Elle était seule avec lui. Elle l'avait ordonné. Elle ne voulait pas qu'il y ait de témoins.
Elle ne voulait pas le faire, c'était sa première fois. Tous lui avaient dit que c'était les deux premières fois les plus difficiles. Elle ne pouvait pas y échapper.
Ils étaient seuls dans la pièce. Tendue, elle s'approcha du Keltan.
Il ne semblait pas méchant, loin de là.
Comment pouvait-on le croire coupable d'un tel crime ? Un homme tel que lui n'avait certainement jamais tué personne, et sûrement pas de cette façon...
Lorsqu'elle s'approcha de lui, surpris, il releva la tête. Il la regarda les yeux dans le vague, ne sachant pas trop où il était et pourquoi. N'osant pas croire ce qui allait lui arriver. Mais lorsqu'il la vit, son c½ur s'accéléra. Son visage se décomposa, la peur se lisait sur chacun de ses traits.
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle les refoula. Jamais elle ne devait montrer la moindre faiblesse. Même si elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle allait commettre un meurtre. Car il s'agissait bien de ça, un meurtre.
Mais elle y était obligée... La moindre entorse à un ordre était la mort, elle le savait.
Elle approcha une main tremblotante vers le condamné. Il la regardait toujours. Trop terrorisé pour tenter quoi que ce soit.
Lorsque sa main entra en contact avec sa poitrine, elle sentit contre sa paume le c½ur du jeune homme battre plus rapidement encore qu'il ne battait déjà. Elle libéra aussitôt son pouvoir, afin d'en finir le plus rapidement possible.
Le pouvoir envahit alors le corps de sa victime. Son c½ur battit encore quelques instants, avant de s'arrêter brutalement. Le corps du jeune homme se contracta violemment, puis plus rien. C'était fini pour lui.
Mais pour elle, cela ne faisait que commencer. Car en contrepartie, la vie du jeune homme déferla dans son esprit. Une multitude d'images et de sentiments l'assaillirent et ses pires craintes se réalisèrent...
Le jeune homme était innocent. Et pire que ça ! Elle s'aperçut horrifiée, qu'il venait de se marier un an plus tôt. Sa femme, lui avait annoncé radieuse, deux jours avant son arrestation, un heureux événement. Elle était enceinte...
Devant l'horreur qu'elle venait de commettre, elle tomba à genoux. Hurlant de douleur et de désespoir.
Derrière elle, elle entendait déjà les pas du juge qui venait d'entrer.
- Était-il coupable ?
Avec un effort surhumain, elle réussit à refouler ses sanglots et à se relever. Elle se tourna face au juge, le visage neutre. Elle répondit avec une voix emplie d'autorité.
- Il était innocent ! Il n'a jamais commis la moindre mauvaise action... Vous vous êtes lamentablement trompé Monsieur le juge ! Si vous croyez que l'on se déplace pour vous faire plaisir, il va falloir changer immédiatement d'attitude !
- Bien. Nous continuerons donc l'enquête. Vous pouvez partir. Vous n'avez plus rien à faire ici. Vous n'êtes bonne qu'à terroriser la population !
Serrant les poings, elle sortit immédiatement de la salle. Elle se dirigea le plus rapidement possible vers son carrosse pour que personne ne puisse la voir. Mais deux personnes l'y attendaient déjà.
Elle reconnut immédiatement la femme et le père de celui qu'elle venait d'exécuter. Elle s'arrêta, pétrifiée. Ils s'approchèrent alors d'elle. La femme avait les larmes aux yeux. L'homme quant à lui, avait un regard froid, empli de haine et de colère contenue.
- Alors il était coupable ? demanda-t-il hargneux.
- Non...
La femme posa une main sur son ventre, un long cri s'échappant de ses lèvres. Elle comprit que la femme avait espéré jusqu'au bout que l'exécution n'ait pas lieu. L'homme en revanche, n'avait jamais eu ce mince espoir. Et soudain, comme s'il se contenait depuis trop longtemps, il laissa échapper sa rage.
- Je l'avais bien dit, mais personne n'a voulu me croire ! Mais vous, Vous devez être contente ! Vous avez enfin eu une personne à massacrer ! De toute façon, vous n'êtes qu'une bande de vautours qui prenez un malin plaisir à tuer les innocents ! Vous me dégoûtez !
» Partez d'ici espèce de monstre ! Tout est de votre faute ! Je vous haïs, vous et votre Ordre ! A cause de vous, mon fils est mort ! Regardez le résultat, voici ce que vous avez fait ! Vous laissez une pauvre femme effondrée, enceinte qui plus est ! Que devrons-nous dire à cet enfant plus tard ? Que son père a été exécuté par erreur !
La femme tomba à genoux. Elle continuait de pleurer. Tout son corps tremblait violement de désespoir. L'homme essaya de la relever. En vain.
Elle ne regarda pas plus longtemps ce spectacle. Elle grimpa dans son carrosse et ferma la porte, ordonnant au cocher de retourner le plus rapidement possible à la forteresse...
Le carrosse partit aussitôt. Les cris de rage et de désespoir de la femme les poursuivant.
Elle ferma les rideaux du carrosse pour se dissimuler au monde extérieur.
Elle s'autorisa alors à pleurer toutes les larmes de son corps. Elle ne pouvait que confirmer ce qu'avait dit l'homme... elle était un monstre, et le plus horrible qui soit...
Ne jamais rien montrer de ses faiblesses et de son état d'âme, était la première leçon de leur Ordre...
