N'ayant plus le choix, Meleriand leur fit face. Apeuré, Enguerrand se précipita vers l'arrière de la maison, pour être le plus loin possible de ce qui allait inévitablement se reproduire. Car il en était persuadé. Tout se passait exactement comme il l'avait vu... Il ne voulait pas revoir la créature qui allait l'attaquer. Il ne voulait pas revivre la douleur...
Les Keltans observèrent Meleriand qui leur faisait face dans l'encadrement de la porte. Ils s'approchèrent avec lenteur, ne voulant prendre aucun risque. Constatant que l'homme n'esquissait aucun geste et qu'il n'avait aucune arme, ils s'élancèrent sur lui dans un cri de guerre.
Ce fut une grave erreur.
Meleriand releva aussitôt sa main qui projeta divers éclairs de ses doigts, foudroyant ses premiers adversaires. Il réitéra son geste plusieurs fois, jusqu'à ce que les soldats les plus proches ne soient plus qu'un souvenir. Par prudence, les survivants décidèrent d'appeler des archers en renfort. Meleriand ne bougea pas et attendit. Lorsqu'ils décochèrent leurs flèches, d'un geste négligeant de la main, il les leur renvoya.
Les archers, eux, ne purent les éviter.
Durant plusieurs minutes il ne se passa plus rien. Les soldats entouraient à bonne distance la maison du Sorcier sans plus oser y approcher. Ils avaient préféré appeler des renforts plus compétents dans ce domaine...
Meleriand les observait la mâchoire serrée, recherchant désespérément une idée qui lui permettrait de s'en sortir tout en protégeant ce qui restait de sa famille. Impuissant, il entendait le massacre se perpétuer dans le reste de la ville. Il enrageait de ne pouvoir rien faire. Lui qui avait prêté serment de protéger le peuple... Mais il devait avant tout protéger sa famille.
Il remarqua de l'agitation dans les rangs Keltans qui s'écartaient précipitamment pour laisser passer un Sorcier. Celui-ci, le regard vif et perçant, toisa son adversaire avec dépit. Les soldats qui jusque-là étaient restés écartés, se rapprochèrent légèrement pour pouvoir admirer le spectacle qui promettait d'être passionnant. Rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir déjà assistés à un combat entre Sorciers.
Pendant un moment, ils s'observèrent sans rien esquisser d'autre que du mépris l'un envers l'autre. Impatients, les soldats se demandaient quand leur Sorcier allait attaquer.
Brusquement, le combat débuta, si rapide et si violent, que les Keltans eurent du mal à comprendre tout ce qu'il se passait devant leur yeux.
Siegfried venait de rejoindre son frère au fond de la maison pour se mettre à l'abri des maléfices qui fusaient dans tout les sens. Ils voyaient leur père lutter avec acharnement contre le Sorcier effrayant au sourire cruel qui semblait prendre plaisir à combattre. Néanmoins, il était persuadé que son père gagnerait son combat malgré tout ce que son frère avait pu dire. Pourtant, il dû reconnaître que qu'il semblait commencer à fatiguer. Il espérait seulement qu'il en était de même pour son adversaire.
Maléfice après maléfice, Meleriand parvint à prendre l'avantage. Son adversaire parvenait toujours à les contrer, mais plus à en lancer. L'espoir commença à le gagner. Peut-être que s'il remportait le combat, les soldats autour de la maison fuiraient, apeurés de subir le même sort que leur Sorcier...
L'espoir mourut avant même de se réaliser. Avançant comme un seul homme, neuf Sorciers apparurent pour prêter main-forte à leur collègue. Meleriand cessa le combat, vaincu. Seul contre dix, il n'avait aucune chance. Siegfried se pétrifia, pour la première fois, l'idée qu'ils allaient mourir comme dans la prédiction de son frère se fraya un chemin à son esprit. Enguerrand, lui, se recroquevillait contre le mur, pleurant toutes les larmes de son corps face à ce qu'il savait comme inévitable.
Bien décidés à vite en finir, les Sorciers Keltans se réunirent en arc de cercle face à l'Humain qui osait maîtriser un art qu'il ne méritait pas. Une incantation fut murmurée sans que Meleriand ne tente quoi que ce soit. Cela ne servait plus à rien de résister.
Le sort fin prêt, les Sorciers le concentrèrent et le lancèrent d'un même geste sur la maison toute entière. Un silence de mort sembla l'entourer. Plus un son ne perça dans l'enceinte du sortilège. Même le bruit des massacres et des flammes semblaient s'être arrêtés, rendant le tout terriblement oppressant. Les soldats regardaient leur Sorciers avec admiration et attendaient la suite avec impatience.
Le silence s'attardait tandis qu'une étrange lueur violette venu du sol emprisonnait la maison en son sein. Une voix mystérieuse tonna brusquement dans l'air prononçant des paroles compréhensible seulement pour les Sorciers présents. Meleriand pâlit d'horreur sous la révélation de ce qui les attendaient.
Un éclair noir foudroya la maison en son centre. Rien ne se passa. Du moins en apparence tandis que le silence semblait reprendre son droit...
Siegfried se releva. Son père se tenait toujours dans l'encadrement de la porte, vraisemblablement perplexe tandis que son frère, bien que toujours le regard horrifié était toujours lui aussi en vie. Se pouvait-il que le sort ait échoué ? Son père les avaient peut-être protégés du maléfice ? Cette pensée naïve ne dura pas. Après quelques secondes de ce silence obscur, Meleriand fut violement projeté au sol. A peine eut-il eu le temps de crier de douleur, sa poitrine déchiquetée, que sa tête se tourna dans un angle impossible et ridicule dans un craquement qui sembla résonner dans le silence ambiant.
Au loin, retentit le cri de douleur et de désespoir d'un aigle...
Devant le corps de son père étendu à ses pieds, Siegfried perdit son sang froid et hurla de toutes ses forces. Il voulut s'approcher un peu plus pour voir ce qui avait pu lui arriver, lorsque son frère, trop terrorisé pour hurler, tenta de s'échapper de ce qu'il savait inévitable en rampant sur le sol. Siegfried le regarda sans comprendre. Il voulut lui apporter son aide lorsqu'il se figea sur une expression d'horreur et de souffrance avant de s'écrouler et ne plus bouger.
Seul, son père et son frère morts sans qu'il ne sache comment, Siegfried remarqua qu'un Sorcier s'approchait lentement de la porte d'entrée et l'observa fixement, un large sourire étendu sur ses lèvres. Il ressentit au même moment une douleur éclater tout le long de son corps sans aucune raison. La douleur augmenta rapidement jusqu'à devenir insupportable. Á bout de force, il tomba à genoux, suppliant pour que tout s'arrête enfin. Puis, alors qu'il perdait lentement conscience, deux yeux incandescents se plantèrent dans les siens sans qu'ils ne puissent voir la tête qui allait avec ce regard avide de sang. Dans une dernière tentative pour échapper à son sort, il recula d'un pas avant que le monstre ne lui saute dessus.
Sans un cri, Siegfried tomba lourdement sur le sol, comme son frère quelques instants plus tôt...
