Meleriand sortit et leur fit face. Enguerrand tremblait de frayeur. Tout se passait exactement comme dans sa vision. Ce qui voulait dire que bientôt, il allait revivre cette atroce douleur...
Lorsque les Keltans aperçurent Meleriand dans l'encadrement de la porte, ils se méfièrent de lui. Cependant, quand ils virent que le villageois n'avait aucune arme, ils s'approchèrent en souriant méchamment. Ce fut une grave erreur. Meleriand leva lentement la main. Des éclairs furent projetés de ses doigts et une vingtaine d'entre eux furent aussitôt brûlés vif. Par prudence, les survivants décidèrent d'appeler les archers qui arrivèrent en renfort et décochèrent leurs flèches. Meleriand les renvoya d'un simple geste de la main. Les archers, eux, ne purent les éviter.
Il ne se passa plus rien pendant dix minutes. Les soldats n'osant plus attaquer. Ils attendaient des renforts. Meleriand, cependant, entendait le massacre continuer dans le reste de la ville. Il enrageait de ne rien pouvoir faire. Il devait avant tout protéger ce qui restait de sa famille. Mais pour cela, d'autres familles innocentes se faisaient égorger...
Un Sorcier Keltan s'approcha lentement et lui fit face. Les deux Sorciers se contemplèrent longuement, se jaugeant mutuellement. Des dizaines de soldats Keltans se regroupèrent pour assister au spectacle. Rare étaient ceux, qui pouvaient se vanter d'avoir déjà assisté à un combat entre Sorciers.
Il ne se passa rien pendant un long moment. Impatients, les soldats se demandaient quand leur Sorcier allait attaquer.
Soudain, le combat débuta, si rapide et si violent, que les Keltans eurent du mal à comprendre ce qui se passait.
Siegfried et Enguerrand, quand à eux, étaient partis se réfugier au fond de la maison. Ils voyaient leur père dans l'encadrement de la porte. Des éclairs partant de tous les côtés. Siegfried était sûr que son père allait gagner. Alors qu'Enguerrand, lui, savait bien ce qui allait se passer... Siegfried sentait tout de même que son père commençait à se fatiguer. Mais il ne pouvait rien faire. Il espérait seulement qu'il en était de même pour le Sorcier Keltan.
Au bout d'un long moment, Meleriand prit un léger avantage sur son adversaire pour le plus grand plaisir de Siegfried. Meleriand lui-même commença à penser qu'il allait remporter ce combat, et que les soldats, apeurés, s'enfuiraient, lui permettant à lui aussi de partir.
Mais les neufs derniers Sorciers Keltans accompagnant l'armée vinrent en aide à leur collègue. Meleriand se pétrifia, tout comme Siegfried qui vit son dernier espoir s'envoler. Enguerrand, lui, essayait de se cacher. Il ne voulait pas revoir une fois de plus cette abomination.
Les Sorciers Keltans décidèrent de vite en finir. Cet Humain osait maîtriser un art qu'il ne méritait pas. La mort était donc la punition qu'il allait connaître. Ce serait une mort terriblement douloureuse...
Meleriand comprit que cela ne servait plus à rien de résister. Le combat était perdu d'avance. S'il n'arrivait pas à gagner contre un seul Sorcier, alors contre dix, c'était totalement impossible.
Les Sorciers Keltans lancèrent leur sort. Il y eut alors un silence de mort tout autour de la maison. Comme si tout le monde retenait son souffle. Même le bruit des massacres et des flammes semblait s'être arrêté. Comme si le temps lui-même était suspendu. Les soldats regardaient admiratifs, la puissance de leurs Sorciers.
Alors que le silence se faisait de plus en plus lourd autour de la maison. Une voix mystérieuse tonna dans l'air, puis un éclair noir descendit du ciel et foudroya la maison.
Cependant, rien ne se passa. Cela surprit les soldats, mais aussi Siegfried. Le même silence pesant recommença alors.
Siegfried pensa naïvement que le sort avait échoué, ou que son père les protégeait contre le maléfice. Mais après quelques secondes de ce silence obscur, Meleriand se tordit de douleur, puis tomba raide mort avant même d'avoir touché le sol. Au loin, retentit le cri de douleur et de désespoir d'un aigle.
Siegfried s'approcha de son père pour voir ce qu'il avait. Mais son frère hurla de douleur et se mit à courir comme pour échapper à quelque chose d'invisible. Siegfried le regardait sans comprendre. Il vit ensuite son frère s'écrouler, le visage figé sur une expression d'horreur et de souffrance. Siegfried ne comprenait toujours pas ce qui se passait.
Un des Sorciers s'approcha lentement de la porte le regardant fixement en souriant. Aussitôt, Siegfried commença à ressentir une vive douleur qui éclata instantanément tout le long de son corps. La douleur augmenta rapidement et devint insupportable. Soudain, un monstre de plusieurs mètres surgit de nulle part. Siegfried essaya de lui échapper, sans succès. À chaque fois, le monstre le rattrapait. Il décida alors de se laisser faire. Il ne bougeait plus, tétanisé par la douleur qui lui parcourait tout le corps. Le monstre s'approcha alors doucement de lui, puis lui sauta dessus.
Siegfried tomba lourdement sur le sol, comme son frère et son père quelques instants plus tôt...
