- Allez soldat, amuses-toi ! Je sais ce que les Keltans vous font endurer au front. Profite de ce jour où tu peux t'amuser avec l'une des leur sans qu'elle ne puisse répliquer !
Ses mots pleins d'entrains réveillèrent les spectateurs qui commencèrent à encourager le nouveau venu avec fougue.
Il contempla la foule, puis le Sénéchal, éc½uré. Il reporta ensuite son attention sur l'Elfe Noire, toujours à ses pieds. Il l'entendait respirer avec difficulté sous la douleur, son bras replié dans le mauvais sens écrasé sous son corps.
Il posa un genou à terre et la fit se redresser. Il releva par la suite son menton avec douceur et fermeté. Il la regarda droit dans les yeux. Malgré sa douleur, elle soutint son regard sans ciller, fière.
Au contact de sa peau, sa main sembla brûler comme dans des flammes. Décidément, elle n'était pas ordinaire...
- Pourquoi n'avez-vous pas utilisé vos pouvoirs ? questionna-t-il d'une voix qu'elle seule put entendre. Vraisemblablement, ils ne sont pas inoffensifs...
Elle hésita avant de répondre.
- Il m'a fait boire quelque chose qui m'en empêche, admit-elle honteuse.
Il l'examina encore quelques secondes. Elle était dangereuse. Terriblement dangereuse... Il en était persuadé. Pourtant, un sentiment étrange lui affirmait qu'il devait à tout prix la protéger, quoi qu'il lui en coûte... Sans savoir pourquoi, il était persuadé qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort...
Il apposa sa main sur le bras abimé de la Keltane qui tressaillit à son contact et fut étonné de sentir sa douleur s'apaiser...
Quand elle voulut le remercier, elle tressaillit. Le regard de l'homme venait de quitter sa blessure pour son visage. La colère scintillait dans ses yeux. Malgré le geste amical qu'il venait d'avoir envers elle, dans un frisson, elle ne put s'empêcher de penser que l'heure de sa mort avait sonné...
Il se redressa et lui tourna le dos. La foule en colère hurlait de plus en plus fort devant son inaction. Il ne s'en intéressa pas le moins du monde. Il leur fit face et leva la main afin de les faire taire.
Quand il parla, sa voix ce fit encore plus cassante et menaçante qu'auparavant :
- Je pense que vous vous êtes assez amusés pour aujourd'hui... Á partir de maintenant, il ne sera plus fait aucun mal à cette femme ! (Tous s'immobilisèrent. Une peur insondable venait de faire son apparition et les empêchait de faire le moindre mouvement. Même le Sénéchal paraissait apeuré.) Je jure sur ma vie et mon honneur que quiconque touchera à un seul de ces cheveux connaîtra une mort certaine. (Dans la foule, plusieurs personnes apeurés rejetèrent les longues mèches de cheveux noir qu'ils avaient gardés en souvenir...) J'espère m'être bien fait comprendre ?
L'Elfe noire avait écouté ces paroles comme s'il s'était agit d'un rêve. Elle pouvait ressentir la peur qui émanait de la foule. Comment un homme seul pouvait-il effrayer tant de monde ? Elle avait beau connaître la réputation de la Légion, elle ne pouvait croire qu'il s'agissait uniquement de ça. Comment alors expliquer que chez elle, toute peur se soit volatilisée ?
Quelques rares personnes commencèrent cependant à contester cette décision. Puis, ce fut la foule entière qui protesta. Le Sénéchal qui jusque-là était resté silencieux sembla reprendre courage.
- Tu as gâché mon spectacle ! Je vais te le faire regretter ! Tu ne vas pas prendre la Keltane...
- Je ne parierai pas là-dessus...
Le Sénéchal dégaina les sabres qu'il avait pris à la Keltane et essaya de frapper son adversaire. Maladroit et lent, il le manqua. Celui-ci s'approcha alors si rapidement et si près, que le Sénéchal n'eut le temps de rien faire d'autre. Un objet froid et tranchant lui signifia que la lame d'une dague appuyait contre sa gorge. Il se raidit et lâcha aussitôt ses sabres en signe de reddition. Mais il était trop tard, il le savait. Il venait dans un moment de folie de faire l'affront ultime de se rebeller contre un soldat de la Légion, donc contre l'autorité du Roi lui-même...
- Sénéchal. Je vous annonce officiellement que vous êtes désormais démis de vos fonctions...
D'un mouvement sec, il lui trancha la gorge et laissa le corps retomber sur l'estrade sans plus s'en préoccuper.
Tandis qu'il rangeait sa dague, les hommes du Sénéchal se jetèrent sur lui. Il dégaina calmement et désarma avec une simplicité déconcertante deux des hommes. Il frappa le premier avec le pommeau de son épée et envoya son poing dans le visage du second, les assommants sur le coup.
L'Elfe Noire tentait de son côté de se réfugier loin de la foule qui se précipitait sur l'estrade pour l'attraper sans pouvoir se défendre en retour, son bras cassé lui étant inutile alors que son bras valide maintenait en place ses vêtements. Kriar mordait avec férocité les bras qui se tendaient vers elle, dissuadant une grande partie des villageois de continuer.
Après qu'il eut assommé ses deux adversaires, il rengaina son épée sous les regards incrédules des six hommes qui lui faisaient face. Avec colère, il relâcha la totalité de ses pouvoirs qu'il avait jusque là utilisés uniquement pour se rendre plus menaçant et réconforter la Keltane.
Profitant de l'incertitude de ses adversaires pour l'attaquer, il récita quelques mots et traça dans le vide plusieurs runes qui se suspendirent dans le vide et s'assemblèrent sous les regards abasourdis et terrorisée de la foule. Lorsque son sort implosa, une onde de lumière aveuglante éclata sur la place. La foule ainsi que les derniers hommes du Sénéchal furent immobilisés.
La Keltane regarda abasourdie autour d'elle et en profita pour reprendre son souffle, épuisée. Son coude commençait déjà à lui refaire mal. Elle se releva avec difficulté sans ses bras valides tandis que le loup s'allongeait à ses côtés. Quand elle tourna la tête, elle sursauta en découvrant l'homme juste devant elle.
- Donnez-moi votre bras, je vais arranger ça.
Elle l'observa intriguée.
- N'est-ce pas dangereux pour vous de me soigner ? Je pourrai en profiter pour m'enfuir. Ou pire, vous tuer.
Curieusement, elle le vit sourire.
- Nous verrons bien si les Keltans ont si peu d'honneur que le prétend la rumeur.
Piquée au vif, elle tendit son bras.
Il apposa ses mains sur son avant-bras avec douceur et ressentit de nouveau la brûlure intense indiquant que l'Elfe Noir possédait elle aussi des pouvoirs. Délicatement, il commença par endormir la douleur causée par la blessure avant de remonter une main au niveau du coude et de l'examiner. L'os ressortait par la blessure mais heureusement, peu de sang s'était écoulé.
- Bien que j'aie endormi votre bras, cela risque de vous faire mal, prévint-il.
- Allez-y, j'ai l'habitude, assura-t-elle.
Attrapant d'une main le bras, et d'une autre l'avant-bras, il lui jeta un coup d'½il afin de s'assurer qu'elle était prête. Puis, d'un mouvement sec, il retourna le coude afin de le remettre dans le bon sens. La Keltane serra les dents mais n'émit aucun son bien qu'elle fut livide. Sans tarder, il endormit une nouvelle fois la douleur et commença à soigner la blessure.
Elle ressentit une désagréable sensation lorsque ses os fracturés se ressoudèrent et que ses articulations et sa peau se reconstituèrent et se renforcèrent. La douleur disparut rapidement et elle put bientôt sentir son bras être de nouveau fonctionnel.
- Voilà, c'est fini, se réjouit-il en passant ses doigts le long du bras de la Keltane pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié.
- Merci. Mais, c'est bizarre, hésita-t-elle. On aurait dit de la magie Elfique ?
- Rien de plus normal, ma mère était une Elfe, j'ai donc hérité des pouvoirs de son peuple...
Il se tut. Il trouvait étrange de parler de ses origines avec une quasi-inconnue, Keltane qui plus est... Pour se donner contenance, il se décala et passa derrière l'Elfe qui se retourna suspicieuse.




