Il savait que le fait de refaire ce cauchemar toutes les nuits, signifiait que quelque chose allait arriver. Le fait que cette nuit le cauchemar paraissait si réel, voulait certainement dire que cela se passerait bientôt, voir même dans la journée. Il comprenait avec le temps, que ces rêves à répétition étaient une sorte d'avertissement.
Avant l'attaque du village, pendant un mois, il avait rêvé à une multitude de morts. Des Keltans pour la plupart. Il avait cru à ce moment là, que c'était son désir de vengeance qui refaisait surface. Mais après le massacre, il avait compris que ce n'était en réalité qu'un avertissement. Aujourd'hui, il se demandait ce que cela pouvait bien signifier.
Une fois qu'il eut mangé, il décida d'aller se changer les idées. Il sortit, et prit le petit sentier qui partait derrière sa maison. Quelques rayons de soleil passaient à travers la cime des arbres, éclairant le sol par endroits, donnant un aspect presque irréel à la forêt. Une légère brise rafraîchissait agréablement l'air. Après quelques minutes de marche, il arriva dans une clairière où apparut un lac. Il s'en approcha et observa le paysage qui s'étendait devant lui. Il régnait ici, en plein c½ur de la forêt, un silence apaisant, où seul les chants d'oiseaux et le bruissement des feuilles soulevées par la brise troublaient le silence.
Après avoir longuement contemplé le lac, il se déshabilla, puis entra progressivement dans l'eau fraîche. Une fois qu'il eut de l'eau jusqu'aux épaules, il commença enfin à se détendre.
Il ferma les yeux, et lentement, tous ses mauvais rêves disparurent. Il réussit enfin à chasser toutes ces images d'horreur de son esprit.
À la place, l'image de ses parents lui revint en mémoire. Il revit sa mère, une magnifique Elfe. Elle l'avait toujours réconforté lorsqu'il avait peur. Quand à son père, c'était un Homme fier et brave, qui sacrifiait la plupart de son temps à aider les autres. Il était donc mi-Elfe, mi-Homme. Il avait ainsi hérité des caractéristiques des deux races. Grâce à sa mère, il était plus grand que la plupart des Humains. Ses réflexes, ainsi que ses cinq sens étaient également plus développés. De son père, il avait hérité une forte carrure et des traits plus marqués que ceux d'un Elfe. Il devait même se raser. Personne n'aurait pu deviner qu'il avait du sang Elfique. Pourtant, les filles le trouvaient tout de même séduisant.
Alors qu'il avait toujours les yeux fermés, il entendit des pas furtifs s'approcher du lac. Il sourit, et ne fit pas un geste. Quand les pas cessèrent, il regarda dans la direction d'où provenait le bruit. Un magnifique loup au pelage gris blanc, tranquillement assis, le regardait. Le loup revenait de chasse, son pelage étant constellé de tâches rouges.
- Kriar, tu ferais mieux de venir prendre un bain, tu es affreux comme ça. Je pensais que tu mangeais plus proprement.
Il referma les yeux et entendit la voix de Kriar résonner dans sa tête. Lui seul pouvait l'entendre et le comprendre.
- Je préfère rester là, elle me semble plutôt fraîche.
- Tu ne sais pas ce que tu loupes mon vieux. Elle est excellente ! Rien de mieux pour se revigorer et chasser tout mauvais souvenir.
- Tu as encore fait ce cauchemar, et cette fois-ci ça se concrétise. Tu ferais mieux de rester sur tes gardes.
Le loup s'allongea au bord du lac et commença à se nettoyer consciencieusement. Quand à lui, il se sentait de mieux en mieux. Il relâcha légèrement son emprise sur son pouvoir, et fit en sorte d'améliorer son ouie, lui permettant ainsi d'entendre les bruits discrets de la nature. Il s'apaisa. Il eut ainsi l'impression d'être aux côtés des oiseaux qui chantaient. Il avait enfin retrouvé tout son calme. Il ouvrit alors les yeux et renferma son pouvoir au plus profond de son être. Ensuite, afin de se détendre complètement, il fit deux fois la longueur du lac avant de rentrer chez lui.
Kriar, qui avait fini de se nettoyer, l'accompagna. Il gambadait joyeusement aux côtés de son maître. Cela faisait une semaine qu'il ne l'avait pas vu aussi calme et serein. On aurait presque pu croire qu'il n'y avait aucun problème.
Arrivés à la maison, il s'aperçut que son maître était parti seller son cheval. Il comprit alors qu'il se rendait en ville. Il avait revêtu son uniforme de la Légion pour ne pas être importuné par les villageois. Il voulait seulement avoir des nouvelles du Royaume. Pour cela, rien de mieux que d'aller à la taverne, où tous les villageois se retrouvaient pour discuter. Kriar l'accompagna.
