- Que se passe t'il ? demanda-t-il inquiet.
- Elle vient de faire un cauchemar !
Enguerrand en fut légèrement rassuré, ainsi on ne l'attaquait pas une nouvelle fois.
Il prit Cyliana par les épaules et la secoua doucement pour la réveiller. Il sentit que Kriar formait un rempart autour de son esprit.
Après quelques secondes, Cyliana ouvrit les yeux apeurée. Elle repoussa Enguerrand en suppliant.
- Pitié non ! Ne me forcez pas à recommencer ! Je vous en supplie ! Pitié !
- Cyliana ! Tu as fait un cauchemar, c'est fini !
Cyliana étonnée regarda Enguerrand, puis Kriar. Elle avait du mal à reprendre sa respiration à cause de ses sanglots.
Enguerrand la prit dans ses bras, et lui murmura des mots de réconfort. Cyliana se calma petit à petit. Sa respiration redevenait normale et ses pleurs s'estompant.
- Je suis désolée... souffla-t-elle.
- Ce n'est pas de ta faute. Je connais bien les cauchemars. J'en ai fait pendant des années, et les miens étaient moins horribles que ne le sont les tiens.
- Les souvenirs que j'avais réussis à refouler ne cessent de refaire surface depuis que le Sorcier est entré dans mon esprit.
Enguerrand s'écarta un peu et la regarda inquiet.
- Pourquoi n'as-tu pas demandé à Kriar de t'aider ?
Cyliana baissa les yeux, gênée.
- Je... Je n'ai pas osé...
Enguerrand releva le menton de Cyliana et la regarda droit dans les yeux.
- Cyliana, l'esprit est le domaine de Kriar. Il peut te permettre de ne plus être tourmentée par tous ces... souvenirs. N'hésite pas à lui demander de l'aide quand tu en as besoin.
- D'accord...
Ils restèrent un long moment ainsi, Cyliana dans les bras d'Enguerrand. Il ne restait que deux heures avant l'aube. Autant dire que plus personne n'avait envie de dormir ; Cyliana de peur de refaire un cauchemar, Enguerrand, lui, était inquiet pour son amie. Elle restait blottie contre lui, les yeux ouverts dans le vague. Chacun était dans ses sombres pensées.
Cependant, grâce à Kriar, Cyliana se sentit un peu mieux. Ses souvenirs de nouveau enfouis au plus profond de son esprit. Seule la douleur dans sa poitrine lui rappelait la triste vérité.
Peu de temps après, Enguerrand décida d'aller chercher de quoi déjeuner. Il s'habilla, puis sortit le plus discrètement possible. Lorsqu'il arriva au rez-de-chaussée, il se dirigea vers la grande salle. Il remarqua au fond, dans l'obscurité, un aigle posé sur le dossier d'une chaise. A ses côtés, un homme attendait patiemment que l'aubergiste veuille bien le servir.
Enguerrand alla commander le petit déjeuner. Lorsqu'il passa près de lui, l'aigle le fixa de son regard scrutateur. Il comprit, en apercevant la lueur d'intelligence qui brillait dans son regard, qu'il avait affaire au compagnon d'un Sorcier.
Le fait qu'il y ait un Sorcier, se révélait être un nouveau problème. Enguerrand se demandait comment il allait faire pour quitter l'auberge sans qu'il n'aperçoive Cyliana.
Lorsque soudain, le Sorcier l'interpella.
- Eh bien Enguerrand, on ne salue plus ses amis ?
Enguerrand sursauta. Il reconnaissait cette voix. Il se retourna et vit le Sorcier s'approcher de lui. Il reconnut alors son ami d'enfance, Girald. Il en fut surpris. Normalement, il siégeait à Sautour, ne quittant le château que rarement.
Enguerrand et Girald se prirent dans les bras, heureux de se revoir.
- Allez, viens manger avec moi. Tu me raconteras ce que tu deviens !
Enguerrand marqua un temps d'arrêt. Il est vrai qu'il n'avait pas vu Girald depuis longtemps, et ça lui faisait plaisir de le revoir. Mais en même temps, il ne devait pas perdre de vue qu'il devait accompagner Cyliana à Sautour, et cela le plus rapidement possible.
- J'en serais ravi mais je ne peux pas... (Girald le regarda intrigué.) Je suis pressé, je dois aller à Sautour le plus rapidement possible. Je préfère manger dans ma chambre pour ne pas perdre de temps...
- Voyons, tu peux bien manger avec moi !
Au grand malheur d'Enguerrand, l'aubergiste arriva au même instant.
- T'nez votre repas. Pour vous j'prépare tout d'suite trois assiettes.
Girald le regarda intrigué.
- Trois assiettes ? Je sais bien à qui va la deuxième, mais je serais curieux de savoir pour qui est la troisième !
Dès que l'aubergiste repartit dans ses cuisines, Girald mit un bras autour des épaules d'Enguerrand et s'approcha de lui. Il continua sur le ton des confidences, le sourire aux lèvres.
- Mon cher Enguerrand aurait donc de la compagnie... Et dis moi, cette compagnie ne serait-elle pas féminine ?
Enguerrand repoussa Girald mal à l'aise. Heureusement, l'aubergiste revenait déjà avec les assiettes.
- Serait-il possible de monter les deux autres assiettes dans la chambre ?
- Pas d'problème !
- La personne risque de mettre un peu de temps à ouvrir, elle dort encore.
L'aubergiste acquiesça et partit sans tarder en direction des chambres.
- Kriar, prévient Cyliana que l'aubergiste arrive avec les repas. Dis lui de mettre sa cape et de ne pas s'inquiéter si je ne remonte pas tout de suite.
- Je sais, j'ai suivi ta conversation avec Girald, j'ai déjà prévenu Cyliana.
- Prend aussi les mesures nécessaires pour que Prima ne puisse pas savoir qui se cache dans la chambre, on ne sait jamais !
- Je vais essayer, mais je te rappelle que ce n'est pas ma spécialité. Par contre, trouver ce qui se cache est la spécialité de Prima...
- Je sais, mais fait quand même ton possible !
Girald ravi, prit son assiette et se dirigea vers sa table, attrapant au passage une chaise pour Enguerrand.
Enguerrand le suivit, prêt à prendre le temps qu'il faudrait pour que son ami décide de partir. Cependant, à peine fut-il installé, que Girald le questionna à nouveau.
- Alors, tu vas finir par me dire qui est cette troisième personne ?
- Je te signale que c'est plutôt à toi de me dire ce que tu fais ici ! Tu ne devrais pas être à Sautour ?
Girald le regarda quelques secondes. Enguerrand eut soudain l'impression de se retrouver face à Cyliana, quand elle hésitait à lui répondre.
