Chapitre Deux, quatrième partie.

Chapitre Deux, quatrième partie.
(le chevalier de la Legion Eternelle)


- Allez soldat, amuses-toi ! Je sais ce que les Keltans vous font endurer au front. Profite de ce jour où tu peux t'amuser avec l'une des leur sans qu'elle ne puisse répliquer !

Ses mots pleins d'entrains réveillèrent les spectateurs qui commencèrent à encourager le nouveau venu avec fougue.

Il contempla la foule, puis le Sénéchal, éc½uré. Il reporta ensuite son attention sur l'Elfe Noire, toujours à ses pieds. Il l'entendait respirer avec difficulté sous la douleur, son bras replié dans le mauvais sens écrasé sous son corps.

Il posa un genou à terre et la fit se redresser. Il releva par la suite son menton avec douceur et fermeté. Il la regarda droit dans les yeux. Malgré sa douleur, elle soutint son regard sans ciller, fière.

Au contact de sa peau, sa main sembla brûler comme dans des flammes. Décidément, elle n'était pas ordinaire...

- Pourquoi n'avez-vous pas utilisé vos pouvoirs ? questionna-t-il d'une voix qu'elle seule put entendre. Vraisemblablement, ils ne sont pas inoffensifs...

Elle hésita avant de répondre.

- Il m'a fait boire quelque chose qui m'en empêche, admit-elle honteuse.

Il l'examina encore quelques secondes. Elle était dangereuse. Terriblement dangereuse... Il en était persuadé. Pourtant, un sentiment étrange lui affirmait qu'il devait à tout prix la protéger, quoi qu'il lui en coûte... Sans savoir pourquoi, il était persuadé qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort...

Il apposa sa main sur le bras abimé de la Keltane qui tressaillit à son contact et fut étonné de sentir sa douleur s'apaiser...

Quand elle voulut le remercier, elle tressaillit. Le regard de l'homme venait de quitter sa blessure pour son visage. La colère scintillait dans ses yeux. Malgré le geste amical qu'il venait d'avoir envers elle, dans un frisson, elle ne put s'empêcher de penser que l'heure de sa mort avait sonné...

Il se redressa et lui tourna le dos. La foule en colère hurlait de plus en plus fort devant son inaction. Il ne s'en intéressa pas le moins du monde. Il leur fit face et leva la main afin de les faire taire.

Quand il parla, sa voix ce fit encore plus cassante et menaçante qu'auparavant :

- Je pense que vous vous êtes assez amusés pour aujourd'hui... Á partir de maintenant, il ne sera plus fait aucun mal à cette femme ! (Tous s'immobilisèrent. Une peur insondable venait de faire son apparition et les empêchait de faire le moindre mouvement. Même le Sénéchal paraissait apeuré.) Je jure sur ma vie et mon honneur que quiconque touchera à un seul de ces cheveux connaîtra une mort certaine. (Dans la foule, plusieurs personnes apeurés rejetèrent les longues mèches de cheveux noir qu'ils avaient gardés en souvenir...) J'espère m'être bien fait comprendre ?

L'Elfe noire avait écouté ces paroles comme s'il s'était agit d'un rêve. Elle pouvait ressentir la peur qui émanait de la foule. Comment un homme seul pouvait-il effrayer tant de monde ? Elle avait beau connaître la réputation de la Légion, elle ne pouvait croire qu'il s'agissait uniquement de ça. Comment alors expliquer que chez elle, toute peur se soit volatilisée ?

Quelques rares personnes commencèrent cependant à contester cette décision. Puis, ce fut la foule entière qui protesta. Le Sénéchal qui jusque-là était resté silencieux sembla reprendre courage.

- Tu as gâché mon spectacle ! Je vais te le faire regretter ! Tu ne vas pas prendre la Keltane...
- Je ne parierai pas là-dessus...

Le Sénéchal dégaina les sabres qu'il avait pris à la Keltane et essaya de frapper son adversaire. Maladroit et lent, il le manqua. Celui-ci s'approcha alors si rapidement et si près, que le Sénéchal n'eut le temps de rien faire d'autre. Un objet froid et tranchant lui signifia que la lame d'une dague appuyait contre sa gorge. Il se raidit et lâcha aussitôt ses sabres en signe de reddition. Mais il était trop tard, il le savait. Il venait dans un moment de folie de faire l'affront ultime de se rebeller contre un soldat de la Légion, donc contre l'autorité du Roi lui-même...

- Sénéchal. Je vous annonce officiellement que vous êtes désormais démis de vos fonctions...

D'un mouvement sec, il lui trancha la gorge et laissa le corps retomber sur l'estrade sans plus s'en préoccuper.

Tandis qu'il rangeait sa dague, les hommes du Sénéchal se jetèrent sur lui. Il dégaina calmement et désarma avec une simplicité déconcertante deux des hommes. Il frappa le premier avec le pommeau de son épée et envoya son poing dans le visage du second, les assommants sur le coup.

L'Elfe Noire tentait de son côté de se réfugier loin de la foule qui se précipitait sur l'estrade pour l'attraper sans pouvoir se défendre en retour, son bras cassé lui étant inutile alors que son bras valide maintenait en place ses vêtements. Kriar mordait avec férocité les bras qui se tendaient vers elle, dissuadant une grande partie des villageois de continuer.
Après qu'il eut assommé ses deux adversaires, il rengaina son épée sous les regards incrédules des six hommes qui lui faisaient face. Avec colère, il relâcha la totalité de ses pouvoirs qu'il avait jusque là utilisés uniquement pour se rendre plus menaçant et réconforter la Keltane.

Profitant de l'incertitude de ses adversaires pour l'attaquer, il récita quelques mots et traça dans le vide plusieurs runes qui se suspendirent dans le vide et s'assemblèrent sous les regards abasourdis et terrorisée de la foule. Lorsque son sort implosa, une onde de lumière aveuglante éclata sur la place. La foule ainsi que les derniers hommes du Sénéchal furent immobilisés.

La Keltane regarda abasourdie autour d'elle et en profita pour reprendre son souffle, épuisée. Son coude commençait déjà à lui refaire mal. Elle se releva avec difficulté sans ses bras valides tandis que le loup s'allongeait à ses côtés. Quand elle tourna la tête, elle sursauta en découvrant l'homme juste devant elle.

- Donnez-moi votre bras, je vais arranger ça.

Elle l'observa intriguée.

- N'est-ce pas dangereux pour vous de me soigner ? Je pourrai en profiter pour m'enfuir. Ou pire, vous tuer.

Curieusement, elle le vit sourire.

- Nous verrons bien si les Keltans ont si peu d'honneur que le prétend la rumeur.

Piquée au vif, elle tendit son bras.

Il apposa ses mains sur son avant-bras avec douceur et ressentit de nouveau la brûlure intense indiquant que l'Elfe Noir possédait elle aussi des pouvoirs. Délicatement, il commença par endormir la douleur causée par la blessure avant de remonter une main au niveau du coude et de l'examiner. L'os ressortait par la blessure mais heureusement, peu de sang s'était écoulé.

- Bien que j'aie endormi votre bras, cela risque de vous faire mal, prévint-il.
- Allez-y, j'ai l'habitude, assura-t-elle.

Attrapant d'une main le bras, et d'une autre l'avant-bras, il lui jeta un coup d'½il afin de s'assurer qu'elle était prête. Puis, d'un mouvement sec, il retourna le coude afin de le remettre dans le bon sens. La Keltane serra les dents mais n'émit aucun son bien qu'elle fut livide. Sans tarder, il endormit une nouvelle fois la douleur et commença à soigner la blessure.

Elle ressentit une désagréable sensation lorsque ses os fracturés se ressoudèrent et que ses articulations et sa peau se reconstituèrent et se renforcèrent. La douleur disparut rapidement et elle put bientôt sentir son bras être de nouveau fonctionnel.

- Voilà, c'est fini, se réjouit-il en passant ses doigts le long du bras de la Keltane pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié.
- Merci. Mais, c'est bizarre, hésita-t-elle. On aurait dit de la magie Elfique ?
- Rien de plus normal, ma mère était une Elfe, j'ai donc hérité des pouvoirs de son peuple...

Il se tut. Il trouvait étrange de parler de ses origines avec une quasi-inconnue, Keltane qui plus est... Pour se donner contenance, il se décala et passa derrière l'Elfe qui se retourna suspicieuse.
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# Posté le mardi 17 janvier 2006 08:34

Modifié le dimanche 09 août 2009 18:04

Chapitre Deux, cinquième partie.

Chapitre Deux, cinquième partie.
- Je voulais seulement soigner votre dos...

Avec son bras, elle avait presque oubliée que son dos aussi avait souffert. Rassurée, elle lui fit signe d'y aller. Elle ressentit alors une série de picotement tandis que les nombreuses plaies dans son dos se refermaient.

Quant il lui fit de nouveau face, il fut accueilli par un large sourire ravi alors qu'elle bougeait son bras et ses épaules sans plus ressentir la moindre douleur.

- Je m'occuperai de votre visage une fois que nous serons à l'abri.

Il s'en alla ramasser le corset qui trainait sur un coin de l'estrade et le lui tendit.

- Rhabillez-vous un tant soit peu et nous y allons, le sort ne va pas tarder à se briser, conclut-il en jetant un regard sur la foule.
- Quoi ? Une jeune femme à moitié nue ne vous intéresse pas ? plaisanta-t-elle tout en enfilant son corset.

Il détourna les yeux précipitamment, la vue fugace des hanches dénudée de la jeune femme ancrée dans son esprit. Perturbé, il récupéra la cotte de mailles et le plastron qu'il rangea dans un sac de toile après avoir vidé son contenu sur l'estrade. Il n'oublia pas de récupérer les sabres de la Keltanes autour du corps du Sénéchal.

Une fois qu'elle eut terminé de fixer son corset, la Keltane observa quelques instants la foule. Elle pouvait voir sur leurs visages figés la haine qui les rongeait. Tous désiraient sa mort.

Un détail l'interpella. Intriguée, elle ne quitta plus des yeux l'un des hommes qui se trouvait tout près de l'estrade, sa main tendue vers elle. Après quelques secondes, elle fut persuadée d'avoir bien vu.

- Ils bougent ! Ils ne sont pas figés !
- Bien sûr ! fit son compagnon amusé. Je n'ai aucun pouvoir sur le temps, mais je peux aisément ralentir des êtres. D'ailleurs, il est temps d'y aller. Kriar !

Le loup comprit aussitôt. Sautant de l'estrade, il se fraya un chemin à travers la masse compacte et atteignit les abords de la place.

La Keltane patienta avant de descendre à son tour qu'il termine une nouvelle incantation, puis, satisfait, il lui fit signe de descendre à son tour.

- Qu'avez-vous fait ? questionna-t-elle.
- Une petite surprise, vous verrez.

Au pied des escaliers, elle tomba nez-à-nez avec l'homme qui lui avait retourné le bras.

Un sourire sadique s'afficha sur ses lèvres.

Sous le regard perplexe du Légionnaire, elle le plaqua au sol et posa son pied gauche sur le bras droit de sa victime et agrippa son avant-bras.

- ¼il pour ½il...

Dans un craquement sinistre, le bras se retourna lorsqu'elle tira de toutes ses forces.

- Dent pour dent... termina-t-elle en le retournant.

Satisfaite, elle se redressa.

- C'est bon ? Vous vous êtes assez amusée ? réprimanda-t-il agacé par le geste de la Keltane.
- Si on veut, lâcha-t-elle le regard rivé dans celui qui plus tôt l'avait torturé. Je voulais qu'il sache l'effet que ça fait...

Ils traversèrent la foule compacte de corps figés, en bousculèrent beaucoup et en firent tomber certains. Il leur fallut plusieurs minutes pour arriver de l'autre côté, si bien qu'ils pensèrent que le sort se briserait avant, les corps s'animant de plus en plus vite autour d'eux.

Á peine eurent-ils atteint la grande rue qu'un bruit sourd retentit et que les cris de la foule enragée envahirent de nouveau l'espace. La Keltane se retourna inquiète, de peur qu'ils ne les poursuivent, mais il lui fit signe de se calmer.

- N'ayez pas peur, observez.

Il lui montrait l'estrade. Ébahie, elle vit la foule se jeter sur une personne qui lui ressemblait en tout point. Les hommes du Sénéchal, eux, se précipitèrent sur son bienfaiteur et le transpercèrent de leurs épées, puis ce fut au tour du loup... Elle ne comprenait plus. Puis, en observant avec plus d'attention, elle comprit. Les corps qu'ils prenaient comme étant le siens et celui de son sauveur n'étaient autre que les hommes qu'il avait assommé avant de les figer. Quant au loup, il s'agissait d'une simple illusion, rien de plus. Elle en resta stupéfaite.

Sans plus tarder, il attrapa la main de la Keltane malgré la brûlure désagréable et l'entraîna à travers les rues de la ville au pas de course avant qu'ils ne s'aperçoivent de la supercherie.

Quand ils se furent assez éloignés de la Grande Place, Kriar s'assura qu'il n'y avait plus de danger, permettant à son maître de renfermer ses pouvoirs et de ne plus sentir la brûlure sous ses doigts.

Ils arrivèrent enfin devant la taverne ou attendait son destrier.

- Je vous remercie de m'avoir sauvée, souffla-t-elle reconnaissante.
- Ce n'est rien...
- Où allons-nous ? questionna-t-elle tout en redoutant la réponse.
- Chez moi, je terminerai de vous soigner et vous pourrez y passer la nuit.

Bien que la phrase fût formulée comme une invitation, le ton qu'il avait employé ne laissait aucun doute sur l'obligation qui en résultait.

- Très bien, je vous suis.

Il détacha son cheval et grimpa dessus puis l'aida à monter derrière lui. Sans plus perdre de temps, ils se dirigèrent hors de la ville tandis que des cris de stupeur parvinrent du centre de la ville.

- Ils semblent avoir découverts ton stratagème, ricana Kriar.
- En effet...

L'Elfe Noir observa le loup qui gambadait à leurs côtés. Lui comme son maître ne l'effrayait pas. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle était persuadée de pouvoir leurs faire confiance, et cela même si le regard de l'homme lui avait montré à plusieurs reprises qu'il ne l'appréciait pas vraiment, sûrement dû à ses origines... Le loup quant à lui l'intriguait, elle pouvait ressentir de la magie en lui et se doutait que ce n'était pas un animal ordinaire, loin de là...

# Posté le mardi 17 janvier 2006 08:41

Modifié le dimanche 09 août 2009 18:05

Chapitre Trois, première partie.

Chapitre Trois, première partie.
CHAPITRE 3 – La Keltane...





Arrivés à la lisière de la forêt, loin du danger que représentait la ville, la tranquillité avec laquelle il avait accueilli la Keltane s'effaça soudain. Le doute s'insinua en lui jusqu'à engendrer de nombreuses questions toutes plus inquiétantes les unes que les autres. La plus impérieuse de toutes étant : Que pouvait bien faire une Keltane, seule et en armure, en plein territoire ennemi ? Elle ne pouvait pas s'être perdue, les frontières temporaires entre les Royaumes d'Azurain et de Keltania étant à plus de quarante lieues d'ici...

Déjà, Kriar qui ressentait les doutes de son maître, s'était positionné en retrait pour garder un ½il sur elle et être prêt à réagir à la moindre menace.

La Keltane, elle, restait silencieuse, faisant semblant d'observer les différentes essences d'arbres et de plantes que contenait la forêt. Elle n'osait plus faire le moindre geste, par précaution. Elle avait senti le comportement et les sentiments de l'homme changer, et si jamais elle lui apparaissait comme étant une menace, elle ne pourrait rien faire. Du moins, pour le moment...

Ne supportant plus d'avoir la Keltane dans son dos, de sentir ses mains autour de sa taille sans qu'il ne puisse savoir ce dont elle était capable, il mit pied à terre. Il en profita pour se détendre un peu.

Sa haine envers les Keltans, bien que moins vive qu'auparavant restait tenace, si bien qu'il ne pouvait s'empêcher de se méfier d'elle plus que de raison. La magie qu'elle possédait, bien qu'ayant été endormie par le Sénéchal, lui était inconnue, mais pour ce qu'il en savait, extrêmement puissante.

Après réflexion, il se demanda si elle ne coopérait avec lui seulement pour cette raison. Sans pouvoirs, elle faisait une cible facile face à des dizaines d'adversaires... Que se passerait-il une fois qu'elle les recouvrerait ?

Pourquoi ne l'avait-il tout simplement pas ramené au campement de la Légion ?

Toutes ces questions à l'esprit, il s'engagea sur l'étroit et discret sentier conduisant chez lui avant de s'arrêter.

Il lui fit face. Elle l'observa silencieuse. Malgré quelques signes de nervosité dans sa façon de se tenir, elle ne montrait rien. Son visage ne reflétait rien, comme s'il s'était agit de celui d'une statue figé dans le temps.

- Kriar, je vais lui poser quelques questions. Assures-toi qu'elle me dise bien la vérité. Je veux savoir ce qu'elle fait là. Et sois discret !
- Je suis toujours discret ! répliqua le loup contrarié. Pour qui me prends-tu ? Pour toi ?

Il ne prêta pas attention à la remarque et plongea son regard dans les yeux verts perçants de la Keltane. Il commença à la questionner, forçant sa voix à être aussi amicale et avenante que possible :

- Puis-je savoir ce que vous faîtes ici ? En armure qui plus est, et cela en plein territoire Azurain ? Comme nous sommes trop loin de vos frontières pour que vous vous soyez perdue, il doit forcément s'agir d'autre chose !

Contrairement à ce qu'il avait voulu, sa voix avait été sèche, autoritaire et brutale. Il n'avait pu s'en empêcher, c'était venu presque naturellement. Il avait déjà fini de parler avant qu'il ne s'en aperçoive, ne lui laissant aucune chance de se corriger. Troublé de tant de hargne, il hésita à s'excuser. La Keltane ne semblait pourtant nullement choquée par cette attitude, elle semblait même s'y être attendue.

- Je ne peux vous révéler les conditions exactes qui m'amènent en votre Royaume. Sachez cependant que je viens ici à la demande de votre Sorcier Royal qui souhaite me voir le plus rapidement possible.

Autant sa voix à lui avait été autoritaire et brutale, autant la sienne avait été calme et douce, parfaitement contrôlée. Tout avait été fait pour l'apaiser et le mettre en confiance...

- Elle te dit la vérité à propos de Hyamon, il lui a bien demandé dans une missive de venir le rejoindre à Sautour le plus vite possible. Eriandre lui-même semble l'avoir approuvé. Ça m'a l'air d'être de première importance !

Il en fut surpris. Ce n'était pas dans les habitudes de Hyamon de s'occuper des affaires politiques, alors pourquoi l'avait-il convoquée ? Certainement pas pour de nouveaux pourparlers.

- S'il s'agit d'une affaire officielle, pourquoi être venue seule et sans escorte ? C'était suicidaire !

Le regard de l'Elfe Noir sembla se voiler un bref instant tandis que ses mains se resserraient plus fermement sur les rennes du destrier.

- J'étais accompagnée par trois de mes... S½urs... Nous étions censées avoir une escorte envoyée par votre Roi à notre arrivée à la frontière, mais elle n'est jamais venue, alors nous n'avons pas eu le choix... murmura-t-elle dans un souffle, comme plongée dans ses souvenirs. Mais nous sommes tombées dans un piège et...

Il sursauta. Ainsi elle n'était pas venue seule.

- Il semblerait qu'elle soit très importante là d'où elle vient. Celles qui l'accompagnaient ont toutes été tuées. Mais il semble y avoir quelque chose qui ne va pas. Elle ne cesse de se demander comment ils y sont parvenus.
- Vous n'étiez donc pas seule ?

La Keltane l'observa comme s'il venait de l'insulter. Un élan de colère sembla la submerger, mais l'effet disparut si rapidement qu'il n'était pas bien sûr de l'avoir vu.

- Bien évidemment que non ! Pour qui me prenez-vous ? Qui serait assez sot pour entrer en territoire ennemi seul et sans escorte ? J'ai déjà eu la sottise d'y aller malgré l'escorte de votre Roi qui nous a fait défaut... Par ma faute, trois braves combattantes sont mortes.
» Je ne comprends pas comment ils s'y sont pris pour nous surprendre... C'est insensé !

De toute évidence, la Keltane ressassait de nouveau ses souvenirs et ne s'adressait plus à lui.

- D'après ce que je comprends, elles sont tombées dans une embuscade en traversant la forêt plus au Nord. Ses amies sont tombées criblées de flèche avant même que les hommes du Sénéchal n'apparaissent, puis ils l'ont assommée.
- Pourquoi est-elle si étonnée par le fait qu'ils aient réussi à les surprendre ?

Le loup sembla réfléchir tout en se concentrant sur les pensées de la Keltane qui défilaient dans son esprit.

- Tout ce que je peux dire, c'est qu'elles ont entraîné leurs esprits à percevoir les êtres vivants qui les entourent quelque soit leur taille, à les différencier et les reconnaître. Même là, privée de tous ses pouvoirs, elle arrive à ressentir notre présence. Le problème vient du fait qu'elle et ses "S½urs" n'ont pas pu ressentir la présence du Sénéchal et de ses hommes, ce qui devrait être impossible, surtout pour eux qui sont dépourvus de pouvoirs. Le seul bref instant où elle a pu ressentir leur présence, c'est lorsque tu les as tués...

Pensif, il chercha lui aussi à comprendre comment tout cela avait pu avoir lieu.

- Que vous arrive-t-il ?

La question le sortit de ses pensées.

- Je pensais seulement à cette journée, il est vrai qu'elle n'est pas banale...

L'Elfe Noir ne répondit rien et continua à le détailler.

- Es-tu absolument sûr qu'elle nous a dit la vérité ? demanda-t-il à Kriar toujours perplexe.
- Je ne peux pas te l'assurer entièrement, mais je suis presque sûr qu'elle était sincère.
- Tu penses qu'elle est capable de masquer ses véritables pensées ?
- Non, je ne le crois pas.
- Bien, dans ce cas, cesse de lire son esprit. Continue néanmoins de la surveiller, on n'est jamais trop prudent...

Silencieux, il reprit les rennes de sont destrier et avança de nouveau. Ces sentiments étaient partagés. D'un côté, il repensait à la sensation impérieuse qui l'avait poussé à lui venir en aide et d'un autre, il n'arrivait pas à oublier ses propres sentiments qui le mettaient en garde contre elle. Malgré tout ce qu'il venait d'apprendre, il ne lui faisait toujours pas confiance. Il continuait de sentir son regard sur sa nuque et cela l'irritait au plus haut point, même s'il se doutait qu'elle devait elle aussi se poser des questions à son sujet.

Il s'arrêta de nouveau et lui fit face.

- Si je vous ais posé toutes ses questions, c'était pour m'assurer de vos intentions, et rien d'autre...

La Keltane ne répondit pas. Il en était persuadé à présent, elle se méfiait de lui.

- Ne vous inquiétez pas, je ne vous veux aucun mal, tenta-t-il de la rassurer. Ce soir vous passerez la nuit chez moi et demain nous verrons ce que l'on fait.
Sans aucune raison, peut-être à cause du regard de l'Elfe Noir fixé sur lui, la vision fugace du massacre qu'il avait perpétré lui revint en mémoire. Il baissa vivement les yeux, essayant de chasser de ses pensées ces images sinistres. Lorsqu'il reporta son attention sur elle, elle semblait intriguée, voir même peinée pour lui.

Gêné par son insistance, comme si elle cherchait à comprendre ce qui lui arrivait, il reprit la marche afin de pouvoir lui tourner le dos. Aucun bruit ne venait perturber la marche, hormis ceux étouffés des sabots sur la terre meuble. Il supportait mal cette atmosphère pesante. Il n'avait jamais été à l'aise avec les inconnus, alors si l'inconnu en question était une Keltane...

Et ces images qui tournaient sans cesse dans une partie de son esprit et qu'il n'arrivait pas à faire disparaître...

- Que vous arrive-t-il ?

La question à peine murmurée dans le silence ambiant résonna à ses oreilles comme si elle venait de la lui crier. Décontenancé, il ne sut quoi répondre. Il s'entendit néanmoins répondre d'une voix atone, presque contre son gré :

- J'ai toujours haï les Keltans... Enfant, mon village a été dévasté. Tous sont morts sous vos lames... Ma mère, mon père, mon frère...
» Depuis ce jour, je m'étais promis de les venger. Pour cela, je me suis engagé dans la Légion dés que j'eus atteint mes seize ans, juste après avoir terminé ma formation de Sorcier. Pour venger ma famille, j'ai tué nombre des vôtres... et j'y prenais du plaisir...
» Cependant, un jour, j'ai à mon tour commis un massacre identique à celui auquel j'ai survécu... Depuis ce jour j'ai réalisé que ce n'était pas réellement votre peuple qui était mauvais, mais la guerre en elle-même. Et pourtant, je vous exècre toujours...

# Posté le mardi 28 février 2006 17:03

Modifié le mardi 06 octobre 2009 14:46

Chapitre Trois, deuxième partie.

Chapitre Trois, deuxième partie.
Il s'arrêta et se retourna, pour vérifier comment elle avait pris ce qu'il venait de lui avouer.

Étonné, il constata qu'elle semblait avoir de la peine pour lui, et même de la compréhension. Alors qu'il se demandait si elle avait bien compris tout ce qu'il venait de lui avouer, elle dissipa son doute :

- Vous savez, très peu de personnes dans mon propre pays m'auraient apportés leur aide... Même si vous me haïssez comme vous dîtes, je vous suis très reconnaissante de m'avoir sauvé. Grâce à vous, je suis en vie, et c'est le principal.

Perplexe, il ne répondit rien, trop préoccupé par ses paroles. Il la regardait incrédule, réalisant pour la première fois qu'elle devait être très jeune – même si pour une Elfe Noire ce critère se révélait bien futile. Il ne lui donnait pas plus de dix-huit ou dix-neuf ans. Si jeune et déjà si mature... Il se sentait soudain ridicule.

- Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle curieuse.

Il mit un peut de temps avant de répondre, mais elle ne sembla pas s'en offusquer.

- Enguerrand... Enguerrand Onbard, et voici mon loup, Kriar.

Elle afficha un splendide sourire.

- Enchantée Enguerrand Onbard. Je m'appelle Cyliana Djahliss. Pouvez-vous m'aider à descendre je vous prie ? Je voudrais marcher un peu.

Enguerrand apporta son aide à la jeune femme qui l'en remercia. Il recula de quelques pas, désorienté. Pour la première fois, il ne savait plus quoi penser. Étrangement, il ne la haïssait pas vraiment. Du moins, il semblait la tolérer. D'apparence, elle ne semblait pas non plus trop se méfier de lui. Ils gardaient chacun leur distance, mais sans plus.

Pour la première fois depuis leur rencontre, il prit le temps de la détailler. Elle avait de longs et magnifiques cheveux noirs qui cascadaient sur ses épaules, lui descendant jusqu'aux omoplates, cachant des oreilles légèrement pointues. Une mèche rebelle tombait sur son front, masquant en partie la Marque maudite qui s'y trouvait en son centre. Cette Marque était le symbole de toutes les malédictions jetées sur leur peuple par les Sorciers Originels, il y avait de cela plusieurs millénaires. Et bien que ce symbole fût assez petit, il ne passait jamais inaperçu. En descendant un peu, il croisa le regard calme et profond de la jeune Keltane. Il reflétait toute l'intelligence et la détermination qui brûlait en elle. Son visage aux traits fins et délicats typiques des Elfes, laissaient voir des lèvres fines étirées en un sourire amusé.

Cyliana se racla discrètement la gorge tandis qu'elle se tenait droite et fière, les bras le long du corps, sûre d'elle. Enguerrand ne pouvait s'empêcher de l'admirer.

- Vous savez, ironisa-t-elle, au lieu de me déshabiller du regard, il aurait peut-être mieux fallu que vous en profitiez tout à l'heure lorsque vous en aviez l'occasion.

Gêné, il se sentit rougir bien malgré lui, car il ne pouvait dire le contraire, il la trouvait ravissante, pour ne pas dire sublime...

Il allait s'excuser lorsqu'il se rendit compte qu'elle le détaillait tout autant. Mal-à-l'aise, il se détourna et se remit à marcher, la Keltane venant aussitôt se placer à ses côtés.

Lorsqu'ils arrivèrent à une intersection, il guida son destrier sur le sentier de gauche qui s'enfonçait plus profondément dans la forêt. Il remarqua alors que l'Elfe Noire prenait des points de repère.

Kriar, quant à lui avait cessé de la surveiller. Il gambadait tranquillement devant eux, ouvrant ainsi la marche, comme à son habitude. Bien qu'il trouvait Cyliana de plus en plus sympathique, Enguerrand ne put s'empêcher de se demander s'il était bien prudent de ne plus la surveiller. Cela restait tout de même une Keltane...

Tandis qu'ils arrivaient sur le dernier quart du trajet, elle s'arrêta brusquement. Un cri de surprise mêlée à la douleur s'échappa de ses lèvres. Son visage était devenu livide, son souffle court et rauque. Prostrée, les mains plaquée sur sa poitrine, elle ne bougeait plus. Sous la douleur, quelques larmes s'écoulèrent. Inquiet, Enguerrand posa une main sur son épaule.

- Que vous arrive-t-il ?

Elle ferma les yeux quelques instants puis repris son souffle.

- Ce n'est rien, articula-t-elle avec difficulté, juste le contrecoup de la journée...

Enguerrand n'en crut pas un mot. Mais constatant qu'elle semblait aller mieux, il n'insista pas.

- Vous désirez remonter à cheval ?
- Non merci, un peu de marche me fera le plus grand bien.

Enguerrand la soutint quelques temps pendant qu'ils reprenaient leur marche. Quant elle n'eut plus besoin de son aide, il la relâcha. Il continua cependant à la surveiller, notant que sa main n'avait toujours pas quittée sa poitrine.

- Kriar, tu as une idée de ce qui a pu lui arriver ?
- Peut-être que ces pouvoirs lui sont revenus...

À cette évocation, Enguerrand se mit aussitôt sur ses gardes.

- Ce serait peut-être un peu violent tu ne pense pas ?
- Je ne sais pas. Je ne m'y connais pas en matière de magie Keltane. Et puis tout dépend aussi du genre de décoction qu'ils lui ont fait boire.

Il l'observa avec suspicion. Si Kriar avait raison et qu'elle avait bien retrouvée ses pouvoirs, il craignait qu'elle se révèle d'un seul coup moins sympathique maintenant qu'elle n'était plus en état de faiblesse.

- Dis, tu vas arrêter de voir un ennemi dans chaque Keltan ? s'exclama Kriar agacé. Je te rappelle que c'est Hyamon qui a demandé à ce qu'elle vienne en Azurain. Tu ne lui fais plus confiance à lui aussi ?
- Si Hyamon lui a vraiment demandé de venir...

Kriar grogna en direction d'Enguerrand, histoire de bien lui faire comprendre qu'il détestait que l'on remette sa parole en doute. Cyliana les regardaient silencieuse. Elle ne comprenait pas tout, mais elle voyait bien qu'il se passait quelque chose.

- Très bien, je vais essayer de ne pas trop la surveiller ! Mais j'espère pour nous deux que tu ne t'es pas trompé à son propos...

Kriar grogna à nouveau, sûr de lui. Comme pour le prouver – tout en narguant Enguerrand, il alla se placer au côté de l'Elfe Noir et ne la quitta plus du reste du trajet.

Lorsqu'ils débouchèrent un peu plus tard dans une petite clairière, la nuit commençait à tomber. Cyliana aperçut alors de l'autre côté une petite maison en bois adossée aux arbres. À sa droite, semblait se dresser l'écurie. Elle entendit un ruisseau couler tout près derrière la maison. L'endroit était paisible et elle le trouva très agréable.
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# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:30

Modifié le mardi 06 octobre 2009 14:53

Chapitre Trois, troisième partie.

Chapitre Trois, troisième partie.
(Kriar)



Enguerrand l'invita à entrer d'un signe de la main tandis qu'il allait desseller son destrier et lui donner de quoi se nourrir.

Elle entra dans la maison, accompagnée de Kriar. Sa poitrine la lançait toujours avec une force peu commune, l'obligeant à se concentrer plus que de coutume pour masquer son malaise. D'ordinaire, elle supportait avec plus ou moins de facilité cette douleur qui commençait à lui être familière, comme une seconde nature. Seulement, elle était revenue quand elle s'y attendait le moins, et avec une violence qu'elle n'avait jamais ressenti.

Pour tenter de l'oublier, elle détailla avec intérêt l'intérieur de la maisonnée. Une robuste table en chêne massif ornait le centre de la pièce. Elle passa sa main dessus et constata que le bois avait été lissé. Les rares meubles présent dans la pièce comme le garde-manger et le plan de travail était fait du même bois. Elle remarqua une porte à sa droite qui devait mener à la chambre.
Ce qui attira le plus son attention dans un premier temps fut ce qu'il y avait à l'exact opposé de cette porte. Une cheminée plutôt rustique dont le manteau, contrairement au reste de la maison était en pierre qui autrefois avait dû être grise. L'âtre, noircie par l'utilisation, laissait présager un feu de bonne taille. Elle eut aussitôt envie d'une bonne flambée. Une semaine qu'elle dormait dehors, s'interdisant de faire du feu pour ne pas être repérée. Rien ne lui aurait fait plus plaisir que de s'asseoir et se détendre tout en contemplant les flammes. Mais la flambée disparut bien vite de son esprit quand son regard se posa sur le garde-manger. Elle sentit son ventre gargouiller d'envie. Un plat de charcuterie et divers fromages y étaient posés. Elle se souvint alors qu'elle n'avait rien mangé depuis trois jours. La vue de tant de nourriture lui affola dangereusement l'estomac.

Lorsqu'il entra à son tour, Enguerrand déposa les sacs qu'il avait ramené avec lui. L'un contenait l'armure et les sabres de la Keltane, le second les provisions qu'il avait eu la bonne idée de faire avant de se rendre à la taverne. Il se débarrassa ensuite de sa cape ainsi que de ses armes qu'il déposa sur une chaise près de l'entrée. Il en profita également pour retirer son surcot et sa cotte d'arme pour être plus à l'aise.

Cyliana ne s'en étonna pas. Elle se doutait qu'il n'avait pas brusquement changé d'avis à son sujet, loin de là. Il était loin de lui faire confiance et continuait de se méfier d'elle. Seulement, étant Sorcier, il n'avait besoin d'aucunes de ses armes pour se défendre... Au contraire, elles auraient pu le ralentir.

Quand il remarqua que Cyliana l'observait, Kriar en profita pour lui apprendre ce qui avait attiré l'attention de la Keltane une fois entrée. Enguerrand ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, ce qui n'échappa aucunement à l'Elfe Noir.

- Que se passe-t-il demanda-t-elle d'un air intriguée.
- Rien, finit-il par dire après une brève hésitation, je pensais seulement à me faire un bon petit feu et à préparer le repas. Pendant ce temps, asseyez-vous et reposez-vous.

Elle ne dit rien, pourtant elle avait remarqué le regard complice qu'il avait lancé à Kriar. Sa curiosité piquée à vif, elle observa le loup, confortablement allongé près de l'entrée.

Depuis le début, elle s'était doutée qu'il se passait quelque chose entre eux. C'était devenu évident depuis l'incident de la forêt, le loup semblant réagir. Mais réagir à quoi ? Le lien existant entre un Sorcier et son familier était le secret le mieux gardé de la sorcellerie. En deux millénaires, il avait été impossible pour qui que ce soit de percer ce mystère. De ses études, elle se souvenait que son professeur d'alors lui avait appris que chaque Sorcier Humain – et Humain seulement – possédaient tous un animal fétiche. Les deux étaient liés par un lien spécial. Cet élément faisait toute leur force, mais aussi leur faiblesse. Si l'un des deux venait à mourir, l'autre ne tarderait pas à le rejoindre dans la tombe... Mais Cyliana avait au moins appris une chose. Ils se comprenaient, communiquant certainement par la pensée, de ça elle en était quasiment sûre !

Cette révélation l'inquiéta néanmoins... Le loup pouvait-il lire dans toutes les pensées ?

Enguerrand récupéra une poignée de brindilles entassées à l'écart de la cheminée et les déposa sur l'âtre avant de les enflammer à l'aide d'un sort mineur. Une fois que le feu eut bien pris, il ajouta plusieurs bûches bien sèches qui commencèrent à leur tour à s'embraser et à crépiter. Satisfait du résultat, il prit une chaise qu'il plaça devant la cheminée et fit asseoir Cyliana. Celle-ci ferma alors les yeux et apprécia la chaleur qui lui parvenait. Enguerrand aurait juré voir plusieurs mèches de ses cheveux se mettre à voleter autour d'elle sans aucune raison...

S'arrachant de la vision de la Keltane, il s'attela à préparer le repas. Il attrapa un faitout et alla le remplir de moitié dans le ruisseau qui s'écoulait tout près avant de le déposer au dessus du feu.

Pendant que l'eau chauffait, il récupéra le sac de provisions au dessus duquel Kriar salivait d'avance grâce au fumet des divers aliments à l'intérieur et en retira des légumes qu'il éplucha avant de les couper en dés. Il prit ensuite du lard et des saucisses qu'il coupa également. Quant il eut terminé, il versa le tout dans l'eau maintenant bouillante et rajouta quelques épices avant de mélanger et de la goûter. Satisfait, il disposa bols et cuillers sur la table avant de déposer le pain, le plat de charcuterie et les divers fromages au centre de la table.

La soupe chaude, il attrapa un torchon et apporta le faitout sur la table. Il servit deux bols de soupe fumante.

- Vous pouvez venir manger. La soupe est prête.

Cyliana perdue dans ses pensées revint à elle. Le ventre criant de famine en réalisant l'odeur délicieuse qui planait dans la pièce, elle se plaça aussitôt à table, une lueur de gourmandise dans les yeux.

Sur l'invitation d'Enguerrand, elle se saisit de sa cuiller et mélangea sa soupe, attendant avec difficulté que celle-ci refroidisse. Puis, jugeant avoir assez attendue, elle commença à manger avec un plaisir non dissimulé.

Enguerrand avait à peine entamé sa soupe, que le bol de la Keltane était déjà vide.

- Je vous ressers ?
- Volontiers ! s'enthousiasma l'Elfe Noir. Je meure de faim !

Une fois resservie, Cyliana s'empressa de vider une nouvelle fois son bol avec voracité. Elle avait déjà terminé qu'Enguerrand arrivait à la moitié de son bol...

Après un troisième bol rempli à ras-bord qu'elle termina à une vitesse éclair, elle le reposa avec fracas sur la table et souffla de bien-être.

- Ta soupe est excellente ! s'exclama-t-elle ravie.

Amusé par le soudain tutoiement, il lui tendit l'assiette de charcuterie tout en constatant que le faitout était à présent vide.

- C'est bien la première fois qu'il n'y a pas de reste ! se plaignit Kriar mécontent en se rapprochant de la table. Et moi alors ?

Enguerrand soupira, toujours autant impressionné devant l'appétit féroce de son loup, sauf que ce soir, il avait un concurrent sérieux. Pendant que la Keltane réfléchissait à ce qu'elle allait prendre (c'est-à-dire un peu de tout), il lui coupa une tranche de pain ainsi qu'à lui.

Une fois servie, Kriar se précipita à ses côtés et posa sa tête sur ses cuisses pour attirer son attention. Avec un art consommé, il adopta une technique millénaire hérité de ses lointains ancêtres... Celle du regard suppliant de petit louveteau triste et maltraité. Enguerrand ne cessait de se faire avoir à ce petit jeu...

- Kriar, laisse-la tranquille !

Cyliana, tout sourire, lui caressa la tête avant de découper un morceau de saucisson qu'elle lui donna. Heureux, le loup s'empressa de quémander de nouveau.

- Voilà enfin quelqu'un de compréhensif dans cette maison ! Et toi qui te méfiais d'elle !

Kriar cessa de parler, la politesse voulant que l'on ne s'exprime pas la bouche pleine.

- Il faudrait vraiment la remercier pour moi, sans elle, je serais mort de faim !
- Dis, tu n'exagères pas un peu là ?

Attrapant son troisième morceau de saucisson, Cyliana soupira d'ennui lorsque le loup ré-adopta son air triste une fois avalé.

- Eh ! Si j'avais su, je me serai mieux servie !

Enguerrand manqua de s'étouffer. Elle avait déjà pris la moitié du plat de charcuterie. Il s'empressa de se servir avant qu'elle n'en vienne à tout dévorer avec la complicité de Kriar.

Pour terminer le repas, Enguerrand prit un peu de fromage par gourmandise bien qu'il n'ait plus très faim. Cyliana, elle, semblait toujours autant affamée. Déjà, la miche de pain n'était presque plus qu'un souvenir. Il se doutait que les divers fromages ne feraient pas long feu eux aussi, surtout si Kriar l'assistait. Pourtant, même le loup semblait être à deux doigts de caler. Mais par pure fierté, il continuerait de quémander pour ne pas se faire ridiculiser par la Keltane, Enguerrand en était persuadé...

- Dis-moi, depuis combien de temps n'as-tu pas mangé ?

Comme prise en faute, Cyliana se figea, un morceau de pain à quelques pouces de la bouche.

- Trois jours...

Kriar jappa d'horreur rien qu'à l'idée d'être privé de repas aussi longtemps, une demi-journée lui était déjà insupportable.

- Tant que ça ! s'écria Enguerrand. Eh bien, régale-toi autant que tu le souhaites. Il ne devrait pas être permis de manquer un repas si tu veux mon avis.

Cyliana lui fit son plus beau sourire. Troublé, il partit chercher une bouteille et des verres en pestant contre le Créateur qui avait fait les Elfes Noires aussi belles...

À son retour, il trouva la Keltane les coudes sur les cuisses à caresser Kriar. Il ouvrit la bouteille et remplit les verres de moitié d'un liquide claire comme l'eau en plus consistant et lui en tendit un.

Elle contempla son verre avec appréhension. Elle avait entendu dire que les Humains avaient de drôles de boissons, capables de vous faire perdre la raison. Elle reporta son attention sur son hôte qui buvait par petite gorgée.

- Qu'est-ce que c'est ?
- Une liqueur. Un alcool sucré. Ce n'est pas très fort, ajouta-t-il après avoir perçu son air inquiet. Ça te fera le plus grand bien après une journée aussi éprouvante.

Elle observa de nouveau sa boisson, peu convaincue.

- Ça ne va pas me rendre folle au moins ? demanda-t-elle anxieuse.

Enguerrand observa la jeune Keltane les yeux ronds. Quand il découvrit son regard réellement soucieux à cette perspective hautement improbable, il ne put s'empêcher de rire. Kriar le regarda perplexe à son tour, cela devait faire des années qu'il ne l'avait pas entendu rire de si bon c½ur... La Keltane était-elle une aussi redoutable Sorcière qu'elle était même capable de dérider son maître ?

Cyliana, elle, se sentit soudain très sotte, mais le rire de son hôte la rassura et elle aussi se mit à rire. Même si elle savait qu'il se méfiait toujours autant d'elle, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver sympathique pour un Humain. Elle se sentait bien à ses côtés. Une sensation qu'elle n'avait pas ressentie depuis bien longtemps avec un étranger...
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# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:35

Modifié le mardi 06 octobre 2009 14:55