affectueux avec eux...

Enguerrand sentit la peur renaître dans sa poitrine, conscient que son père était en train de leur faire ses adieux...

Le tocsin résonna de nouveau dans l'enceinte de la ville. Meleriand se redressa, le visage dur. Il passa ses mains dans les chevelures de ses fils, un pâle sourire aux lèvres. Après leur avoir fait promettre qu'ils resteraient à la maison quoi qu'il arrive, il sortit. Evilia les prit une nouvelle fois dans ses bras et les serra très fort, leur murmurant qu'elle les aimait et sortit à son tour, les larmes aux yeux.

Siegfried et Enguerrand se précipitèrent devant la fenêtre...

# Posté le mardi 29 novembre 2005 14:21

Modifié le dimanche 09 août 2009 11:44

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