Un frisson traversa l'échine d'Enguerrand. La voix du Sorcier était lente et grave, emplie d'une assurance à faire froid dans le dos. Mais ce qui le frappa le plus, était la voix. Elle semblait sortir de nulle part.
- Qui êtes-vous et que lui voulez-vous ?
Le Sorcier relâcha Cyliana. Il se redressa entièrement et releva légèrement la tête, comme s'il allait faire un long et beau discours :
- Je me nomme Zorkar, et je fais ce qui me plaît ! Cependant, je vais te prouver ma bonne fois. Je vais te laisser une chance de repartir avant que je n'abatte cette chienne !
Zorkar s'aperçut que son discours n'avait pas eu l'effet escompté.
Le Sorcier tendit alors le bras vers Enguerrand qui ne bougea pas d'un pouce. Cyliana le regardait incrédule. Elle essaya de lui dire de partir, mais l'assurance dont il faisait preuve la laissa sans voix.
Lorsque le Sorcier jeta son sort, Enguerrand le reçut violement en pleine poitrine et il recula sous la force du choc. Il eut le souffle coupé pendant quelques secondes et ressentit une violente douleur tout le long du corps. Mais à part ça, rien ne se passa. Le sort avait été neutralisé.
Le Sorcier regarda incrédule. Il ne comprenait pas comment ce misérable avait pu détourner son sort.
Enguerrand cracha un peu de sang et sourit au Sorcier. À ce moment là, Kriar qui était jusque là resté caché, bondit sur le Sorcier pour le faire tomber. Dès qu'il fut au sol, Enguerrand lança son propre sort qui alla percuter le Sorcier en pleine tête. Mais à la grande stupeur d'Enguerrand et de Kriar, mais aussi de Cyliana, le Sorcier était toujours en vie.
Pire que ça, il se releva comme si rien de tout cela ne s'était produit. Il se frotta simplement la tête à l'endroit ou le sort l'avait heurté, puis grommela quelques mots incompréhensibles. Kriar alla aussitôt se mettre aux côtés de Cyliana pour la protéger.
Enguerrand réfléchissait au moyen de vaincre le Sorcier. De toute évidence, le Sorcier avait un sort de protection autour de lui. Il ne s'était pas du tout attendu à ça. Rares étaient les Sorciers capables de créer un tel sort, car cela demandait beaucoup d'énergie. Lui-même n'y était arrivé que très rarement.
Le Sorcier regardait Enguerrand avec toujours le même rictus. Il bomba le torse et s'approcha d'Enguerrand en tendant de nouveau sa main vers lui.
- Petit insolent, tu crois réellement pouvoir m'abattre ? Tu n'es qu'un débutant ! Tu as réussi un sort de protection, c'est très bien ! Mais il n'est pas encore parfait. La preuve, tu as saigné ! Dommage pour toi, mais tu ne pourras plus l'améliorer. Toi et ton loup ne pouvez rien contre moi ! Et puis l'esprit de ton amie est maintenant presque brisé... Bientôt elle appartiendra à mon maître !
Enguerrand recula en souriant.
- Je me demande qui est votre « maître », pas quelqu'un de très puissant pour oser envoyer un sous-fifre faire son travail !
Enguerrand était très calme, ce qui apparemment agaçait le Sorcier. Discrètement, il réunissait son pouvoir avec celui de Kriar pour créer un sort assez puissant – du moins l'espérait-il – pour détruire la protection du Sorcier.
Hyamon lui avait toujours dit qu'il était grâce aux deux magies qu'il maîtrisait, mais aussi grâce à Kriar, plus puissant que les Sorciers ordinaires. Ors là, il avait affaire à un Sorcier – qui selon lui – sortait de cette norme.
- Détrompes-toi... Mon maître est beaucoup plus puissant que moi, à un point que tu ne peux imaginer. Malheureusement, à cause de ton entêtement, tu ne vivras pas assez longtemps pour avoir l'honneur de le connaître !
- Si tu le dis ! Mais je compte mettre les choses au point. Tu te trompes quand tu dis que j'ai utilisé un sort de protection... Je n'ai pas besoin de ça...
Le Sorcier le regarda fixement. Se demandant s'il était réellement possible qu'il n'ait pas utilisé un sort de protection. Une prédiction de son maître lui revint soudain en mémoire : Il serait tué par un homme insensible à ses pouvoirs bien que moins puissant que lui. Et cet homme serait accompagné par le plus noble des prédateurs... Ce serait lui qui permettrait à son maître de changer un jour la face du monde...
Si ce que lui avait dit son adversaire était vrai, il allait enfin faire face à son destin et mourir pour aider son maître. Il décida de le vérifier, exciter à l'idée que le moment était enfin venu pour son maître de diriger le monde. Et tant pis s'il devait mourir. Il tendit son bras vers son adversaire, et alors qu'il s'apprêtait à relâcher son sort, Enguerrand relâcha l'énergie accumulée. L'éclair de puissance qui percuta le Sorcier était tel, que le vieillard fut projeté en arrière. Sa protection vola en éclat. Il se retrouva sur le sol à moitié inconscient.
Enguerrand avança alors lentement vers le Sorcier qui le regardait souriant. Son regard passant d'Enguerrand à Kriar.
- Ainsi mon maître avait raison ! L'heure est enfin venue ! Mon maître va enfin pouvoir accomplir sa destinée... Vous en êtes la preuve !
Enguerrand se rapprocha du Sorcier qui fixait toujours Kriar. Un homme qui semblait si sûr de lui quelques secondes auparavant, semblait d'un seul coup devenu totalement fou.
- De quoi parlez-vous ? Et quel rapport y a-t-il avec nous ?
Le Sorcier continuait de sourire, ce qui agaçait fortement Enguerrand.
- L'homme insensible aux sorts et le plus noble des prédateurs réunis ! Maintenant je suis sûr que mon maître va pouvoir accomplir sa destinée...
Le Sorcier s'étouffa et cracha du sang avant de s'affaler par terre. Aussitôt son corps commença lentement à disparaître.
Enguerrand resta quelques instants immobile, à fixer l'endroit ou gisait le cadavre du Sorcier quelques secondes plus tôt. Ses dernières paroles ne lui disaient rien qui vaille. Mais alors qu'il essayait de comprendre leur signification, le contrecoup de son sort le frappa brusquement. Il avait utilisé beaucoup d'énergie, il se sentait soudain épuisé.
Cyliana, libérée de l'emprise qui la maintenait au sol, s'approcha prudemment d'Enguerrand et lui toucha le bras. Alors tout disparu... Enguerrand fut brutalement renvoyé dans son propre corps.
