Chapitre Cinq, première partie.

Chapitre Cinq, première partie.
Voici un petit chapitre inédit par rapport à l'ancienne version, bonne lecture =)



CHAPITRE 5 – La louve au collier...





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Toi qui désire te venger, à minuit cherche la louve au collier qui hante le cimetière.
Si jamais ta demande est acceptée, tu recevras la nuit suivante sur le pas de ta porte sa marque ainsi que le prix fixé pour le sang versé...


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Au Royaume de Nadoo, en plein c½ur de la capitale Tandjadis, la nuit avait enveloppée la ville. Commerçants et passants avaient désertés les rues devenues sombres depuis longtemps. Seuls quelques braseros permettaient encore d'éclairer les rues à certains endroits stratégiques, là où se réunissaient les soldats à la fin de leur patrouille pour se réchauffer un peu.

Dans cette atmosphère obscure et oppressante, un jeune homme ne dépassant pas la vingtaine avançait à pas lent et hésitant le long des étroites ruelles du quartier Nord de la cité. Sa plus grande préoccupation du moment était de ne pas se faire voir. Son objectif – la poterne des remparts – ne se trouvait plus qu'à quelques toises. Déjà, il pouvait l'apercevoir, exacerbant d'autant plus son impatience d'y parvenir.

Plus il s'avançait, plus son c½ur s'emballait sous l'adrénaline qui avait envahit son corps lorsqu'il avait prit sa décision d'y aller. Le risque de se faire repérer augmentait au fur et à mesure qu'il approchait des enceintes extérieures de la ville. Le sable recouvrant une grande partie des pavés en pierre rouge les rendait dangereusement glissant lorsque la rue descendait ou montait selon la configuration de la cité. S'il ne prenait pas garde et chutait, cela ne passerait sûrement pas inaperçu.

Arrivé au dernier carrefour le conduisant aux remparts, il remarqua de la lumière. Pris de panique, il se plaqua contre le mur à sa droite et bloqua sa respiration par réflexe. Les voix graves et assurées de plusieurs soldats se firent plus nettes après quelques secondes. Reprenant sa respiration dans une inspiration brutale et incontrôlée, il eu peur de s'être fait repérer lorsqu'il constata que le silence venait subitement de reprendre ses droits.

Terrifié à l'idée de se faire prendre si près du but et sans excuse valable, il chercha désespérément autour de lui une cachette qui lui permettrait d'échapper à la surveillance des sentinelles. À son grand malheur, il ne vit rien d'assez grand pour le masquer à la vue de quiconque. Seuls quelques détritus jonchaient le sol. Il repensa alors à un étal vide à l'autre bout de la ruelle derrière lequel il n'aurait eu aucun mal à se cacher. Il n'avait eu le temps d'esquisser le moindre geste que la patrouille passa à côté de lui sans, heureusement, tourner, ni regarder dans sa direction. Soulagé, il les laissa passer et attendit plusieurs minutes après que la lueur des torches se soit dissipée avant d'oser bouger et traverser le carrefour redevenu paisible.

Quelques secondes plus tard, il se retrouvait enfin devant la poterne. Il l'avait repéré depuis plusieurs jours alors qu'il échafaudait son plan, afin d'être sûr de ne pas se perdre la nuit venue. Mais son objectif atteint, le doute s'emparait de lui. S'il franchissait cette porte, il ne pourrait quasiment plus faire marche arrière, et il n'était toujours pas sûr de vouloir faire ce qu'il avait décidé... Ses sentiments se livraient une bataille acharnée. La haine, l'amour, la raison s'entredéchiraient.

Après une nouvelle lutte intérieure qui le laissait exsangue et ou seule l'indifférence était encore présente, il débloqua la porte et en retira le loquet. Il n'avait aucunement envie de se faire prendre maintenant. Une fois la porte grande ouverte, il attacha la corde qu'il avait apportée avec lui à un des montants et jeta le reste dans le vide. Il prit une rapide inspiration et descendit prudemment au fond du fossé encerclant la cité.

Une fois qu'il eut grimpé de l'autre côté, il se hâta de s'éloigner des remparts afin de ne pas être repérer par les sentinelles.

Toujours hésitant, les nerfs à vifs, il fit le tour de la ville, vérifiant à chaque pas que personne ne le pourchassait ou ne le surveille. Il n'arrivait pas à voir à plus de dix pas devant lui. Sans la lune pleine cette nuit-là, il n'aurait pu se diriger convenablement. Quand il discerna les premières statues et stèles, il sut qu'il était enfin arrivé à destination. Le cimetière se dressait devant lui, immense et sinistre. Les morts y étaient enterrés depuis des siècles, certaines d'entre-elles avaient étés sceller par magie pour que quiconque y pénètre par effraction en devienne le gardien... Les nombreuses rumeurs et légendes entourant ces tombes pour la plupart oubliée le terrifiait, d'autant plus que nombreuses d'entres-elles prenaient effets à la nuit tombée... Chaque souffle de vent, chaque bruit suspect le terrifiait. Le moindre grain de sable effleurant sa nuque le pétrifiait d'épouvante.

Refusant de céder à la panique et de rebrousser chemin, il serra les poings et continua d'avancer. Ignorant les crampes qu'il avait à l'estomac, il chercha désespérément ce qu'il était venu trouver.

Il avait déjà parcouru la moitié du cimetière sous l'air glacial de la nuit sans que quoi que ce soit ne se soit présenté à lui, hormis les sépultures plus angoissantes les unes que les autres. Certaines, pour les plus anciennes, étaient ornées de statues représentant des Dieux et Déesses des temps anciens. Il avait la désagréable impression que leur regard vide suivait sa progression à travers ce qui était devenu leur havre de paix, comme s'il le surveillait...

Au bord de la crise de nerf, d'autant plus agacé qu'il n'avait toujours rien trouvé, il pesta haut et fort, sûr qu'on lui avait joué une mauvaise farce. Pourtant, n'ayant plus rien à perdre, il se décida au prix d'un intense effort et de mauvaise grâce de terminer de faire le tour du cimetière.

Revenu à son point de départ, dépité, il se prépara à rejoindre la ville lorsqu'il entendit du bruit derrière lui. Tendu, il se retourna tout en cherchant son couteau à sa ceinture, prêt à se défendre. Au début, il ne vit que deux points luminescents de couleur argenté. Prit de panique, il recula précipitamment, certain qu'un ancien Dieu allait en finir avec sa vie. Quand son poursuivant s'approcha un peu plus, sortant de l'ombre d'une imposante sépulture, il émit un hoquet de surprise et d'admiration. À quelques toises de lui, une splendide louve au pelage noir luisant de reflets violets sous les rayons de lune lui faisait face, un collier finement ciselé de la même couleur autour de son puissant cou. Ses yeux aux pupilles argentés dont une lueur d'intelligence se reflétait le fixaient avec patience, attendant qu'il s'habitue à sa présence. Bien que la panique manquait de le gagner à tout instant, il tenta de se calmer. Maintenant qu'il avait la certitude qu'il ne s'agissait pas d'un mythe, ce qui lui restait de courage et de résolution s'effritait irrémédiablement.

Il recula un peu plus et manqua de tomber dans une fosse fraichement creusée. Il retrouva l'équilibre de justesse pour s'apercevoir que la louve s'était encore rapprochée et se trouvait désormais juste devant lui.

N'ayant plus le choix, il se lança :

- Vous... vous êtes là pour accomplir ma vengeance ? C'est bien ça ?

La louve pencha la tête sur le côté et grogna légèrement, ce qu'il prit pour une approbation tout comme une invite à continuer. Le c½ur battant à tout rompre, il tenta une fois de plus de se calmer. Il était venu pour ça après tout.

- Je désire louer vos services.

Comme si elle avait compris, la louve s'allongea sans le quitter des yeux et sembla attendre qu'il raconte la suite.

Ne sachant que faire, il l'imita et s'assit par terre, bien que peu rassuré de se retrouver si proche de l'impressionnante mâchoire du redoutable prédateur, seul au milieu d'un cimetière...

- Je voudrais que vous assassiniez la personne qui a tué ma s½ur !

Il sembla distinguer un changement dans le regard de la louve, comme un intérêt soudain à ce qu'il s'apprêtait de raconter.

- Il y a de cela plusieurs mois, ma s½ur (il sortit un papier de sa bourse qu'il déplia et plaça à l'envers devant lui avant de pointer le premier nom inscrit dessus, afin d'être sûr que personne ne puisse l'entendre si jamais ils étaient espionnés, même s'il en doutait sérieusement.), elle s'est éprise d'un jeune homme que je ne connais que de vue... Celui-ci semblait d'après elle lui témoigner de l'affection, mais je n'ai jamais su si elle disait vrai... Néanmoins depuis peu, une autre jeune femme du nom de (il pointa le deuxième non de la liste.), s'est éprise du même homme. Depuis, ma s½ur et elle se sont livrées un combat acharné pour attirer son attention.

Le regard de la louve avait encore changé, cette fois-ci il avait l'impression qu'elle était contrariée... il espérait se tromper.

La voix serrée par l'émotion, il continua, au bord des larmes, ces sentiments de nouveaux en conflits :

- Il y a de cela douze jours, ma s½ur a été empoisonnée, certainement à la belladone. Je suis sûr que c'est elle ! J'ai appris qu'elles en étaient venues à se disputer et se battre publiquement alors qu'elles s'étaient croisées dans une rue presque déserte. Je n'ai pas compris que cela ne pouvait qu'empirer... Si je l'avais su j'aurais... Mais j'ai... j'ai convaincu ma s½ur de ne pas baisser les bras...

La louve releva la tête, cette fois-ci visiblement en colère.

- J'espérais qu'il tombe amoureux de ma s½ur, comme ça... je l'aimais ! Je l'aime toujours... Mais elle a tué ma s½ur... Il faut que vous fassiez quelque chose ! Vengez l'honneur de ma s½ur, je vous en prie !

À peine avait-il finit de raconter les faits que la louve se releva et semble attendre quelque chose. Perplexe, il réfléchit, ne sachant pas exactement ce qu'il devait faire.

- Je vous paierai !

La louve grogna. Vraisemblablement, ce n'était pas ce qu'elle attendait de lui. Puis il se souvint.

- Je souhaite qu'elle meure de la même manière que ma s½ur. Mais... je veux qu'elle ait le temps de réaliser ce qui lui arrive...

Comme satisfaite de la réponse, elle se détourna et disparu dans la nuit. Se retrouvant de nouveau seul, il souffla. Toute la tension accumulée dans la soirée s'évapora soudain et il se sentit épuisé, au bord de l'évanouissement.

Chancelant, il retourna à pas lents vers la poterne...
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 15:15

Chapitre Cinq, deuxième partie.


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Il faisait beau et chaud en cette belle matinée de début de printemps. Les étals ouvraient les uns après les autres dans une bonne humeur collective. Fain n'était pas en reste et disposait déjà plusieurs de ses plus beaux bouquets de fleurs autour de l'entrée de sa boutique afin d'attirer le client par leurs multiples couleurs et leurs délicieuses odeurs aguichantes.

Une fois fait, elle ne tarda pas dehors et retourna à l'intérieur afin de profiter au maximum de la douce fraicheur qui y régnait encore. Coquette, elle récupéra un Lys blanc et le glissa derrière son oreille droite. Elle aimait plus que quiconque cette fleur dont la blancheur lui rappelait son prénom. Toute à ses rêveries, un large sourire fixé aux lèvres, elle n'entendit pas son premier client de la journée entrer.

- Euh... Bonjour Fain.

Lorsqu'elle prit conscience de son visiteur et qu'elle le reconnut, son sourire s'élargit.

- Eels ! Encore toi ! Mais si tu continues à venir me voir tous les matins, je vais finit par croire que tu es amoureux de moi !

Son rire cristallin emplit la pièce tandis que son visiteur s'empourprait.

- Euh... non. Enfin... Tu es très jolie et... Je...

S'accoudant au comptoir pour compter l'argent qu'elle avait dans sa caissette, elle mit sans le savoir ses formes en valeur dans sa légère robe de soie dont le corsage, plus que généreux, laissait entrevoir plus que nécessaire. Eels, déjà bien éprouvé, ne put plus quitter des yeux une telle félicité, l'aurait-il même voulu. Lorsqu'elle releva la tête et qu'elle remarqua le visage béat de son visiteur, elle comprit son erreur.

- Eh mais ! Coquin ! s'exclama-t-elle charmée par le regard flatteur bien qu'un peu déplacé. Ça ne se fait pas de reluquer les jeunes femmes comme ça ! Est-ce que j'en fais autant moi ?

Pâle, il s'arracha avec difficulté de la vision idyllique.

- Pardon, je ne l'ai pas fait exprès.
- Mais bien sûr, je vais te croire ! rigola-t-elle amusée par la tournure qu'avait prit les évènements. Allez ouste, dehors ! Je t'aime bien, mais je dois travailler moi. Et puis si tu passes ton temps à me dévorer des yeux, je ne sais pas si je parviendrai à me concentrer.

Heureux de ne pas recevoir de gifle, et conscient que cela ne lui avait pas déplu, Eels la salua avant de partir le c½ur joyeux.

Fain le regarda partir, le sourire toujours aux lèvres. Décidemment, la journée commençait plutôt bien.

Son premier véritable client ne tarda pas à faire son apparition. Elle avait à faire à une clientèle pour grande partie masculine, et les achats étaient principalement destinés à des demoiselles qui ne demandaient qu'à être charmée. Elle ne fut aucunement surprise donc, quand elle reconnu l'homme en question pour être l'un de ses plus fidèle client connu pour être un coureur de jupons invétéré à la recherche d'un énième bouquet à offrir à sa toute nouvelle conquête.

- Aaaaaaaaahhhhhh ! s'exclama-t-elle alors qu'il parcourait les fleurs du regard. J'aimerais bien moi aussi trouver un homme qui saurait m'aimer !
- Mais tu sais, minauda-t-il avec un sourire ravageur longuement étudié, moi je peux t'aimer, et cela très longtemps.

Ce fut plus fort qu'elle, elle ne put retenir un rire à lui en faire mal aux côtes. Quand elle retrouva un semblant de calme, entre deux souffles elle lança :

- Toi ? M'aimer ? Certes, mais pas dans le sens auquel moi j'entends ! Du moins pas dans un premier temps... Mais je te signale que tu dois rejoindre ta nouvelle conquête avant de lui briser le c½ur ! Et puis je cherche quelqu'un de fidèle, alors non merci !

Mutine, elle s'approcha de lui à pas gracieux, lui laissant agréablement profiter de la vue de son corps parfait. Depuis qu'elle avait vu la réaction de Eels, elle voulait s'assurer auprès d'un fin connaisseur de la gente féminine que sa robe la mettait bien en valeur. Ça ne loupa pas, lui aussi ne put détacher son regard de son corps, ses yeux la parcourant de bas en haut avec plus d'insistance encore que son prédécesseur. Il ne loupait rien du spectacle.

- Si jamais tu changes d'avis, eut-il du mal à articuler la voix rauque de désir, sache que je serais toujours là pour toi...
- Je n'en doute pas un instant. Tu es toujours là quand une jolie fille en a besoin...

Sans plus se soucier de lui, elle s'approcha d'un nouveau client qui venait d'entrer dans sa boutique et prit sa commande.

En milieu de journée, après qu'elle eut prit de quoi se restaurer un peu, elle s'empara d'un grand panier dans lequel elle déposa un tissu pour en recouvrir le fond avant d'y déposer ses plus belles fleurs : Lys, Nigelles, Roses et bien d'autres. Une fois prête, elle ferma boutique et alla se promener en ville.

Les rues bondées lui permirent bien vite de vendre quelques fleurs. Les Lys et les Nigelles – les premiers de la saison – eurent beaucoup de succès. Elle garda néanmoins quelques fleurs quelle devait aller livrer.

Ses pas la menèrent bien vite vers le quartier le plus riche de la ville. Les maisons, beaucoup plus imposantes et splendides, avaient également le privilège pour certaines de posséder un jardin. Ici, les clients ne regardaient pas à la dépense lorsqu'il s'agissait d'organiser fêtes et banquets. Elle avait souvent à faire avec eux, étant connue pour avoir les plus belles fleurs de la ville, ce qui lui valait de nombreux achats des plus puissants auprès desquelles elle était grandement appréciée.

Avec un ravissement non feint à la vue des splendides demeures, elle s'engagea dans une large rue bordée d'arbres centenaires, alternant entre acacias et tamaris, tout deux en pleine floraison. Ravie du spectacle, elle se dirigea d'un pas léger vers son lieu de rendez-vous détenu par l'un des plus riches marchands de la ville. Il s'agissait d'une grande bâtisse de pierre blanche taillées et assemblées avec soin digne d'un Roi. Un jardin relativement grand au vu de l'emplacement entourait la demeure, la mettant en valeur au milieu de ces fleurs multicolores.

Enchantée par la vue, elle s'avança d'un pas guilleret dans l'allée fraichement débarrassée du sable. Après avoir utilisé l'imposant heurtoir en forme d'aigle (l'emblème de la maison sûrement) pour appeler un serviteur, elle profita de l'attente pour replonger son regard sur le jardin.

Lorsque la porte s'ouvrit sans un bruit, elle n'y fit pas attention et fut tirée de sa rêverie par la voix acariâtre d'une vieille femme au visage marqué par les rides et la fatigue.

- Que désirez-vous ?
- Je viens vous livrer les fleurs que vous m'avez commandées comme convenu ! déclara-t-elle toujours aussi enjouée.

La vieille femme plissa les yeux.

- Quelles fleurs ? De quelle commande me parlez-vous ? Si nous voulons des fleurs, nous n'avons qu'à les cueillir dans le jardin, pourquoi vouloir en acheter ?

Hésitante, Fain haussa les épaules.

- Je ne sais pas moi, pour ne pas abimer votre si beau jardin ? On m'a pourtant demandé de livrer dix fleurs de Belladone ce matin !
- Mais nous en avons déjà, je vous dis ! Non, je suis vraiment désolée, mais nous n'avons rien commandé.
- Ah non ! répondit la fleuriste dont l'humeur commençait à baisser. On m'a demandé de venir vous livrer, alors allez chercher l'hôte de ces lieux pour que je puisse m'entretenir avec lui.
- Madame est occupée.
- S'il-vous-plaît ! tenta-t-elle de supplier. Je ne fais que mon travail...

La vieille femme observa la fleuriste avec circonspection avant de lâcher un soupir désespérée.

- Très bien, je vais voir si elle accepte de vous rencontrer pour régler ce différent.
- Merci du fond du c½ur !

Patientant tranquillement que la Maîtresse des lieux veuille bien venir, Fain retourna à sa contemplation.

Elle fut de nouveau tirée de sa rêverie par une voix doucereuse.

- Je suis Kalisha Bregan, fille du Maître de ces lieux. Vous désiriez me voir semble-t-il ?

Fain marqua une pause. Une jeune femme qui devait avoir entre vingt-deux et vingt-trois ans lui faisait face. Le visage maquillé avec beaucoup de soin laissait apprécier des traits gracieux et délicats qui devaient faire forte impression chez tous ces messieurs. Pourtant les yeux aux pupilles bleues laissaient entrevoir un regard froid et calculateur qu'une moue à peine masqué au coin des lèvres renforçait. Ses longs cheveux bruns noués en une coiffure d'une extrême sophistication ne servait qu'à montrer à tous qu'elle avait les moyens de se payer des servants pour le faire, et rien d'autre. Tout chez elle montrait la suffisance et l'autosatisfaction qu'elle avait de son rang dans la société. Sa robe somptueuse, tissée dans les tissus les plus fins et délicat était parée de diverses pierres précieuses qui, en plus de montrer la richesse de sa famille, mettait en avant ses indéniables atouts féminins.

Fain aurait pu se sentir jalouse de temps de richesse et de beauté si le regard rivé sur elle ne la paralysait pas sur place.

- Je suis ici sur la demande d'une personne qui est passée ce matin à mon magasin en me précisant que vous attendiez cette commande pour cette après-midi expressément...

La jeune femme observa les fleurs qu'elle lui montrait sans grand intérêt.

- Il ne me semble pas que l'on en ait fait la commande. D'autant plus que nous avons déjà des plants de Belladone ici, expliqua-t-elle en montrant la plantation en question d'un vague signe de la main.

Fain vérifia et fit la moue tandis que le regard perçant de Kalisha ne cessait de la fixer avec froideur et indifférence.

- Alors que fait-on ? demanda-t-elle avec de moins en moins d'enthousiasme.

La jeune femme soupira comme si elle regrettait déjà sa bonté. La discussion devenait néanmoins terriblement ennuyeuse d'autant plus qu'elle savait déjà tout ce qu'elle voulait savoir.

- Si on vous les a commandés, donnez-les nous. Mais il ne faudrait pas que cela ait lieu trop souvent, insista-t-elle. Combien vous dois-je ?
- Cinq écus d'argent, je vous prie.

De mauvaise grâce, la jeune femme récupéra sa bourse cachée dans sa manche et pendue à un fil autour de son poignet et en récupéra la monnaie demandée. Après avoir saisit le bouquet que lui tendait Fain, elle finit par poser une question qui semblait lui tenir à c½ur :

- J'ai entendu de nombreuses et sombres rumeurs à votre sujet... Elles sont vraies ?

Fain se rembrunit.

- Quelles rumeurs ? Je ne vois pas de quoi vous parlez !

Sans laisser le temps à la Maîtresse de maison de répliquer, elle la salua d'un bref signe de tête et s'éloigna de quelques pas, avant de revenir l'air gênée.

- J'oubliais... Voici trois Tournesols qui faisaient partie de la commande. Je vous les offres pour m'excuser de vous avoir importunée...

Sur ce, Fain remonta l'allée à pas pressés. De retour dans la rue principale, elle retrouva son sourire et s'en alla servir de nouvelles commandes.
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 15:39

Chapitre Cinq, troisième partie.


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La nuit venue, alors qu'il faisait nuit noire et que plus aucune âme n'errait dans les rues endormies hormis la garnison qui patrouillait, une louve au pelage noir avançait d'un pas tranquille vers sa destination. Son regard argenté, toujours en mouvement, observait les alentours, comme pour s'assurer que tout était calme et qu'aucun piège ne se profile devant elle.

Elle s'arrêta devant une maison de taille moyenne et bien entretenue mêlant la pierre et le bois qui lui donnait un cachet accueillant et agréable. Seuls de longs voiles noirs suspendu de part et d'autre de la porte venaient ternir cette atmosphère réconfortante et avertir le visiteur qu'un drame était advenu dans cette famille.

La louve observa le pas de la porte avec intérêt avant d'y apposer sa patte plus fortement qu'il n'était nécessaire pour y laisser une marque bien visible dans le sable qui s'y était accumulé dans la journée. Juste à côté, d'une griffe, elle traça une seule et unique ligne.

Le travail accompli, elle repartit en silence.

À peine avait-elle disparu à un tournant qu'un jeune homme ouvrit la porte, persuadé d'avoir entendu un bruit. Il en chercha l'origine et compris qu'il s'agissait de deux soldats qui approchaient dans la rue. Déçu, il s'apprêtait à refermer la porte lorsque son regard se posa sur le pas de sa porte et qu'il ne remarque la trace...

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Fain était de très bonne humeur. La journée venait une fois de plus de se lever sous les plus beaux hospices. Il faisait beau (ce qui était plutôt une habitude en plein désert), mais mieux encore, les vents d'habitudes si tenaces en cette saison semblaient avoir pris du repos et laissaient ainsi la ville en paix. Chantonnant comme à chaque fois qu'elle était heureuse et que personne ne se trouvait dans sa boutique, elle en profita pour faire un brin de ménage.

Une fois terminé, elle prépara le matériel dont elle allait avoir besoin. L'idée lui était venue de tester la confection d'un nouveau parfum. Depuis longtemps déjà, l'idée lui avait effleurée l'esprit d'en vendre en plus des fleurs, si bien qu'elle s'était achetée de quoi en confectionner elle-même. Si cela fonctionnait comme elle le désirait, elle envisageait sérieusement d'agrandir sa boutique.

Pour commencer, elle alla chercher de l'eau qu'elle versa dans un alambic de bonne taille en cuivre et le remplit de trois quarts avant de le déposer sur le feu. Pendant que l'eau chauffait, avec un soin et un savoir-faire consommé, elle récupéra les fleurs dont elle avait besoin et en sélectionna les plus beaux pétales qu'elle recueillit dans un grand tamis aux larges mailles. Quand il fut rempli à ras-bord, elle vérifia que l'eau soit assez chaude avant de le déposer dans la cuve et de le caller de manière à ce qu'il n'entre pas en contact avec le liquide bouillant. Elle se dépêcha ensuite de fermer la cuve avec un chapiteau surmonté d'un col de cygne qu'elle relia à un serpentin. Elle apporta enfin un bac d'eau froide qu'elle déposa à distance du feu dans lequel se tenait un récipient vide ou elle plaça l'autre bout du serpentin.

Satisfaite, elle sortit de l'arrière boutique et se hâta d'aller ouvrir. Elle ne fut pas surprise de trouver Eels planté devant sa porte qui attendait patiemment.

- Tiens donc ! Mais que fais-tu là ? s'amusa-t-elle.
- Je viens te souhaiter une agréable journée.

Un sourire crispé aux lèvres, il lui tendit un magnifique Lys blanc qu'elle prit sans hésiter.

- Une fleur ! Au moins c'est original comme cadeau pour une fleuriste, dis-moi !

Réalisant son erreur, il se rembrunit, honteux devant sa stupidité.

- Mais je te fais marcher ! s'exclama-t-elle hilare. Tu sais bien que j'adore les Lys. Aller, pour me faire pardonner, viens boire quelque chose. Je te dois bien ça depuis tout ce temps.

Elle plaça le Lys derrière son oreille droite comme à l'accoutumé et attendit qu'il prenne sa décision.

- Je voudrais bien, mais je dois aller travailler, je suis déjà en retard... Mais demain soir, il y a la fête pour célébrer le début du printemps... tu voudrais que l'on y aille ensemble ? articula-t-il péniblement, le ventre tiraillé par l'émotion.

- Oh... Je suis désolée, mais j'ai des obligations pour demain. Une autre fois peut-être ?

Eels baissa la tête, déçu. Fain se mordilla la lèvre.

- Bien, à une autre fois alors. Bonne journée.

Sans un mot de plus, le visage défait, il se détourna et s'en alla presque au pas de course.

Fain resta quelques secondes le regard dans le vide alors que son deuxième plus fidèle client n'approche.

- Bien le bonjour, jolie demoiselle, tu n'as toujours pas changé d'avis par rapport à ma proposition d'hier ?
- Non, l'idée ne m'a même pas effleurée l'esprit.
- Ah...
- Et sinon, comment s'est passé ton rendez-vous avec ta nouvelle dulcinée ?

Tandis qu'elle retournait dans sa boutique pour arroser ses fleurs et s'assurer que chacune d'entre elles soient sans défaut, elle eut droit au récit plus ou moins fidèle du rendez-vous de la veille de son visiteur. Elle n'échappa que de peu à ce qui s'ensuivit et qu'il décrivit comme une nuit torride grâce à un nouveau client qui l'arrêta dans son élan.

Elle reçut de nombreux clients qui désiraient offrir ou accrocher à leur maison pour la fête qui se préparait. La joie et la bonne humeur semblait emplir la ville à cette perspective.

À plusieurs reprises, elle s'assura que sa distillation se déroulait comme convenu, rajoutant régulièrement de l'eau et des pétales. Déjà, elle pouvait voir l'huile mêlée à l'eau dans le récipient où plongeait le serpentin. Il ne lui faudrait encore que quelques heures avant d'avoir assez d'essence de fleur et récupérer le résultat de son dur labeur.

En fin d'après-midi, après une journée paisible, bien après que la distillation fut terminée et qu'elle ait versée le précieux contenu du récipient dans un essencier, elle attendit patiemment que le liquide se sépare de lui-même. Quand ce fut fait, elle n'eut plus qu'à recueillir l'essence de fleur qu'elle versa dans une petite bouteille qu'elle avait spécialement faite faire pour l'occasion.

Ravie du résultat et d'en avoir enfin fini, elle alla se changer.

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La nuit était tombée depuis longtemps à présent et le jeune homme trépignait d'impatience, pressé d'en finir, de peur que l'hésitation ne le fasse une fois de plus changer d'avis. Pour s'occuper l'esprit, il vida une fois de plus sur la table le contenu de la bourse qu'il avait acheté le matin même. Excédé, il recompta une fois de plus les écus d'or un par un. Comme il le savait parfaitement, il en décompta cinquante, la moitié de la somme fixée par la louve.

Sa résolution prise depuis plusieurs jours s'effilochait dangereusement au fur et à mesure que l'heure fatidique approchait avec une lenteur exaspérante. Depuis le début, il savait qu'il pouvait arrêter à n'importe quel moment, ce qui lui avait permis de ne pas céder et de continuer tout en laissant sa conscience relativement en paix. Maintenant, il savait que la décision qu'il s'apprêtait à prendre serait définitive et inéluctable. S'il déposait la bourse sur le pas de sa porte, il ne pourrait plus revenir en arrière... et si jamais il ne le faisait pas et qu'il le regrettait, la louve n'accepterait plus de reprendre son contrat...

Perdu dans ses pensées tourmentées, il entendit la porte d'entrer claquer dans son dos. Avec stupeur, il réalisa qu'il venait de déposer l'argent sans qu'il ne s'en soit aperçu. De peur de vouloir la récupérer au dernier moment, il se dépêcha de fermer la porte à clé et d'aller se coucher.

Lorsque la lumière à l'intérieur de la maison fut éteinte, la louve sortie de son abris et s'approcha à pas silencieux de la maison. Son regard attentif ne tarda pas à repérer la bourse qui y avait été jeté devant la porte.

Un grondement sourd monta de sa gorge avant qu'une main ne récupère son dû...
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 15:43

Chapitre Cinq, quatrième partie.


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Elle s'avançait d'un pas détendu et alerte. Il ne lui était pas habituel de se préparer à assassiner quelqu'un en plein jour, mais l'idée de changer un peu ses habitudes ne lui déplaisait guère, au contraire, elle avait horreur de la routine.

Bien que le soleil n'effleurait encore que le sommet des remparts, les rues de la cité se retrouvaient déjà encombrées. Des marchands s'évertuaient à satisfaire les badauds qui désiraient acheter à la hâte les derniers accessoires et ingrédients dont ils auraient besoin pour la fête qui devait débuter en tout début d'après-midi.

Saluant au passage tous ceux qu'elle connaissait de longue date, elle inspira profondément. Elle appréciait ce jour de l'année plus que tout. Partout autour d'elle, les diverses senteurs des fleurs embaumaient l'air avec délice. Selon la tradition, chaque maison, chaque boutique possédait au moins un plant de fleurs à sa fenêtre. Certaines appartenant aux plus riches, possédaient de véritables entrelacements de différentes variétés de fleurs, plus belles les unes que les autres accrochées à chaque fenêtre, porte et même dans de rares cas, les murs tout entiers de la demeure. Bien que la ville se trouve en plein désert, personne ne regardait à la dépense pour honorer cette fête liée à d'anciennes Déités depuis longtemps délaissées, mais toujours honorées en ce jour particulier.

Pour honorer les Dieux en ce jour particulier, des fleurs par centaines étaient amenées pour la plupart du Royaume Azurain, frontalier de Nadoo. Néanmoins, certains fleuristes parvenaient grâce à des aménagements spéciaux à l'abris de la chaleur et bien irrigué, à faire pousser des fleurs ne supportant pas ordinairement un climat aussi aride. Heureusement, Nadoo avait été bâti de façon à se trouver sur le passage d'un fleuve et de plusieurs de ses affluents, l'eau ne manquait donc pas. Un privilège des Dieux en plein désert.

Elle aimait les fleurs. Rien n'était plus beau qu'une fleur se préparant à éclore. Leurs couleurs et leurs senteurs. Certaines, rien que par leurs beautés et leurs parfums, pouvaient vous faire oublier pour un temps la douleur qui vous étreignait le c½ur. Il était d'ailleurs de coutume d'offrir à Nadoo des fleurs aux familles venant de perdre un proche. Tant mieux, là où elle se rendait, il y en avait plein...

Lorsqu'elle arriva devant sa destination, elle prit le temps de l'admirer. Ils s'étaient surpassés. De toutes les maisons qu'elle avait observées pour venir, il s'agissait assurément de la plus belle.

[description de la maison manquante pour problème technique, je m'en excuse ^^"]


Une fois de plus, contrairement à ses habitudes, elle s'engagea dans l'allée sans se cacher et frappa à la porte. Elle savait qu'il n'y avait exceptionnellement personne à l'intérieur, hormis sa cible qui ne se doutait de rien. Quant elle lui ouvrit, visiblement contrariée de devoir le faire elle-même, son regard s'assombrit lorsqu'elle la reconnut. Elle était arrivée pile à temps, la jeune femme ne portait sur elle qu'une simple tunique de soie fine rendu quasi transparente par l'humidité. De toute évidence elle sortait du bain et avait dû revêtir à la hâte le premier vêtement qui lui était tombé sous la main avant d'ouvrir.

Elle lui fit son plus beau sourire.

- Je m'excuse de vous déranger en pareil moment, surtout que vous devez vous préparer pour la fête...

Elle avait adopté un ton amical et chaleureux, celui qui mettait tout de suite en confiance. Personne n'y résistait, elle le savait.

- ... mais je souhaitais m'excuser pour la dernière fois. Je suis vraiment désolée, et je voudrais vous remercier de votre gentillesse. Pour cela, permettez-moi de vous offrir ceci. Cela vous rendra totalement irrésistible.

Elle parut surprise. Elle savait qu'elle se devait de refuser. Qui irait donner un tel cadeau à une inconnue croisée deux jours auparavant ? Pourtant, bien que son instinct lui soufflait de se méfier, l'idée, même saugrenue, qu'un tel cadeau puisse faire succomber l'homme qu'elle convoitait avec tant d'ardeur depuis des mois la faisait trembler d'envie.

Elle se pinça la lèvre hésitante, mais son regard ne pouvait déjà plus se détacher du présent si prometteur. Son c½ur s'emballait sous l'émotion, mais pas autant que son esprit déjà perdu dans le divin espoir de se retrouver dans les bras de son si bel amant. La promesse d'une volupté sans pareil qui s'en échappait lui était terriblement tentatrice et lui procurait déjà de douces sensations.

- Je...

Elle avait gagné, elle le savait. L'appât avait encore mieux fonctionné qu'elle ne l'avait pensée.

- Tenez, prenez-le. Vous m'en direz des nouvelles...

Ce fut trop. Avec avidité, elle s'empara du cadeau. Elle n'avait plus qu'un désir, que sa bienfaitrice s'en aille sans plus tarder pour qu'elle puisse le tester aussitôt.

- Merci, souffla-t-elle avec précipitation, mais je suis occupée je...
- Je comprends, je comprends, je m'en vais. Je repasserai peut-être pour savoir si cela vous a plu.
- Bien, bien. Au revoir !

La porte se referma avec un claquement sec. Kalisha s'y adossa quelques secondes, son précieux cadeau serré entre ses mains contre sa poitrine. Une joie infinie l'inonda. Pleine d'espoir, elle se précipita en riant gaiement vers les escaliers en marbre blanc et les grimpa à toute vitesse pour se diriger vers ses appartements dont les fenêtres étaient grandes ouvertes.

Avec délicatesse, elle déposa sa précieuse fiole de parfum sur le meuble le plus proche. L'émotion était si forte, qu'elle tremblait de tout son corps et avait peur de la faire tomber. Après avoir inspirée de longues goulées d'air et s'être un peu calmée, elle retira sa tunique de soie. Elle apprécia les courants d'air encore frais de la matinée sur son corps nu encore humide du bain qu'elle venait de prendre. Face à son miroir, elle effleura du revers des mains les courbes gracieuses de ses hanches et savoura sa beauté. Elle était sûre d'arriver à ses fins. Il ne pourrait jamais lui résister. Mais ce parfum, s'il était vrai qu'il possédait les qualités qu'on lui avait prêtées, servirait à accélérer agréablement les choses.

Elle avait déjà tout prévu. Elle savait que par son statut, il serait obligé d'être de bonne heure sur la place centrale. Elle avait bien l'intention de l'y rejoindre au plus tôt et s'approcher d'assez près pour le faire succomber.

Fière de son plan, elle reprit la fiole et la déboucha. Curieuse, elle en huma le parfum avec circonspection de peur qu'un tel filtre n'ait comme défaut d'être éc½urant. Contre toute attente, la fragrance en était divine et entêtante. Béate, elle jubila de sa bonne étoile qui lui avait offert un tel présent. Sans plus perdre de temps, elle fit couler quelques goutes sur ses doigts et appliqua le parfum sur son cou, ses poignets ainsi que ses cheveux. Elle reboucha ensuite la fiole et la reposa en sûreté.

Elle récupéra par la suite ses habits qu'elle enfila l'un après l'autre avec excitation à l'idée de ce qui aurait bientôt lieu. Son c½ur ne cessait de battre à tout rompre à cette pensée. Après s'être vêtit de sa robe mettant parfaitement en valeur son corps, et dont le corsage audacieux ne laisserait personne indifférent, coquette, elle récupéra une fois de plus la fiole de parfum et récupéra deux gouttes de plus du précieux liquide sur son doigt qu'elle apposa à la naissance de ses seins. Satisfaite, elle reposa définitivement la fiole et tenta de démêler ses cheveux en attendant que quelqu'un vienne les lui coiffer.

Elle venait à peine de s'emparer du peigne qu'elle sentit un frisson parcourir son corps tandis que son c½ur commençait à battre de façon désordonné. Sous le choc, elle s'écroula au sol. La panique ne tarda pas à la gagner lorsque son corps ne réagit plus comme elle l'entendait. Déjà elle se sentait engourdie. Son c½ur ne cessait de ralentir, sa tête lui tournait. Elle tenta d'appeler à l'aide, mais personne ne répondit à son appel. Usant de ses dernières forces, elle voulut se rapprocher de la fenêtre.

Elle ne sentait déjà plus ses jambes, et ses bras devenaient eux aussi insensibles. Elle n'avait parcouru qu'une faible distance lorsqu'une ombre noire sauta sur le balcon. Elle se figea. Sa vue, brouillée par les larmes, ne lui permettait plus d'être sûre de ce qu'elle voyait et sa poitrine ne cessait de la faire souffrir.

Elle essuya ses larmes avec précipitation et vit ce dont il s'agissait. Le raclement des griffes sur le marbre, le corps noir avec ses quatre puissantes pattes, une gueule emplie de crocs acérés, un regard argenté. Terrifiée, elle reconnut le loup qui selon les rumeurs vengeait qui le lui demandait...

Retrouvant soudain des forces, elle se redressa et recula précipitamment. Mais le loup avança également. Jusqu'au moment où il s'immobilisa, et que son collier se mette à luire d'une faible lueur.

Le corps du loup changea et se métamorphosa. Sous le regard éberlué de Kalisha qui se pétrifia, il se redressa sur ses membres inférieurs qui s'allongèrent alors que ses poils disparaissaient. Bientôt, incrédule, elle reconnut ce qu'il était soudain devenu.

- Tu... Tu es Fain ! La fleuriste !

Le regard calme et froid de l'intrus se fixa dans le siens.

- Pas tout à fait...

Kalisha remarqua alors l'étrange accoutrement de la fleuriste. Un vêtement moulant, presque comme une seconde peau, fait de cuir noir et mat, décoré d'un plastron ornemental et protecteur la couvrait de la limite inférieure du thorax au cou jusqu'aux mains gantées de la même manière. Son pantalon, terminé par des bottes était identique. De nombreuses armes blanches étaient disséminées un peu partout sur son corps. Une épée courte était placée dans son dos à laquelle une cape repliée était accolée, de fines dagues et trois poignards plus imposants dans des fourreaux sanglés un peur partout sur sa combinaison et... de petites fioles accrochées à sa ceinture. Les diverses liqueurs qu'elles contenaient laissaient entrevoir derrière leurs couleurs chatoyantes tout le potentiel meurtrier liquidien qu'elles renfermaient. Hormis son ventre laissé à découvert, elle était vêtue et possédait tout de l'attirail d'un assassin.

- Je suis Janea.

Kalisha hurla de terreur. Devant elle se réalisait son pire cauchemar alors qu'elle prenait lentement conscience que la légende n'en était pas une. Que la promesse de mort était belle et bien réelle et qu'elle était la cible de ce monstre.

Elle tenta de se relever sans succès. Au même instant, elle sentit son c½ur émettre de lents et puissants battements qui la firent hurler de douleur. Les larmes coulaient le long de ses joues en réalisant ce qu'il lui arrivait.

Janea s'agenouilla devant elle et lui attrapa le visage avec fermeté. Kalisha à bout de force ne réagit pas.

- J'aurais peut-être dû te dire que ce parfum rend bel et bien irrésistible, certes, mais auprès de la mort seulement ?

Le regard déjà vitreux de Kalisha s'ouvrit en grand sous la surprise.

- Pourquoi ? Pourquoi moi ! gémit-elle faiblement.

Janea l'observa le regard dur.

- La jalousie ne peut mener qu'à des actes de folies... Mais de là à tuer sa rivale... Vous auriez dû songer que les personnes qui lui étaient proche désireraient la venger, quoi qu'il leur en coûte...
- Je ne l'ai pas tuée ! Ce n'est pas moi !

L'assassin ne tint pas compte de ses supplications, insensible.

- Saviez-vous que son frère vous aimait ? Mettre un contrat sur votre tête l'a harassé.
- Je n'ai rien fait ! rugit une dernière fois Kalisha avec moins de conviction.

Janea s'écarta et retourna vers la fenêtre.

- Vous qui tenez un jardin et qui en êtes si fière. Vous auriez mieux fait d'apprendre leur langage secret... Pour votre gouverne, offrir une fleur de Belladone porte malheur tandis que le Tournesol, lui, signifie que le complot est démasqué...

De sa ceinture, Janea retira deux brins de digitale pourpre – la fleur dont elle s'était servie pour préparer le parfum – et retourna auprès de Kalisha dont le corps, prit de derniers tremblements, cessa de vivre au moment même où elle les déposa sur la poitrine de Kalisha dont le regard reflétait une peur insondable.

La porte d'entrée s'ouvrit. Janea récupéra la fiole de parfum qu'elle glissa dans une bourse accrochée à sa ceinture et ressortit par le balcon avant de sauter. Elle atterrit avec souplesse sur le sol au moment même où la servante arrivait dans la chambre et découvrait le corps sans vie de sa Maîtresse.

Janea pressa la deuxième rune de son bracelet avec calme et ses vêtements changèrent pour devenir une simple robe de soie de couleur rouge.

Fain récupéra son panier plein de fleurs multicolores et sortit de la propriété le pas léger, un sourire enchanteur aux lèvres, alors que les cris horrifié de la servante retentissait dans son dos...

*
* *


La rumeur avait déjà fait le tour de la ville. La fille de ***** Bregan, Kalisha, était morte de façon mystérieuse. Lorsqu'il l'avait appris, son c½ur avait manqué s'arrêter. La joie d'avoir vengé sa s½ur l'avait étreint un court instant avant de rapidement laisser place à la douleur et la tristesse. La douleur de se savoir devenu un meurtrier par main interposée, et la tristesse de savoir que celle qu'il aimait de tout son être venait de quitter ce monde. Il avait passé la moitié de la journée, seul, à pleurer toutes les larmes de son corps.

Las et dépité, au bord de la crise de nerf après tous ces jours de peur et de doutes, il récupéra la bourse contenant la seconde moitié du paiement. Les larmes aux yeux, il se dirigea vers la porte. Même de chez lui, il pouvait entendre les cris des fêtards hurler leur joie à plein poumon plusieurs rues plus loin.

Lorsqu'il ouvrit la porte, il sursauta et laissa échapper un cri d'effroi. Devant lui, la louve, allongée, semblait attendre.

- Dé... Désolé ! Je n'ai pas fait attention à l'heure !

Précipitamment, il déposa la bourse devant lui sans toutefois la jeter, de peur que la louve ne le prenne mal. Elle sembla néanmoins ne pas y faire attention et continuait de l'observer, la tête légèrement penchée sur le côté, comme perplexe ou... attristée de son sort...

Elle se releva et s'approcha avec lenteur – pour ne pas l'effrayer assurément – pensa-t-il, et frotta sa tête contre sa jambe en signe de réconfort. Aussi étrange que cela puisse être, il se sentit mieux.

Avant qu'il ne puisse réaliser ce qu'elle venait de faire, elle récupéra la bourse dans sa gueule et s'éloigna jusqu'à disparaître dans la pénombre...


[Désolé pour les photos manquantes sur ce nouveau chapitre, j'en ajouterai plus tard...]
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 15:45

Chapitre Cinq, première partie.

Chapitre Cinq, première partie.
CHAPITRE 5





Peu de temps après qu'Enguerrand fut parti au village. Cyliana sortit se promener pieds nus dans la forêt, afin de se détendre un peu avant de reprendre la route. Elle appréhendait le voyage. Elle avait peur de tomber entre les mains d'un nouveau bourreau. Kriar eut beau la rassurer, elle n'arrivait pas à se sortir ses idées de la tête. Il lui proposa alors d'aller se baigner dans le lac. Au début, elle hésita, mais il lui assura que ça la détendrait, alors elle finit par se décider.

Arrivée face au lac, elle resta quelques instants à admirer le paysage. Cet endroit était si paisible. Il régnait ici un calme que Cyliana n'avait jamais connu. Ici, l'on aurait pu se croire loin de tout. Elle aurait presque pu oublier les problèmes qui l'attendaient, et cette incertitude qui pesait lourd sur ses épaules.

Elle s'assura qu'il n'y avait personne aux alentours, puis elle se déshabilla. Elle s'approcha ensuite du lac et y trempa un pied. Elle savoura la fraîcheur de l'eau, qui contrastait avec la moiteur de la matinée. Elle entra petit à petit dans l'eau, jusqu'à en avoir jusqu'au cou. Sur les conseils de Kriar, elle ferma les yeux, et écouta la nature qui l'entourait. Elle avait rarement ressenti une telle sérénité.

Au bout de ce qui lui parut n'être que quelques minutes, Kriar la prévint qu'Enguerrand était rentré, et qu'il les attendait à la maison. Surprise, elle ouvrit les yeux et lui demanda combien de temps elle avait passé dans l'eau. Kriar moqueur, lui apprit qu'elle y était restée presque deux heures. Étonnée, elle se dépêcha de sortir. Elle s'aperçut à ce moment là, qu'elle n'avait rien pour se sécher. Elle attendit donc un peu au soleil avant de se rhabiller. Puis elle retourna rapidement à la maison avec Kriar.

De retour à la maison, Enguerrand lui apprit qu'il avait récupéré son sac.

- Comment as-tu fait ? demanda-t-elle curieuse.
- Pour tout te dire, pas grand-chose. Ce sont deux des hommes du chasseur qui me l'ont donné.
» En fouillant ton sac, ils sont tombés sur la lettre de Hyamon où figurait le sceau Royal. Ils l'ont donc fait lire au notaire, et à ce moment là, ils ont compris qu'ils avaient commis une grosse erreur. Du coup, lorsqu'ils m'ont aperçu ce matin au village, ils me l'ont donné et m'ont demandé de te transmettre leurs excuses.
- S'ils croient que je vais leur pardonner après tout ce qu'ils ont fait ! s'indigna Cyliana.
- C'est ce que je leur ait dit. Mais il y a quelque chose qui a changé dans leur comportement depuis hier... Pour tout te dire, le village entier a changé. Aujourd'hui ils me regardaient terrorisés.
- Après ce que tu as fait, dit Cyliana amusée, c'est compréhensible... Mais toi aussi tu as changé depuis hier, n'est-ce pas ?

Enguerrand la regarda mal à l'aise, ce qui accentua son sourire. Elle en profita pour vérifier que rien ne manquait dans son sac. Lorsqu'elle trouva la lettre, elle la tendit aussitôt à Enguerrand.

- Tiens ! Pour que toi aussi tu n'ais plus aucun doute sur ma venue.

Enguerrand prit la lettre et la lut rapidement. Il reconnut immédiatement l'écriture de Hyamon. Ses derniers doutes furent alors balayés, ce qui le soulagea grandement. Il rendit la lettre à Cyliana qui la mis aussitôt en sécurité.

- Attend Cyliana, s'exclama Kriar, il peut encore s'imaginer que tu l'as falsifiée avant de venir ici !

Enguerrand fixa Kriar mécontent. Mais le loup fit celui qui n'avait rien vu. Cyliana sourit et caressa la tête de Kriar.

- Quelque chose me dit que tu ne dois pas t'ennuyer un instant avec un loup pareil !

Enguerrand, maintenant plus détendu, rendit son sourire à Cyliana.

- Je ne te le fais pas dire, c'est un vrai petit monstre. Au fait, viens voir ce que je t'ai achetée.

Elle s'approcha de la table et Enguerrand lui montra alors les vêtements de voyage qu'il lui avait achetés. Ils étaient discrets, afin de passer le plus inaperçu possible. Il lui expliqua que sa robe était trop différente de celles portées en Azurain, et qu'il était donc préférable de ne pas se faire remarquer. Ce que Cyliana accepta volontiers. Elle partit aussitôt se changer dans la chambre.

Enguerrand, pendant ce temps, préparait son paquetage. Vérifiant qu'il n'avait rien oublié. Puis il revêtit son uniforme de la Légion. Kriar, quand à lui, attendait patiemment que tout le monde fût prêt.

Quand Cyliana réapparut, Enguerrand remarqua que la tenue lui allait parfaitement. Et bien qu'il regretta sa robe - car elle lui allait à ravir -, il la trouva tout aussi sublime habillée ainsi. Il lui donna alors un couteau, et une cape munie d'une capuche semblable à la sienne. Il lui expliqua embarrassé, qu'il faudrait qu'elle mette la capuche lorsqu'ils seraient sur la route. Afin d'éviter que les voyageurs ne s'aperçoivent de la Marque sur son front. Cyliana acquiesça attristée.

Quand ils eurent une nouvelle fois vérifié qu'ils n'avaient rien oublié, ils se décidèrent enfin à partir. Cyliana avait revêtu la cape, sans toutefois mettre la capuche, mais Enguerrand savait qu'elle appréhendait le voyage. Il essaya de la rassurer, de lui dire que tout se passerait bien. Mais il sentait qu'elle n'était pas tout à fait convaincue.

Cyliana eux la surprise de s'apercevoir qu'Enguerrand lui avait également acheté un cheval. Elle ne sut comment le remercier, mais il lui assura que ce n'était rien.

Après avoir attaché tout le paquetage sur les chevaux, ils partirent enfin.

Pendant le reste de la matinée, ils traversèrent la forêt en direction de Sautour. Cyliana voulait tout connaître de la vie d'Enguerrand. Il la lui raconta volontiers, et Kriar se faisait un plaisir de rajouter quelques infos croustillantes sur la vie de son jeune maître.

Cyliana apprit par exemple, qu'Enguerrand avait reçu Kriar le jour de son entrée dans l'ordre des Sorciers. Elle apprit également que Kriar était un véritable loup qui avait été mêlé à la Magie, et que c'était lui qui avait choisi Enguerrand et non le contraire.

Quand Enguerrand voulut connaître à son tour la jeunesse de la Keltane, Cyliana se renfrogna. Pendant plusieurs minutes elle resta le regard fixé sur la crinière de son cheval. Quand elle sortit de ses pensées, ce fut pour lui dire qu'elle préférait ne pas en parler.

Enguerrand, qui n'était d'ordinaire pas très curieux, ne pouvait cette fois-ci s'empêcher de se poser toutes sortes de questions. Est-ce que toute son enfance avait été un véritable enfer ? Que lui était-il arrivé ? Qui était-elle ?

De toutes les questions qu'il se posait, c'était cette dernière qui l'occupait le plus. Il savait que Kriar connaissait pratiquement tout de sa vie maintenant qu'il était lié à elle. Il connaissait à présent la plupart de ses souvenirs et toutes ses pensées. Mais Enguerrand ne chercherait jamais à le savoir de cette façon, bien que ce fût extrêmement tentant. Et puis de toute façon, Kriar aurait refusé.

En début d'après-midi, ils s'arrêtèrent dans une petite clairière à côté de la route pour se restaurer. Ne parlant presque plus depuis l'incident. Il voyait bien que Cyliana était de plus en plus mal à l'aise, ne sachant pas comment réagir. Elle connaissait à présent une grande partie de la jeunesse d'Enguerrand, mais lui, ne savait rien d'elle.

# Posté le lundi 24 avril 2006 13:01

Modifié le mardi 12 juin 2007 09:31