- Je te remercie de ne rien lui avoir dit sur moi hier soir... dit-elle reconnaissante.
- Ce n'était pas très dur, je ne connais presque rien de toi.
Cyliana le regarda la mine triste.
- Ce soir, arrivé à Sautour, je te dirai tout avant de te quitter...
- On verra ça, mais pour l'instant, le plus important est d'arriver ! Alors pour ne pas perdre de temps, je vais préparer tout de suite le petit-déjeuner. Tu veux bien aller réveiller Girald ?
Cyliana lui sourit.
- j'y vais de ce pas.
Elle se releva et porta aussitôt une main sur sa poitrine. Elle chancela un peu et essaya de reprendre sa respiration. Enguerrand inquiet, la fit asseoir.
- Ne bouge pas, reste tranquille.
- Kriar tu ne devais pas essayer de soulager un peu ses douleurs ?
- Et tu crois que je fais quoi ! s'exclama-t-il tout aussi inquiet. Je t'ai prévenu que cela n'aurait qu'un effet limité, et pourtant, je la soulage, tu peux me croire. Sans moi, je doute qu'elle puisse tenir debout...
Enguerrand en fut interloqué, et même terrorisé. Cyliana qui avait du ressentir ses sentiments le regarda inquiète.
- C'est normal que ta douleur ne veuille pas disparaître ?
- Je ne sais pas... Je ne crois pas...
- Comment ça tu ne sais pas ?
Cyliana le regarda angoissée.
- J'ai obtenu mes nouvelles fonctions dans la précipitation lorsque nous avons reçu la lettre de Hyamon. Je n'avais pas totalement terminé ma formation et... ça ne s'est pas déroulé exactement comme cela aurait dû...
Enguerrand prit conscience qu'il venait encore plus d'alarmer Cyliana avec ses questions.
- Ne t'inquiète pas, je suis sûr que Hyamon saura quoi faire ! Je vais réveiller Girald nous allons partir le plus rapidement possible.
Enguerrand réveilla Girald, puis il prépara le repas. Après avoir mangé et tout rangé, Cyliana s'éloigna un peu du campement et revêtit de nouveau sa robe. Enguerrand avait tenté de l'en dissuader, mais elle lui avait expliqué qu'elle devait se présenter ainsi devant Hyamon pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté possible. Enguerrand se résigna et ils repartirent en direction de Sautour.
Le voyage se passa calmement. Prima faisait des ronds dans le ciel pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Mais avec toute la circulation sur la Voie Royale, il était dur de distinguer des poursuivants. Même pour Prima, qui était capable de repérer tout élément suspect, même très haut dans le ciel.
Bien qu'il n'y avait aucun problème, Girald sentait que quelque chose n'allait pas. Enguerrand était trop pressé d'arriver à Sautour et Cyliana restait silencieuse. Il avait également remarqué la main de la Keltane qui restait constamment sur sa poitrine. Il eut la certitude qu'on lui cachait quelque chose.
En début d'après-midi, Enguerrand fut ravi d'apercevoir enfin au loin les remparts de l'île bordant le fleuve Seinadour. Cependant, plus ils approchaient des remparts, plus la circulation était intense.
En milieu d'après-midi, lorsqu'ils arrivèrent aux remparts de l'île, ils durent attendre un long moment sur le pont traversant le fleuve avant de pouvoir entrer. Les soldats inspectaient tous les chargements et tous les voyageurs entrant sur l'île. Enguerrand demanda à Cyliana de lui donner la lettre de Hyamon, afin qu'il puisse la remettre aux sentinelles.
Quand ils arrivèrent enfin à l'entrée, les soldats s'approchèrent d'eux, las. L'un des soldats demanda à Cyliana de baisser sa capuche pour qu'il puisse voir son visage. Cyliana, après avoir questionné Enguerrand du regard, obéit. A peine les soldats eurent-ils compris qu'il s'agissait d'une Keltane, qu'Enguerrand leur donna la lettre.
L'un des soldats prit la lettre, pendant que les autres surveillaient Cyliana méfiants, la main sur la poignée de leur épée, prêts à dégainer. Le soldat qui avait récupéré la lettre la lut longuement. Non pas qu'il voulait s'assurer de sa véracité, mais plutôt qu'il la déchiffrait péniblement, rendant Cyliana de plus en plus nerveuse. Après un moment qui lui parut une éternité, le soldat rendit la lettre à Enguerrand et les laissa passer. Demandant tout de même qu'une escorte les accompagne.
Dix soldats à cheval les escortèrent jusqu'au château. Ils suivirent la voie Royale qui continuait après les remparts. Ils traversèrent ainsi une plaine avant d'arriver à la grande ville de Sautour. Cyliana s'aperçut à ce moment là qu'elle avait oublié de remettre sa capuche. Elle entendait déjà les commentaires et les injures des villageois sur son passage, mais elle les ignora. Lorsqu'ils sortirent enfin de la ville, Cyliana découvrit une nouvelle plaine, complètement dégagée face à l'imposant château de Sautour. Cyliana fut surprise par sa taille, il donnait une impression d'invulnérabilité qui ne lui déplut pas le moins du monde, sachant ce qu'il signifiait.
Arrivés au château, ils durent passer les cinq lignes de remparts qui protégeaient l'accès au donjon. Cyliana ne pouvait s'empêcher de tout contempler. Quand ils traversèrent la porte du premier rempart, elle remarqua que des deux côtés de la voie Royale, se dressaient des statues moitié plus grandes qu'un Humain, représentant des soldats en armure. Elles avaient toutes une lance ou une épée à la main et un bouclier de l'autre. Il n'y en avait pas une seule de semblable. Enguerrand lui dit qu'elles étaient extrêmement nombreuses au sein du château, car il y en avait ainsi jusqu'au donjon.
La première ligne de rempart entourait le piton rocheux sur lequel se trouvaient les différentes lignes de défense. La deuxième ligne de remparts surplombant la première. Ce qui étonna Cyliana, c'était le niveau du sol derrière la deuxième ligne de défense qui arrivait quasiment au sommet du rempart. Enguerrand lui expliqua que cela permettait d'emmener toutes sortes de machines de guerre, comme des catapultes. Les deux dernières lignes de défense, quand à elles, s'élevaient l'une au dessus de l'autre.
Quand ils arrivèrent enfin à la porte du cinquième rempart, Cyliana remarqua que ce n'était plus de simples soldats qui le protégeaient, mais des soldats de la Légion "Eternelle". Enguerrand lui expliqua discrètement, que la cinquième ligne de remparts ainsi que le donjon, étaient exclusivement protégés par la Légion. Lorsqu'ils arrivèrent à la porte, ils furent arrêtés. Le Sergent en charge de la porte demanda à voir de nouveau la lettre de Hyamon. Après l'avoir lue, il renvoya l'escorte et en forma une nouvelle composée exclusivement de soldats de la Légion. Le Sergent décida de les accompagner jusqu'à destination.
Passé cette porte ils se retrouvèrent au sommet du piton rocheux. Cyliana fut subjuguée par ce qu'elle vit. Les statues bordaient toujours la voie, derrière elles, se trouvaient de magnifiques arbres que l'on aurait dit enchanté tellement ils étaient parfaits. À la fin de la voie royale se dressait le donjon protégé par ses propres remparts.
Les derniers remparts franchis, Cyliana découvrit une cour parfaitement entretenue. La rue qui la traversait était longée de magnifiques parterres de fleurs et sur la gauche, un peu plus loin, se trouvait une fontaine. En son centre, deux statues représentaient des soldats protégeant un Sorcier qui semblait posséder un Sceptre.
Enguerrand lui expliqua que le Sorcier en question était Cerollin. Celui qui avait créé la barrière magique empêchant à tout les ennemis de traverser le fleuve Seinadour, et ainsi d'envahir le reste du continent. Il lui expliqua également, que c'était depuis ce jour que Sautour était réellement devenu une place stratégique. Seul le deuxième bras du fleuve était protégé à cet endroit. La légende voulait que le seul moyen pour l'ennemi de détruire la barrière magique, était de conquérir le château de Sautour – qui se trouvait en dehors de la protection – d'y trouver le Sceptre et de le détruire. Cyliana écouta Enguerrand avec attention, il remarqua cependant qu'elle avait un léger sourire moqueur.
Arrivés devant le donjon, des écuyers vinrent leur prendre leurs montures pour les mener à l'écurie. Girald prit alors Prima sur son bras. Puis le Sergent de la Légion leur demanda de le suivre. Cyliana se tenait aux côtés d'Enguerrand car elle ressentait la haine que certains des soldats de l'escorte lui vouaient. Mais décidée à ne pas se laisser intimider, elle n'y prêta pas attention et continua son inspection du château. Elle regardait émerveillée le Donjon immense qui se dressait face à elle. Elle n'eut pas le temps de s'attarder, déjà ils y pénétraient.
Ils se retrouvèrent dans un hall tout aussi immense que le laissait présager la taille du donjon. Cyliana n'en avait jamais vu d'aussi grand et d'aussi beau. Des statues ornaient le hall, et les murs étaient couverts de tentures représentant des batailles et légendes Azuriennes. La pierre, d'une blancheur éblouissante, tranchait radicalement avec la pierre grise des remparts.
Le Sergent les conduisit vers l'immense escalier qui se dressait face à l'entrée. Ils grimpèrent plusieurs étages puis se retrouvèrent devant un grand couloir qui menait à la salle du trône. Cyliana ne put admirer les nouvelles tentures décorant les murs, le Sergent s'étant immobilisé devant une porte. Elle en déduisit qu'ils étaient arrivés.
