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Si jamais ta demande est acceptée, tu recevras la nuit suivante sur le pas de ta porte sa marque ainsi que le prix fixé pour le sang versé...
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Au Royaume de Nadoo, en plein c½ur de la capitale Tandjadis, la nuit avait enveloppée la ville. Commerçants et passants avaient désertés les rues devenues sombres depuis longtemps. Seuls quelques braseros permettaient encore d'éclairer les rues à certains endroits stratégiques, là où se réunissaient les soldats à la fin de leur patrouille pour se réchauffer un peu.
Dans cette atmosphère obscure et oppressante, un jeune homme ne dépassant pas la vingtaine avançait à pas lent et hésitant le long des étroites ruelles du quartier Nord de la cité. Sa plus grande préoccupation du moment était de ne pas se faire voir. Son objectif – la poterne des remparts – ne se trouvait plus qu'à quelques toises. Déjà, il pouvait l'apercevoir, exacerbant d'autant plus son impatience d'y parvenir.
Plus il s'avançait, plus son c½ur s'emballait sous l'adrénaline qui avait envahit son corps lorsqu'il avait prit sa décision d'y aller. Le risque de se faire repérer augmentait au fur et à mesure qu'il approchait des enceintes extérieures de la ville. Le sable recouvrant une grande partie des pavés en pierre rouge les rendait dangereusement glissant lorsque la rue descendait ou montait selon la configuration de la cité. S'il ne prenait pas garde et chutait, cela ne passerait sûrement pas inaperçu.
Arrivé au dernier carrefour le conduisant aux remparts, il remarqua de la lumière. Pris de panique, il se plaqua contre le mur à sa droite et bloqua sa respiration par réflexe. Les voix graves et assurées de plusieurs soldats se firent plus nettes après quelques secondes. Reprenant sa respiration dans une inspiration brutale et incontrôlée, il eu peur de s'être fait repérer lorsqu'il constata que le silence venait subitement de reprendre ses droits.
Terrifié à l'idée de se faire prendre si près du but et sans excuse valable, il chercha désespérément autour de lui une cachette qui lui permettrait d'échapper à la surveillance des sentinelles. À son grand malheur, il ne vit rien d'assez grand pour le masquer à la vue de quiconque. Seuls quelques détritus jonchaient le sol. Il repensa alors à un étal vide à l'autre bout de la ruelle derrière lequel il n'aurait eu aucun mal à se cacher. Il n'avait eu le temps d'esquisser le moindre geste que la patrouille passa à côté de lui sans, heureusement, tourner, ni regarder dans sa direction. Soulagé, il les laissa passer et attendit plusieurs minutes après que la lueur des torches se soit dissipée avant d'oser bouger et traverser le carrefour redevenu paisible.
Quelques secondes plus tard, il se retrouvait enfin devant la poterne. Il l'avait repéré depuis plusieurs jours alors qu'il échafaudait son plan, afin d'être sûr de ne pas se perdre la nuit venue. Mais son objectif atteint, le doute s'emparait de lui. S'il franchissait cette porte, il ne pourrait quasiment plus faire marche arrière, et il n'était toujours pas sûr de vouloir faire ce qu'il avait décidé... Ses sentiments se livraient une bataille acharnée. La haine, l'amour, la raison s'entredéchiraient.
Après une nouvelle lutte intérieure qui le laissait exsangue et ou seule l'indifférence était encore présente, il débloqua la porte et en retira le loquet. Il n'avait aucunement envie de se faire prendre maintenant. Une fois la porte grande ouverte, il attacha la corde qu'il avait apportée avec lui à un des montants et jeta le reste dans le vide. Il prit une rapide inspiration et descendit prudemment au fond du fossé encerclant la cité.
Une fois qu'il eut grimpé de l'autre côté, il se hâta de s'éloigner des remparts afin de ne pas être repérer par les sentinelles.
Toujours hésitant, les nerfs à vifs, il fit le tour de la ville, vérifiant à chaque pas que personne ne le pourchassait ou ne le surveille. Il n'arrivait pas à voir à plus de dix pas devant lui. Sans la lune pleine cette nuit-là, il n'aurait pu se diriger convenablement. Quand il discerna les premières statues et stèles, il sut qu'il était enfin arrivé à destination. Le cimetière se dressait devant lui, immense et sinistre. Les morts y étaient enterrés depuis des siècles, certaines d'entre-elles avaient étés sceller par magie pour que quiconque y pénètre par effraction en devienne le gardien... Les nombreuses rumeurs et légendes entourant ces tombes pour la plupart oubliée le terrifiait, d'autant plus que nombreuses d'entres-elles prenaient effets à la nuit tombée... Chaque souffle de vent, chaque bruit suspect le terrifiait. Le moindre grain de sable effleurant sa nuque le pétrifiait d'épouvante.
Refusant de céder à la panique et de rebrousser chemin, il serra les poings et continua d'avancer. Ignorant les crampes qu'il avait à l'estomac, il chercha désespérément ce qu'il était venu trouver.
Il avait déjà parcouru la moitié du cimetière sous l'air glacial de la nuit sans que quoi que ce soit ne se soit présenté à lui, hormis les sépultures plus angoissantes les unes que les autres. Certaines, pour les plus anciennes, étaient ornées de statues représentant des Dieux et Déesses des temps anciens. Il avait la désagréable impression que leur regard vide suivait sa progression à travers ce qui était devenu leur havre de paix, comme s'il le surveillait...
Au bord de la crise de nerf, d'autant plus agacé qu'il n'avait toujours rien trouvé, il pesta haut et fort, sûr qu'on lui avait joué une mauvaise farce. Pourtant, n'ayant plus rien à perdre, il se décida au prix d'un intense effort et de mauvaise grâce de terminer de faire le tour du cimetière.
Revenu à son point de départ, dépité, il se prépara à rejoindre la ville lorsqu'il entendit du bruit derrière lui. Tendu, il se retourna tout en cherchant son couteau à sa ceinture, prêt à se défendre. Au début, il ne vit que deux points luminescents de couleur argenté. Prit de panique, il recula précipitamment, certain qu'un ancien Dieu allait en finir avec sa vie. Quand son poursuivant s'approcha un peu plus, sortant de l'ombre d'une imposante sépulture, il émit un hoquet de surprise et d'admiration. À quelques toises de lui, une splendide louve au pelage noir luisant de reflets violets sous les rayons de lune lui faisait face, un collier finement ciselé de la même couleur autour de son puissant cou. Ses yeux aux pupilles argentés dont une lueur d'intelligence se reflétait le fixaient avec patience, attendant qu'il s'habitue à sa présence. Bien que la panique manquait de le gagner à tout instant, il tenta de se calmer. Maintenant qu'il avait la certitude qu'il ne s'agissait pas d'un mythe, ce qui lui restait de courage et de résolution s'effritait irrémédiablement.
Il recula un peu plus et manqua de tomber dans une fosse fraichement creusée. Il retrouva l'équilibre de justesse pour s'apercevoir que la louve s'était encore rapprochée et se trouvait désormais juste devant lui.
N'ayant plus le choix, il se lança :
- Vous... vous êtes là pour accomplir ma vengeance ? C'est bien ça ?
La louve pencha la tête sur le côté et grogna légèrement, ce qu'il prit pour une approbation tout comme une invite à continuer. Le c½ur battant à tout rompre, il tenta une fois de plus de se calmer. Il était venu pour ça après tout.
- Je désire louer vos services.
Comme si elle avait compris, la louve s'allongea sans le quitter des yeux et sembla attendre qu'il raconte la suite.
Ne sachant que faire, il l'imita et s'assit par terre, bien que peu rassuré de se retrouver si proche de l'impressionnante mâchoire du redoutable prédateur, seul au milieu d'un cimetière...
- Je voudrais que vous assassiniez la personne qui a tué ma s½ur !
Il sembla distinguer un changement dans le regard de la louve, comme un intérêt soudain à ce qu'il s'apprêtait de raconter.
- Il y a de cela plusieurs mois, ma s½ur (il sortit un papier de sa bourse qu'il déplia et plaça à l'envers devant lui avant de pointer le premier nom inscrit dessus, afin d'être sûr que personne ne puisse l'entendre si jamais ils étaient espionnés, même s'il en doutait sérieusement.), elle s'est éprise d'un jeune homme que je ne connais que de vue... Celui-ci semblait d'après elle lui témoigner de l'affection, mais je n'ai jamais su si elle disait vrai... Néanmoins depuis peu, une autre jeune femme du nom de (il pointa le deuxième non de la liste.), s'est éprise du même homme. Depuis, ma s½ur et elle se sont livrées un combat acharné pour attirer son attention.
Le regard de la louve avait encore changé, cette fois-ci il avait l'impression qu'elle était contrariée... il espérait se tromper.
La voix serrée par l'émotion, il continua, au bord des larmes, ces sentiments de nouveaux en conflits :
- Il y a de cela douze jours, ma s½ur a été empoisonnée, certainement à la belladone. Je suis sûr que c'est elle ! J'ai appris qu'elles en étaient venues à se disputer et se battre publiquement alors qu'elles s'étaient croisées dans une rue presque déserte. Je n'ai pas compris que cela ne pouvait qu'empirer... Si je l'avais su j'aurais... Mais j'ai... j'ai convaincu ma s½ur de ne pas baisser les bras...
La louve releva la tête, cette fois-ci visiblement en colère.
- J'espérais qu'il tombe amoureux de ma s½ur, comme ça... je l'aimais ! Je l'aime toujours... Mais elle a tué ma s½ur... Il faut que vous fassiez quelque chose ! Vengez l'honneur de ma s½ur, je vous en prie !
À peine avait-il finit de raconter les faits que la louve se releva et semble attendre quelque chose. Perplexe, il réfléchit, ne sachant pas exactement ce qu'il devait faire.
- Je vous paierai !
La louve grogna. Vraisemblablement, ce n'était pas ce qu'elle attendait de lui. Puis il se souvint.
- Je souhaite qu'elle meure de la même manière que ma s½ur. Mais... je veux qu'elle ait le temps de réaliser ce qui lui arrive...
Comme satisfaite de la réponse, elle se détourna et disparu dans la nuit. Se retrouvant de nouveau seul, il souffla. Toute la tension accumulée dans la soirée s'évapora soudain et il se sentit épuisé, au bord de l'évanouissement.
Chancelant, il retourna à pas lents vers la poterne...
