Chapitre Trois, quatrième partie.

Chapitre Trois, quatrième partie.
- Rassures-toi, fit-il amusé, tu peux boire sans problème. Tu ne deviendras en aucun cas folle. Je te le promets. Mais à condition, bien sûr, de ne pas en boire trop.
- C'est-à-dire ? questionna-t-elle à peine soulagée.
- Pas plus de trois bouteilles avalées cul-sec à la suite, je présume ?

Apaisée, Cyliana goûta à la boisson avec curiosité. Après la première gorgée, elle reposa son verre et attendit un peu. Une chaleur étrange et pas désagréable lui parcourut la gorge jusqu'à l'estomac. Elle décida qu'elle était loin de détester et qu'elle appréciait ce petit goût sucré qu'il restait dans la bouche, si bien qu'elle termina son verre.

Enguerrand resservit Cyliana. Puis, constatant qu'elle venait à nouveau de porter une main sur sa poitrine, il comprit que la douleur qu'elle ressentait était toujours belle et bien présente. Sans un mot, il alla chercher de l'eau qu'il mit une fois de plus à chauffer. Quand elle fut bien chaude, il la versa dans une tasse et fit infuser quelques plantes médicinales qu'il était allé chercher dans une boite précieusement gardée dans l'armoire de sa chambre. Ces plantes apaiseraient – du moins l'espérait-il – les douleurs de la Keltane.

Après l'avoir bien laissé infuser, il versa la tisane dans une tasse et ajouta une cuillerée de miel.

Cyliana avait observé silencieuse la manipulation. Quand il lui tendit la tasse, elle la prit, curieuse et étonnée qu'il ne s'en soit pas préparé une.

- C'est pour calmer tes douleurs. Si cela fait effet, je t'en referai une autre demain matin.

Elle souffla sur la tisane, pensive. Elle ne connaissait pas les plantes qu'il avait fait infuser. L'espace d'un instant, l'idée qu'il lui ait préparé une tisane empoisonnée lui traversa l'esprit. Cependant, ne ressentant rien de suspect chez lui, elle prit son courage à deux mains et but sa décoction. Enguerrand était assis en face d'elle et l'observait. Elle apprécia le goût sucré du miel qui dissimulait l'amertume de la plante. Ses dernières craintes disparurent lorsqu'elle sentit la douleur dans sa poitrine s'apaiser peu à peu, au fur et à mesure qu'elle buvait. Soulagée d'un poids, elle remercia chaleureusement Enguerrand pour sa tisane.

- Tu as souvent cette douleur dans la poitrine ?

Devant son air hésitant, il pensa qu'elle ne répondrait jamais.

- Depuis quelques temps, de plus en plus. Ça a commencé depuis que j'ai reçu ma... nouvelle fonction...

Il était évident qu'elle cherchait à tout prix à lui cacher certaines informations. Néanmoins, même s'il brûlait de savoir de quoi il s'agissait, il ne la questionna pas. Il l'avait déjà assez fait. Et puis, comme le disait son père adoptif. Chacun possède ses petits secrets, lui le premier.

Toutefois, une question ne cessait de le tarauder. Il attendit qu'elle ait finit de boire sa tisane pour la lui poser.

- Je sais que cela ne me regarde pas, mais pourquoi dois-tu voir Hyamon ? Pour qu'il vous fasse venir si rapidement et que vous preniez le risque de traverser notre territoire sans escorte, il doit s'agir de quelque chose d'extrêmement important. Sinon, il n'aurait pas agi de la sorte.

Cyliana avait d'abord sursauté en l'entendant appeler si familièrement le Sorcier Royal. Elle comprit que son hôte devait assez bien le connaître. C'était peut-être lui qui avait enseigné la magie au jeune chevalier ? À cette idée, elle frémit, il ne valait mieux pas dans ce cas être son ennemi ! Et bien qu'elle souhaita lui révéler la raison de sa venue – afin qu'il ait confiance en elle, elle s'en empêcha.

Enguerrand remarqua le changement qui s'opéra chez la jeune femme. Elle redevint brusquement sérieuse et adopta l'attitude guindée des hauts personnages. Elle avait revêtue la même attitude lorsqu'il l'avait vu arriver au sein du village, – digne et fière. Et bien que l'idée lui ait déjà traversé l'esprit, il en fut maintenant certain. Ce n'était pas n'importe qui...

- Je suis désolée, mais je ne peux en aucun cas révéler les raisons de ma venue à qui que ce soit, même à toi qui semble connaître Hyamon personnellement. Du moins... pas tout de suite.
- Peux-tu au moins me dire qui tu es ?

Cyliana fixa ses yeux dans les siens. Pendant une fraction de seconde, il crut discerner de la peur dans son regard. Mais elle retrouva un visage impassible si rapidement qu'il douta avoir réellement vu cette lueur de panique.

- Je ne le souhaite pas. Du moins... pas ce soir. Peut-être demain, quand je vous quitterai, je te le révèlerai...

Il était évident qu'elle redoutait de lui dire qui elle était. Parce qu'elle avait peur, mais de quoi ? De sa réaction ? Vu la façon dont il supportait les Keltans en général, il pouvait comprendre sa réaction.

- Il se trouve que je vais t'accompagner jusqu'à Sautour. J'ai moi-même quelques affaires à y régler. Et puis, vu ce qui t'est arrivé aujourd'hui, je préfère t'accompagner pour être sûr que tu arrives là-bas saine et sauve.

Elle n'en crut pas ses oreilles. Elle s'était attendue depuis le début à cette proposition, mais le fait qu'il ait précisé qu'il voulait qu'elle arrive saine et sauve l'avait pris de court. Était-ce seulement un moyen pour mieux justifier son voyage et pouvoir de ce fait la surveiller ? Il y avait certainement un peu de ça, mais elle avait pu ressentir que ces propos avaient été sincères...

Elle fut enchantée de cette proposition. Elle ne voulait pas voyager seule et risquer de tomber dans un nouveau piège. Elle se sentait en sécurité à ses côtés. Même s'il s'avérait qu'il se méfiait d'elle, elle approuvait l'idée de ne pas se séparer si tôt de lui.

- J'en serais ravie ! Pourrait-on partir demain ? Il faut que je sois le plus vite possible à Sautour.

Quant elle termina de parler, elle se rendit compte qu'elle avait peut-être eu un peu trop d'entrain dans la voix. Cela ne sembla pas lui déplaire.

- Tout à fait. Il faudra juste que je règle une ou deux affaires avant, puis nous partirons en début d'après-midi je pense.

Bien qu'il désirait toujours autant connaître les raisons qui poussaient Hyamon à vouloir la rencontrer – s'il désirait réellement la rencontrer – il ne chercha plus à le savoir. Il suffirait de le lui demander en personne.

Nostalgique, il repensa au vieux Sorcier. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vu. C'était lui qui l'avait recueilli après l'attaque de son village et la mort de ses parents. Hyamon avait été surpris de le trouver en vie, surtout après le puissant sortilège qui avait été lancé sur lui et sa famille. Il était à ce jour, l'unique survivant d'un carnage Keltan en presque vingt ans.

Hyamon était devenu à ses yeux un véritable père au fil des ans. Il lui avait même enseigné tout ce qu'il savait, ou presque. Le vieil homme avait toujours assuré qu'il allait devenir un grand Sorcier à son tour. Grâce à ses parents, il maîtrisait deux magies : La magie Humaine et aussi Elfique. C'était un fait extrêmement rare. D'ordinaire, un enfant né de Sorciers Humain et Elfique ne gardait la magie que de l'une des deux Races. Enguerrand était donc devenu l'apprenti de Hyamon et s'était révélé être un élève très doué, bien que trop pressé.

Enguerrand fut tiré de sa rêverie par Cyliana qui le secouait doucement.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle perplexe. Cela fait plusieurs fois que tu me sembles absent...
- Oui, je vais très bien. Je repensais seulement à mon enfance et à l'homme qui m'a élevé comme son propre fils.

Cyliana baissa les yeux. Elle semblait soudain plus triste que jamais, sa bonne humeur ayant totalement disparu. Enguerrand compris qu'il venait de toucher un point sensible.

- Moi, je n'ai pas perdu mes parents à cause de la guerre, mais c'est tout comme... Ils m'ont abandonné quand ils ont su que...

Elle ne termina pas sa phrase. Ses secrets refaisant brusquement surface. Enguerrand ne la força pas tandis que Kriar tentait de la réconforter en frottant son museau contre sa cuisse.

- Tu as le chic pour mettre l'ambiance toi...
- Je ne l'ai pas fait exprès, et puis je ne pouvais pas savoir.

Il remarqua alors qu'elle dodelinait de la tête. Il se douta qu'elle devait être épuisée, et les événements de l'après-midi n'avaient rien arrangé.

- Il est temps d'aller dormir si on veut être en forme pour demain. Suis-moi.

Il l'amena dans sa chambre et prépara son lit avant de le lui proposer.

Bien qu'elle tenta d'abord de refuser, il insista faisant fi de ses protestations, catégorique, si bien qu'elle finit par accepter.

Alors qu'elle s'allongeait, éreintée, il en profita pour soigner ses dernières contusions et elle s'assoupit comme une masse. Délicatement, il lui retira ses bottes, avant de la recouvrir d'une couverture et de la border avec soin.

Il la contempla un moment. Endormie, son visage était redevenu paisible.

S'arrachant à cette vision loin d'être désagréable, il récupéra deux autres couvertures dans son armoire et ressortit de la chambre à pas de loup.

Il déposa l'une de ses couvertures à même le sol et s'allongea dessus après s'être déchaussé et se recouvrit avec l'autre. Somnolent, il repensa à tout ce qui lui était arrivé depuis la mort de ses parents. À la haine qu'il avait ressentie pour les Keltans chaque fois qu'il les avait croisés. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier cette jeune Keltane. Elle lui semblait amicale. Et sa compagnie était loin de lui déplaire. Au contraire ! Il espérait que son instinct ne lui faisait pas défaut, et qu'il avait raison de lui faire confiance.

Rasséréné, il s'endormit profondément, l'image souriante de sa jeune invitée gravée à son esprit...

# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:40

Modifié le mardi 06 octobre 2009 14:57

Chapitre Quatre, première partie.

Chapitre Quatre, première partie.
CHAPITRE 4 – Rencontre dans la nuit...





Le sommeil l'avait happé depuis peu, le plongeant avec douceur dans le royaume paisible et sûr des rêves. Il revoyait avec amusement son enfance auprès du vieux Sorcier, toutes les farces qu'il lui avait faîtes, mais surtout ses nombreuses bêtises qui avaient exaspéré le pauvre homme. En comparaison, Sorcier Royal était une tâche plutôt sereine... Pourtant, malgré ces souvenirs nostalgiques, quelque chose le dérangeait. Il résistait, refusait de quitter ces souvenirs. Mais cela ne servit à rien, juste à retarder l'inévitable. Impuissant, il émergea de son sommeil sous les coups de museau incessants de Kriar. Il voulut rouspéter mais se ravisa, le loup semblait inquiet.

- Que se passe-t-il ?
- Je n'en suis pas sûr, la Keltane gémit dans son sommeil. Je ne parviens pas à me connecter à son esprit pour savoir ce qu'elle a... Quelque chose ne va pas !
- Ce n'est pas juste un cauchemar, tu es sûr ? proposa Enguerrand somnolant.
- J'en suis totalement sûr ! s'écria le loup exaspéré. Cela ne ressemble en rien à un cauchemar, et puis elle a même hurlé de douleur ! Il faut être sourd pour ne pas l'avoir entendu...

Enguerrand se redressa et tendit l'oreille. Des soupirs et des gémissements parvenaient bel et bien de la chambre. Comme si elle exerçait un effort physique intense. Alarmé, il se dirigea vers la porte, se demandant s'il n'allait pas commettre une effroyable erreur.

Au même moment, elle hurla. Elle souffrait bel et bien. Ses cris de douleurs se mêlaient à ceux de la colère. Il avait l'étrange impression qu'elle était en plein combat... Sans plus attendre, il entra dans la chambre. Le corps de la Keltane convulsait, son visage, crispé par la haine et la douleur ne le rassura pas. Elle semblait se débattre, comme pour échapper à l'emprise de quelqu'un. Il s'installa au bord du lit et la prit par les épaules. Une charge de magie pure le frappa et le propulsa par terre.

Sonné, il se releva le souffle rauque. Quelque chose refusait qu'il approche de l'Elfe Noire. Quelque chose de très puissant. Un autre que lui serait mort après un tel choc...

Enragé par ce mauvais tour, il releva les manches de sa chemise. Kriar observait méfiant le corps endormis.

- Quoi que ce soit, je vais me le faire ! Tu es avec moi Kriar ?
- Et comment !

Avant de se lancer tête baissée dans ce qui semblait bien être un piège, il chercha à comprendre. L'origine de la magie qui l'avait heurté lui était inconnue. C'était de la magie pure, puissante et meurtrière. D'ordinaire, un Sorcier ne pouvait manipuler une telle magie, il était obligé de la transformer et l'adapter pour pouvoir l'utiliser. Pour cette simple raison, chaque peuple avait une magie différente selon sa compréhension des éléments, ses compétences et sa culture. Mais là, rien de tel. Il avait pourtant étudié dans sa jeunesse toutes les magies du continent... Comme il ne la connaissait pas, il craignait de savoir d'où elle provenait, et cela n'augurait rien de bon...

Sans même chercher à savoir s'il était prêt à risquer sa vie pour une Keltane, il libéra ses pouvoirs qui s'écoulèrent en lui jusqu'à faire entièrement partie de son être. Enivré de puissance, un sourire étira ses lèvres.

- Prêt ?
- Toujours !
- Alors attention, ça va faire mal !

Enguerrand se rapprocha de Cyliana dont les convulsions et les cris empiraient. Il se prépara au choc et se pencha au-dessus de son visage. La mâchoire serrée, il apposa ses mains de chaque côté de son visage. Comme il s'y attendait, une nouvelle onde de magie le frappa de plein fouet et embrasa chaque partie de son être. S'y étant préparé, il tint bon et ne lâcha pas prise. Habitué à la douleur, il la rejeta et se concentra. Cyliana était presque à bout, il pouvait sentir sous ses doigts ses forces s'amenuiser, il ne devait plus perdre de temps !

Après une longue inspiration, il ferma les yeux et ouvrit son esprit en grand. Kriar y plongea et se lia à celui de son maître pour qu'ils n'en forment plus qu'un. Ainsi liés, ils purent ressentir avec précision qu'une présence étrangère avait pénétrée l'esprit de Cyliana qui luttait de toutes ses forces pour l'en faire sortir. L'aura meurtrière que dégageait l'étranger était effroyable.

Prenant une nouvelle inspiration, il fit signe à Kriar d'y aller. Ensemble, ils s'immergèrent dans l'esprit assiégé de la Keltane. Aspirés dans les méandres torturés et douloureux des souvenirs de l'Elfe Noire, ils ne tardèrent pas à trouver l'endroit où l'intrus avait entraîné sa victime. Si le reste des souvenirs de la Keltane étaient déjà pour la plupart sombres, là où elle avait été entrainée était bien pire. Il s'agissait de l'endroit que tout le monde redoute, celui des cauchemars et des souvenirs que l'on aimerait faire disparaître à tout jamais de sa mémoire.

Arrivés à destination, Kriar et Enguerrand scindèrent leurs esprits et tentèrent de reprendre leurs marques. Dans ce lieu où la logique n'avait pas de prise, l'endroit paraissait immense et oppressant. Ça et là, des souvenirs de la Keltane voletaient dans le vide, à peine visible comme des volutes de fumée. Enguerrand essayait de ne pas les regarder. Mais des suppliques, des cris de douleurs de tristesse, de lamentation, d'agonies, l'entouraient, semblaient l'appeler à eux pour qu'il regarde. La vision fugace d'un homme dévêtu se précipitant sur Cyliana lui apparut au coin de l'½il, celui d'un cadavre surgit brusquement devant lui. Plus il avançait, plus les souvenirs devenaient consistants et violents. Kriar le suivait en silence, le regard baissé.

Des cris surgirent soudain devant eux, juste derrière un nouveau souvenir représentant une pile de cadavres. Sans y prêter attention, il le traversa et découvrit enfin ce qu'il se passait. Un homme d'apparence rachitique et vêtu d'une toge rouge avait emprisonnée Cyliana dans une sphère où, avec patience, il sapait ses forces et aspirait son énergie.

Alors il se souvint...

Lors de ses études, Hyamon lui avait révélé l'existence de Sorciers capables de s'emparer de l'esprit d'autres personnes. Grâce à leurs pouvoirs, il était quasiment impossible de leur résister. Une fois qu'ils avaient réussi à briser les défenses de leurs victimes, ils pouvaient faire d'eux ce qu'ils voulaient, aussi bien pour les manipuler que pour les torturer, voir les tuer...

Pour affaiblir leurs victimes, ils préféraient les attaquer lors de leur sommeil, moment où l'esprit est le plus vulnérable. Une fois leur victime piégée, ils leur faisaient revivre leurs pires souvenirs et cauchemars. Enguerrand pouvait voir que la Keltane devait faire face à l'un de ses plus horribles souvenirs... mais cela ne semblait pas agir de la façon à laquelle s'attendait le Sorcier. Au contraire, Cyliana semblait s'enrager de plus en plus, son visage d'ordinaire impassible était rouge de colère et elle frappait de toutes ses forces les parois magiques qui la maintenait prisonnière, faisant fi des semonces magiques qui l'assaillaient à son contact.

Enguerrand profita du fait que le Sorcier lui tournait le dos, occupé à ramener du tréfonds des souvenirs de l'Elfe Noir des images encore plus sordides, pour se rapprocher.

Arrivé derrière lui, il se saisit de son bras pour l'obliger à se retourner. Le Sorcier fut surpris, mais pas autant qu'Enguerrand qui découvrit deux orbites vides le fixer. Une longue balafre barrait toute la partie supérieure du visage. La cicatrice, vieille de plusieurs années, avait été vraisemblablement refermée au fer rouge et était parcourue de symboles cabalistiques qui lui était inconnu. Le reste de son visage décharné laissait penser plus à un squelette qu'à un être vivant. Et, comme il s'y attendait, le vieil homme bien que les yeux crevés semblait parfaitement voir.

Un rictus ironique s'afficha sur son visage, le rendant – si c'était possible – encore plus affreux qu'il ne l'était déjà.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 27 mars 2006 09:06

Modifié le mardi 06 octobre 2009 15:00

Chapitre Quatre, deuxième partie.

Chapitre Quatre, deuxième partie.
- Il semblerait que l'effet de surprise me revienne finalement...

Un frisson incontrôlable traversa l'échine d'Enguerrand. La voix lente et grave du Sorcier, emplie d'assurance et de détermination semblait sortir de nulle part, comme désincarnée...

- Je vous conseille de partir d'ici au plus vite et de laisser mon amie tranquille !

Cyliana qui avait cessé de se battre contre la paroi magique à son apparition le regarda avec stupeur. Le Sorcier, lui, sembla perdre son sang froid.

- Sais-tu qui je suis ? Je suis Zorkar, je suis ici sur les ordres de mon Maître et rien ne peut se mettre en travers de son chemin. Alors je te le dis, retourne d'où tu viens, petit prétentieux. Je ne te le dirais pas deux fois, je dois tuer cette chienne ! Toi, tu ne m'intéresses pas !

Cyliana frappa contre la paroi qui la maintenait prisonnière folle de rage, si elle avait été libre, le fameux Zorkar n'aurait pas fait long feu, Enguerrand en était persuadé.

Quand il s'aperçut que son discours n'avait pas eu l'effet escompté, Zorkar tendit le bras vers Enguerrand qui ne bougea pas d'un pouce malgré les cris de Cyliana pour le mettre en garde. Le Sorcier s'amusa de la stupidité de son adversaire.

Il lança son sort. Enguerrand le reçut en pleine poitrine, expulsant l'air qu'il avait dans les poumons. Sous la force du choc, il fut obligé de reculer de plusieurs pas. La douleur était à la limite de ce qu'il pouvait supporter. Son corps entier était ravagé par le sort sensé le tuer. Pourtant, il conserva une apparence désinvolte, comme si le sort ne lui faisait véritablement aucun effet.

Le Sorcier et Cyliana le regardèrent, abasourdis. Zorkar hurla de rage, comment un être aussi misérable avait-il pu détourner son sort ?

Enguerrand cracha un peu de sang et sourit au Sorcier.

- Alors, surpris le débris ?

Zorkar retrouva son calme.

- Bien, tu as réussi à neutraliser mon sortilège, bravo ! Mais que comptes-tu faire maintenant ? Tu ne peux rien contre moi. Ici, dans cet esprit qui n'est pas le tien, tes pouvoirs sont amoindris ! Et même si tu parvenais à me tuer – ce dont je doute fort – sache que dans ce cas, ton amie mourrait avec moi, et donc toi aussi.

Enguerrand observa perplexe la sphère maintenant la Keltane prisonnière.

- Tu as compris n'est-ce pas ? ricana le Sorcier. Tant qu'elle reste prisonnière, quoi qu'il m'arrive, il lui arrivera la même chose. Tu ne peux rien contre moi !

Heureux de son effet, Zorkar rit à gorge déployé devant l'air songeur de son ridicule adversaire.

- Tu sembles oublier une chose...

Son sourire s'effaça.

- Quoi donc ?

Enguerrand s'approcha de la paroi invisible et l'effleura.

- En effet, mes pouvoirs sont réduits ici, mais tes pouvoirs bien qu'immenses selon toi, ne seront en rien comparable à ce qu'elle pourrait faire. Car comme tu l'as dit, il s'agit de son esprit...
- Mais elle est déjà ma prisonnière ! s'étouffa Zorkar soudain inquiet à l'idée que les faiblesses de sa magie ne soient découvertes.

En voyant l'inquiétude gagner le Sorcier, Enguerrand comprit qu'il avait raison.

- Mais il s'agit de son esprit, et tout ce qu'elle souhaite est capable de se produire ici. La logique n'a pas cours en ce lieu...

Cyliana pesta devant sa propre stupidité, augmentant d'autant plus sa colère.

Fermant les yeux, elle se concentra. Dans un halo lumineux, son armure rouge écarlate l'habilla comme par magie et ses sabres apparurent dans ses mains. Quand elle rouvrit les yeux, un sourire cruel étira ses lèvres en apercevant la terreur sur le visage de son geôlier. Ses désirs allaient devenir réalité. Elle était Reine en son Royaume, et rien ne pourrait l'en empêcher. Des flammes embrasèrent ses lames aiguisées, prêtes à la libérer. D'un coup de sabre, elle trancha la paroi qui se brisa en un millier d'étincelles.

- À mon tour de jouer avec toi...

Comprenant que tout était fini, Zorkar voulut s'enfuir. Paniqué, il tenta de briser le lien l'unissant à la Keltane... En vain, elle le retenait à son tour prisonnier.

- Tu désires déjà nous quitter ? Moi, je n'en ai pas envie...

Il recula, gardant une distance de sécurité entre elle et lui, son esprit réfléchissant à toute vitesse à une solution. Il ne pouvait pas la tuer, car sinon il mourrait lui aussi, piégé. Il fallait qu'il la blesse assez pour qu'elle n'ait plus la force de le retenir...

Il n'en eut pas le temps, Enguerrand lui projeta un sortilège en pleine tête. Le Sorcier recula, mais ne tomba pas. Le sort n'avait eu aucun effet sinon le faire changer de cible.

- Petit insolent ! Tu crois réellement pouvoir m'abattre ? Tu n'es qu'un débutant ! Si tu crois pouvoir m'avoir parce que tu as réussi un sort de protection tout à l'heure, tu te trompes. Je suis bien meilleur que toi, et je vais te le prouver.

Encore une fois il ne put rien faire, Kriar qui depuis le début s'était fait discret, se jeta sur lui la gueule ouverte. Déséquilibré, il tomba, hurlant de douleur lorsque la mâchoire se referma sur son bras. De sa main valide, il expulsa le loup avec un sort mineur et se releva avec une agilité étonnante pour un homme d'apparence si frêle.

Il s'apprêtait une nouvelle fois à attaquer Enguerrand quand une voix tout près de lui le ramena à la réalité.

- Il ne faudrait pas m'oublier !

Se retournant, il reçut un coup de poing en plein visage.

- Ça, c'était pour m'avoir réveillé !

Le nez brisé, Zorkar perdit un peu plus de sa superbe et recula précipitamment pour éviter un second coup.

Lassée de ces fuites répétitives, Cyliana fit apparaître un mur de brique translucide derrière lui. Toute fuite lui étant devenue impossible, Enguerrand à sa droite, le loup à sa gauche, et sa pire ennemie juste en face de lui, il tenta le tout pour le tout.

Réunissant ce qui lui restait de pouvoirs, il prépara son meilleur sort. Il devait avant tout accomplir sa mission, sa vie ne comptait pas. Son corps frêle trembla sous l'accumulation de magie. Enguerrand et Kriar se préparèrent au choc. Cyliana s'approcha nonchalamment au moment même où il lançait son maléfice. Une énorme boule de feu se précipita sur elle. Avec un calme à toute épreuve, elle trancha le projectile qui s'effaça au contact de ses lames.

Épuisé et impuissant, Zorkar se laissa tomber au sol.

- Ça, c'est pour m'avoir fait revivre mes pires cauchemars !

Cyliana projeta son pied dans le visage du Sorcier qui sentit sa mâchoire se briser.

- Et enfin, pour avoir tenté de nous tuer...

La lame siffla. Si rapide et précise que la tête ne quitta son corps qu'une fois qu'elle eut rengainée...

Aussitôt, le cadavre commença à disparaître pour ne rien rester de lui. Comme un mauvais rêve...

Enguerrand resta immobile quelques instants, encore étonné par la froideur avec laquelle elle avait exécuté le Sorcier. Elle n'avait même pas cherché à savoir ce qu'il voulait. Mais il se doutait qu'elle le savait déjà...

- Tu vas bien ? demanda-t-elle pour se rassurer.
- Oui, merci, et toi ?

L'armure et les sabres qu'elle portait disparurent.

- Je crois que j'ai besoin de repos...

Épuisée, elle tenta de se rattraper au mur de brique qu'elle avait fait apparaître peu auparavant, quand lui aussi disparut. Enguerrand la rattrapa de justesse avant qu'elle ne tombe.

- Il faut vite partir, s'alarma Kriar, elle est à bout de force et notre présence ne fait que l'épuiser un peu plus à chaque seconde qui passe !

- Cyliana, laisse-nous repartir, vite !

À demi-inconsciente, elle apposa sa main sur le front d'Enguerrand...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 27 mars 2006 09:15

Modifié le mardi 06 octobre 2009 15:02

Chapitre Quatre, troisième partie.

Chapitre Quatre, troisième partie.
Il se sentit comme happé hors de l'esprit de Cyliana et se retrouva propulsé dans son propre corps. Il tenait toujours entre ses mains le visage de l'Elfe Noir dont les yeux s'ouvrirent. En l'apercevant au dessus d'elle dans la pénombre, elle sursauta et l'attrapa à la gorge.

Un froid mortel et terrifiant sembla s'insinuer en lui sans qu'il ne puisse le repousser. Ses forces l'abandonnaient déjà et il se sentait perdre lentement conscience. Un pouvoir extraordinaire qu'il ne reconnaissait pas s'emparait de lui, brisant ses défenses comme si elles n'avaient jamais existées.

Le regard de Cyliana était devenu aussi froid que le pouvoir qui prenait lentement possession de lui.

Kriar apparu dans son esprit, féroce et meurtrier, prêt à repousser et tuer l'intrus qui fut stoppé net. L'étrange pouvoir ne tarda pas à s'adapter et contre-attaqua. Il encercla le loup pour tenter de le neutraliser. Enguerrand compris aussitôt que Kriar allait tuer Cyliana. Il le ressentait. Quel qu'est pu être ce pouvoir, il était ici impuissant face au loup...

- Kriar NON ! C'est Cyliana !
- Tu es sûr que ce n'est pas un coup des amis du Sorcier ?
- Oui, j'en suis sûr !

Kriar s'arrêta. Suspicieux, il observa la magie meurtrière qui pénétrait lentement mais sûrement l'esprit de son maître. Intrigué, il reconnu la trace de la Keltane. Changeant de tactique, il se concentra et forma un bouclier autour de l'étrange magie et la repoussa avec lenteur, prenant garde à ne causer aucun dégât dans l'esprit d'Enguerrand, ce qui n'était pas aisé...

- Cyliana ce n'est que moi !

Cyliana perçu une voix qu'elle connaissait. Une voix qui, lui semblait-il, était amicale... Puis soudain, tout lui revint en mémoire.

Elle relâcha Enguerrand et le regarda éberluée. Il sentit qu'il revenait à lui et en profita pour retirer ses mains qui étaient toujours sur le visage de la Keltane et se redressa bien heureux d'être toujours en vie. Tout c'était passé en quelques secondes, mais cela lui avait semblé des heures et il se remettait à peine de ses émotions.

Cyliana plaqua une main devant sa bouche, ébranlée par ce qu'elle avait faillit faire.

- Excuses-moi, je ne sais pas ce qui m'a prise. J'ai pensé que j'étais encore attaquée et j'ai réagit aussitôt sans réfléchir...
- Ce n'est rien, nous sommes tous sains et saufs, et c'est bien le principal.
- Tu as raison... C'est le principal...

Épuisée, Cyliana s'endormit d'un sommeil sans rêve.

Enguerrand ne bougea pourtant pas. Perplexe, il repensait à ce pouvoir irrésistible qui avait manqué de peu de le tuer. Quelles autres surprises du même genre allait-il avoir droit à ses côtés... Il pressentait que sa compagnie allait se révéler mouvementée...

- Alors, on se rince l'½il ? railla Kriar.
- Bien sûr que non ! s'exclama Enguerrand sachant pertinemment que le loup savait très bien à quoi il pensait.
- Elle cache bien son jeu, tu ne trouves pas ? repris le loup songeur. Elle a de sacrés pouvoirs. Si je n'étais pas ce que je suis, à l'heure qu'il est, tu serais mort...
- Oui, je m'en suis aperçu, merci... Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle ne l'a pas utilisé contre le Sorcier.

Kriar réfléchit quelques secondes tout en observant fixement Cyliana.

- Pour que son pouvoir fonctionne, il faut qu'elle touche sa cible. C'est pour ça qu'elle t'a pris à la gorge... Le Sorcier l'avait prise par surprise. Et de toute façon, il semble qu'il était immunisé contre elle.

Enguerrand souffla, épuisé lui aussi, la journée avait été longue.

- Espérons qu'il n'y a pas d'autres Sorciers dans les parages cette nuit... Je commence véritablement à me demander qui elle est et pourquoi tout le monde s'en prend à elle. J'ai la désagréable impression que nous sommes les seuls à ignorer son identité...

Kriar hésita.

- Je peux créer un lien avec elle afin de la protéger si tu le souhaites ? Cela nous permettra de régler une bonne fois pour tout le problème des Sorciers.
- Bonne idée, approuva Enguerrand. Mais évite un maximum de lire son esprit. À moins bien sûr que tu ne découvres qu'elle nous mène en bateau...

Enguerrand posa une main sur le front de la Keltane et ferma les yeux. Il put ressentir l'énergie de Kriar parcourir son corps et se concentrer dans sa main avant de passer chez Cyliana. Quant il ne ressentit plus rien, il sut que le lien était définitivement créé.

En ayant enfin terminé, il se releva et couvrit avec soin l'Elfe Noire pour qu'elle n'attrape pas froid.

- Pour quelqu'un qui n'apprécie pas les Keltans, je te trouve particulièrement attentionné avec elle...
- Tu m'as demandé de lui faire confiance, alors en tant qu'hôte je ne veux pas qu'elle attrape froid ! se défendit Enguerrand sans grand succès, Kriar l'observant semble-t-il fort amusé par la situation...
- Pas le moins du monde ! Mais tu permets, je vais dormir ici, histoire de protéger sa vertu... railla le loup tout en s'allongeant au pied du lit.

Enguerrand souffla impuissant, quand il avait une idée en tête, impossible de lui faire changer d'avis. Préférant ne pas donner une chance au loup de trouver une nouvelle pique, il sortit sans bruit tout en laissant la porte entrouverte, au cas où...

De retour dans son lit improvisé et malgré sa fatigue, il ne parvint pas à s'endormir directement. Trop de questions encombraient son esprit. Qu'est-ce que pouvait bien être Cyliana pour que tous désirent s'en prendre à elle, et surtout que Hyamon lui demande de venir au plus vite ? Il se doutait à présent que la haine des villageois envers la Keltane avait été manipulé et renforcé, certainement par le même Sorcier qu'ils venaient d'affronter...

De là ou il était, il apercevait le visage redevenu serein de Cyliana. Quels genres de mauvaises surprises allaient-ils encore avoir à faire avant d'arriver à Sautour ? Il allait devoir se tenir sur ses gardes durant tout le voyage. D'autant plus qu'une Keltane en plein territoire Azurien n'allait pas passer inaperçu, surtout avec la Marque maudite qu'elle avait sur le front...

À force de chercher des solutions, et malgré son inquiétude grandissante, il finit par s'endormir, las.

# Posté le lundi 27 mars 2006 09:21

Modifié le mardi 06 octobre 2009 15:06

Chapitre Quatre, quatrième partie.

Chapitre Quatre, quatrième partie.
Le lendemain matin, Enguerrand se réveilla de bonne heure. Après quelques secondes à ce demander ce qu'il faisait allonger sur le sol, l'image de Cyliana lui revint en mémoires, ainsi que toutes les péripéties de la veille. Il se leva tout courbaturé d'avoir dormi par terre, mais, bien que courte et relativement inconfortable, la nuit avait été reposante et il se sentait prêt à débuter le voyage périlleux qui les attendaient. Il s'approcha discrètement de sa chambre pour s'assurer que tout allait bien. Kriar, toujours allongé près du lit, veillait sur le sommeil paisible de Cyliana.

Rassuré, il sortit ensuite pour se dégourdir un peu à l'air frais. Il retira sa chemise et fit quelques mouvements pour s'échauffer un peu avant de se diriger vers l'arbre le plus proche. Il s'agrippa à la puissante branche au dessus de sa tête et commença ses tractions matinales. Après en avoir fait une cinquantaine, jugeant que Cyliana risquait de se réveiller d'un instant à l'autre, il alla au ruisseau s'asperger le visage et le torse pour évacuer la sueur. Il apprécia l'eau fraîche qui le revigora.

Après s'être rhabillé, il rentra pour préparer le petit-déjeuner. Ayant remarqué l'appétit de son hôte, il n'hésita pas à sortir tout ce qui lui restait de nourriture. C'est-à-dire, peu de chose. Sa semaine mouvementé ne l'avait que peu disposé à chasser ou aller en ville faire des provisions, hormis la veille ou il n'avait acheté de quoi tenir que quelques jours. Provisions qui avaient été en quasi-totalité dévoré la veille par l'Elfe Noire et le loup...

Tandis qu'il allumait le feu, il entendit du bruit provenir de sa chambre. De toute évidence, Cyliana venait de se réveiller.

Kriar se releva aussitôt et posa sa tête sur le rebord du lit, attendant avec impatience une caresse derrière l'oreille, son petit péché-mignon du matin.

Ne tardant pas à comprendre ce qu'il attendait, Cyliana le caressa avec plaisir, savourant la douceur de son pelage.

- Bonjour toi ! Bien dormi ?
- Très bien merci, et toi ?

Cyliana émit un hoquet de surprise et recula précipitamment, manquant de tomber à la renverse. Enguerrand qui assistait de loin à la scène ne put s'empêcher de rire à gorge déployée. Remise de ses émotions, l'Elfe Noire ne manqua pas de le remarquer. Sautant hors du lit, elle s'approcha à pas rapide du Chevalier et se plaça devant lui. Bien qu'il la doubla quasiment d'une tête, cela ne l'empêcha pas de le menacer d'un index vengeur qu'elle agitait sous son nez.

- Ce n'est pas drôle du tout ! Ne me refais jamais ça, j'ai eu une sacrée frousse ! J'aurais bien voulu te voir à ma place ! J'ai pensé pendant un quart de seconde que c'était le Sorcier qui était de retour... Pourquoi ne m'as-tu pas dit que Kriar pouvait communiquer par la pensée ?

Enguerrand afficha un léger sourire.

- Car je ne le révèle pas à n'importe qui. Et puis surtout, tu étais la dernière personne à qui je l'aurais révélé en temps normal...
- Tiens donc ! Et pourquoi as-tu changé d'avis ? demanda-t-elle moqueuse. Tu comptes pouvoir me suivre à la trace peut-être ?
- Non, non ! Pas du tout ! C'est juste que Kriar est capable d'empêcher les Sorciers de s'en prendre à toi comme hier. C'est tout...
- Je présume qu'il peut lire mes pensées et mes souvenirs, c'est-à-dire toutes mes connaissances...
- Oui, admit Enguerrand gêné.

La Keltane recula de quelques pas, visiblement contrariée.

- Mais il ne les lira pas ! Je le lui ais demandé.
- Et puis même si ce n'était pas le cas, je ne l'aurai pas fait ! se défendit l'intéressé vexé.
- Tu aurais tout de même pu demander mon accord !
- Tu dormais si profondément, rétorqua Enguerrand, que je n'ai pas eu le c½ur de te réveiller.
- Bien, puisque c'est déjà fait, il est trop tard pour changer quoi que ce soit...

S'asseyant sur une chaise, elle observa le loup qui s'approchait d'elle.

- Je savais bien que ce loup était spécial.
- Et tu avais bien raison, ce loup est très spécial, il est magique !

Enguerrand fit claquer ses doigts en prononçant ces derniers mots. Cyliana le contempla exaspérée. Elle reporta aussitôt son regard sur Kriar.

- Tu as un drôle de maître, tu le sais ça ?
- Drôle ? J'aurai dit fou moi, mais c'est chacun son avis ! soupira le loup comme fatigué. Le pire, c'est qu'il me laisse mourir de faim. Heureusement que tu es là maintenant !

Cyliana se mordit la lèvre inférieure, comprenant embêtée qu'elle venait de se faire avoir et qu'elle n'aurait plus un seul repas complet.

- Comme ça je te laisse mourir de faim ! s'étonna Enguerrand faussement vexé. Eh bien dans ce cas, tu vas me faire le plaisir d'aller dehors, si tu as vraiment faim, tu chasseras tout seul.

Comme s'il venait d'apprendre la fin du monde, Kriar s'allongea aux pieds de Cyliana et jappa de désespoir tout en affichant son air le plus misérable.

- Pitié, ne le laisse pas faire ! Je vais mourir de faim sinon...

Prise au dépourvut, elle tenta de résister au regard implorant du loup, bien décidé à ne pas se laisser avoir. Mais elle n'était pas préparée face à un aussi bon comédien.

- Roh non ! se plaignit-elle vaincue. D'accord, je te donnerai un peu de mon repas... Un peu seulement !

Ravi, Kriar se releva et jappa d'autosatisfaction.

Cyliana soupira amusée, décidemment, elle était tombée chez de bien étranges personnages...

Enguerrand profita du répit et termina de préparer le repas. Puis, une fois installés, ils dévorèrent leur petit-déjeuner, Enguerrand savourant son repas en paix, refusant d'offrir quoi que ce soit au loup pour lui montrer qu'il pouvait se montrer impitoyable tandis que Cyliana se déclarait définitivement vaincue et cédait aux nombreux caprices du loup affamé. Si bien qu'ils terminèrent sans pitié le peu de nourriture qui restait.

Une fois rassasiés, Enguerrand fit chauffer de l'eau.

- La tisane que je t'ai préparé hier t'a fait du bien ?
- Oui, tout à fait !

Satisfait de la réponse, il versa l'eau chaude dans une tasse ou il avait déjà préparé à infuser les plantes. Lorsqu'elle fut prête, il versa une cuiller de miel avant de tendre la tisane à Cyliana. Il espérait ainsi que la douleur qu'elle ressentait ne referait pas son apparition. Précaution à priori inutile...

En ayant finit avec le petit-déjeuner, il se prépara à partir en ville pour acheter quelques provisions et accessoires pour le voyage. Contrairement à la veille, il décida de ne prendre que son épée pour passer le plus inaperçu possible. Avant de s'en aller, il demanda à Kriar de protéger Cyliana.

# Posté le vendredi 21 avril 2006 15:20

Modifié le mardi 06 octobre 2009 15:08