Le forgeron aperçut un cavalier Keltan approcher. Il s'arrêta à une dizaine de mètres des remparts, et demanda à parler au représentant de la ville. L'Intendant s'étant enfui, le connétable avait pris sa place. Il s'approcha. Il avait revêtu son armure et tenait un arc à la main, une flèche encochée prête à être lancée. Il avait également une magnifique épée dans un somptueux fourreau. Le forgeron se souvint avec fierté qu'il avait lui-même réalisé cette épée sur la demande du connétable, il y avait de cela près de dix ans. Le forgeron se douta qu'elle n'avait jamais servi.
- C'est moi qui représente cette ville, que voulez-vous ?
- Mon chef désire que votre ville se rende sans faire d'histoire !
Le connétable se mit à rire bruyamment. Il savait ce qui était arrivé aux villages qui s'étaient rendus sans se battre. Tous les habitants avaient été massacrés sans aucune pitié. Le connétable riva de nouveau son regard sur le cavalier. Il leva vivement son arc et le banda.
- Alors voici ma réponse !
Le héraut Keltan, voyant cela, fit volte-face et éperonna son cheval pour retourner auprès des siens, hors de portée des flèches. Le connétable ne lui en laissa pas le temps. La flèche partit se ficher dans la nuque du cavalier qui tomba de cheval et ne se releva plus.
Un cri de stupeur et de rage émana de l'armée Keltane. Leur chef donna sans plus attendre l'ordre d'attaquer. L'armée Keltane s'ébranla en direction des remparts, couverte par une pluie de flèches qui firent leurs premières victimes du côté des défenseurs.
Le forgeron se recula pour laisser la place aux archers. Au signal du connétable, les premières flèches furent lancées. Elles s'abattirent alors aussi bien du côté des défenseurs que de celui des Keltans. Mais les Keltans étaient si nombreux, que rapidement des échelles furent installées le long des remparts et les arcs ne servirent plus à rien. Le forgeron se rapprocha alors des créneaux et se retrouva aux côtés du connétable qui dégaina son épée. Ils se lancèrent un dernier regard d'encouragement, puis le massacre commença.
Les Elfes Noirs, surexcités, commencèrent à atteindre les créneaux. La peur quitta le forgeron, qui n'eut alors plus qu'une envie, s'en sortir. Il fut pris dans la tourmente de la bataille et il affronta les Keltans avec rage. Il en tua beaucoup à l'aide de sa hache, mais d'autres venaient sans cesse les remplacer.
Il faisait tout pour éviter les lames Keltanes. Il avait entendu dire que la plus petite blessure pouvait être fatale, les armes Keltanes étant empoisonnées. Combien de personnes pensant s'en être tirées, étaient mortes plusieurs jours après d'une violente fièvre ?
Alors qu'il se battait contre deux adversaires en même temps, il aperçut le connétable entouré par les Keltans. Le forgeron se débarrassa de ses deux adversaires et essaya de se porter à son secours.
Il arriva trop tard. Le connétable s'affala par terre, le corps transpercé par de nombreux coups d'épée. Les Keltans se retournèrent alors contre lui. Il essaya de riposter, mais une épée lui trancha soudainement la main qui tenait la hache. Il hurla de douleur. Une autre épée lui perfora le ventre et le forgeron s'effondra sur les remparts aux côtés de nombreux cadavres. Il mourut là, en ayant une dernière pensée pour sa femme et ses fils...
* *
Quand Siegfried et Enguerrand entendirent le cri de guerre des Keltans, ils surent aussitôt comme le reste de la ville que l'assaut venait d'être lancé contre les remparts. Ils regardaient par la fenêtre pour voir ce qui se passait. De là où ils étaient, ils pouvaient apercevoir les remparts où se déroulaient de violents combats. Tous les deux avaient l'espoir qu'ils gagneraient. Les soldats de la garnison, ainsi que les villageois, résistaient vaillamment, bien que l'ennemi soit dix fois plus nombreux...
Alors que le combat n'avait débuté que depuis peu de temps et qu'une grande partie des défenseurs avait été décimée, les Keltans, sans aucune raison apparente, commencèrent à refluer des remparts, laissant les défenseurs incrédules.
Lorsqu'ils virent les soldats Keltans battre en retraite, Siegfried et Enguerrand bondirent de joie. Ils s'apprêtaient à sortir fêter l'évènement, lorsqu'une effroyable explosion retentit soudain dans la ville. La maison vibra sous le puissant souffle qui s'en dégagea, et les fenêtres volèrent en éclats. Ils se précipitèrent dehors et furent terrorisés par la vision qui s'offrait à leurs yeux. Un énorme nuage de fumée noirâtre s'élevait au dessus de ce qui avait été quelques secondes plus tôt les remparts. Siegfried s'aperçut que sur une cinquantaine de toises, les remparts venaient de s'écrouler. Il entendit les cris de victoire et les clameurs lancées par les troupes ennemies qui envahissaient déjà les rues abandonnées de la ville.
Ce fut le début du massacre tant redouté par les habitants. Les Keltans tuaient sans merci les rares défenseurs encore en vie après l'effondrement des remparts. Alors que les malheureux tentaient de prendre la fuite, des archers Keltans s'alignèrent et décochèrent leurs flèches.
Siegfried vit alors son père apparaître d'une rue opposée et se mettre face aux archers. Meleriand lança un sort qui envoya les ruines des remparts sur les Keltans qui furent happés par dizaines. Il se dirigea ensuite sans plus attendre vers la maison où étaient ses fils. Enguerrand était terrorisé. Sa vision se reproduisait à nouveau... Quand leur père entra, Siegfried chercha sa mère avec angoisse.
- Où est maman ?
Meleriand les regarda les yeux emplis de tristesse. Ils n'eurent cependant pas le temps de s'apitoyer sur leur sort. D'autres soldats approchaient. Ils se précipitaient dans les maisons. Et bien que la plupart des habitants soient inoffensifs, et qu'ils supplièrent qu'on veuille bien les épargner, les Keltans les massacrèrent sans aucune pitié.
Siegfried vit les soldats entrer dans la maison de ses amis. Il eut peur pour eux. Mais il vit rassuré, qu'ils ressortaient aussitôt poursuivis par Iriana, une hache rouge de sang à la main. Son espoir fut cependant vite réduit à néant, lorsqu'un Keltan la désarma avec une facilité déconcertante. Elle n'eut le temps de rien faire avant que la lame ne s'abatte d'un coup sec sur son cou et ne la décapite. Les Keltans venaient de perdre deux de leurs soldats par sa faute. Ils s'en prirent rageusement à ses enfants qui furent amenés devant le cadavre de leur mère, puis lentement égorgés...
