- Je vais faire préparer vos montures. Je viendrai vous prévenir quand tout sera prêt.
- Très bien, nous n'allons pas tarder.
L'aubergiste s'éclipsa et tous mangèrent rapidement.
Quand ils eurent fini leur repas, Cyliana et Enguerrand rangèrent les quelques affaires qu'ils avaient sorties, pendant que Kriar patientait dans son coin. Alors qu'ils venaient de terminer, on frappa de nouveau à la porte. Kriar annonça que c'était encore l'aubergiste. Enguerrand le fit aussitôt entrer. Il leur annonça que tout était prêt et qu'ils pouvaient partir.
Enguerrand prit alors leurs paquetages. Ils se dirigèrent le plus discrètement possible vers le rez-de-chaussée. Cyliana avait remis la capuche sur son visage, au cas où ils feraient une rencontre importune. Heureusement, tout le bâtiment était silencieux. Mais il ne faudrait pas attendre longtemps avant que cela ne change.
Arrivés au rez-de-chaussée, Enguerrand paya l'aubergiste tout en lui donnant un bon pourboire pour le remercier de sa discrétion.
Puis ils sortirent et trouvèrent leurs chevaux qui les attendaient. Le garçon d'écurie les surveillait, le regard encore embué de sommeil. Cyliana attendit qu'Enguerrand lui ait donné une pièce et qu'il soit parti pour avancer vers son cheval. Puis ils reprirent sans tarder la route.
Déjà, de l'agitation se faisait sentir. Principalement à la boulangerie qui ouvrait ses portes, et où les premiers acheteurs entraient sans trop prêter attention aux voyageurs. Ce qui bien sûr, n'était pas pour déplaire à Enguerrand. Ils sortirent rapidement du village sans avoir rencontré le moindre problème et ils continuèrent tranquillement leur voyage en direction de Sautour.
Cependant, en milieu de matinée, ils furent obligés de traverser la grande ville de Tréam car il leur fallait traverser le fleuve Déavis. Le pont le plus proche en dehors de la ville étant à plus de dix lieux, cela faisait un trop grand détour.
Sentant que Cyliana était nerveuse, Enguerrand décida de faire une halte avant de traverser la ville. Il comprenait aisément sa peur après ce qu'elle avait enduré dans un simple village, elle redoutait ce qui pouvait lui arriver dans une aussi grande ville... Ils s'installèrent en retrait de la voie Royale pour être au calme. Cyliana put alors enlever sa capuche.
- Ne t'inquiète pas, Kriar et moi te protégerons ! Et puis tu as la preuve que tu es venue ici sur invitation du Sorcier Royal. Ils n'oseront pas se mesurer à un chevalier de la Légion en mission.
- Ça ne les a pourtant pas arrêtés la dernière fois...
Enguerrand fut mal à l'aise, mais il se rattrapa vite.
- Je sais bien. Mais je suis persuadé qu'il y avait autre chose. Tout ce passera bien cette fois-ci, je t'en fais la promesse !
- Et puis s'ils décident de faire quelque chose, on les en empêchera ne t'inquiète pas !
- Merci... dit-elle reconnaissante. Je suis prête, allons-y. Plus vite nous aurons traversé cette ville, mieux cela sera.
Ils remontèrent à cheval. Cyliana en profita pour remettre sa capuche. Enguerrand remarqua qu'il y avait énormément de monde dans les rues. Il réalisa alors qu'ils ne pouvaient pas plus mal tomber. Tréam était en fête. Toute la ville était sortie et se promenait.
Une compagnie d'artistes était installée sur la grande place attirant les habitants curieux. Enguerrand essayait d'éviter la foule, mais c'était quasiment impossible. Le seul point positif dans tout cela, était que peu de monde s'intéressait à eux. Tous regardaient une jeune fille gracieuse se mouvoir sur la musique, que jouait un homme d'apparence frêle, et deux jeunes filles. L'homme était tellement pris par la musique, qu'il dansait lui aussi, faisant rire les jeunes filles ainsi que la foule. Soudain, Enguerrand entendit la voie de Cyliana inquiète.
- Il y a un autre Keltan dans les parages !
- Comment le sais-tu ? demanda-t-il intrigué.
- J'ai la capacité de... ressentir la présence des gens autour de moi... Mais je peux également les différencier, et bien qu'il y ait énormément de monde ici, j'ai remarqué qu'il y en avait un qui était différent...
- Tu sais ce qu'il peut bien faire ici ?
- Je n'en ai pas la moindre idée... Mais en tout cas il se sent bien où il est...
- Parce que tu peux aussi savoir ça ! s'exclama Enguerrand surpris.
- Oui, je ressens les émotions les plus simples. Telles que la joie, la haine, la peur...
Cette révélation mit Enguerrand mal à l'aise.
- Là par exemple, elle ressent que ce qu'elle vient de te dire t'a mis mal à l'aise.
- Merci Kriar, pas la peine d'en rajouter...
Soudain, alors qu'ils arrivaient enfin de l'autre côté de la place. Un enfant se mit à détailler Kriar, puis se fut au tour d'Enguerrand et enfin de Cyliana. L'enfant fixa cette dernière. Lorsqu'il entraperçut la Marque sur son front, son visage se déforma petit à petit. Heureusement, Kriar s'en aperçut.
- Si tu dis un seul mot, je me ferais un plaisir de te manger tout cru...
Le pauvre malheureux ne put s'empêcher de pleurer. Ses parents pensèrent alors qu'il pleurait car il ne pouvait pas voir la danse. Son père le prit alors sur ses épaules, ce qui le calma un peu. Mais pas pour les mêmes raisons.
- Tu peux plus rien contre moi vilain loup !
Sa mère, intriguée, se retourna et aperçut un loup qui s'éloignait aux côtés de deux cavaliers. Cela ne l'inquiéta pas plus que ça, et elle reporta son attention sur le spectacle.
