Enguerrand se tourna vers Cyliana. Elle fixait de nouveau le sol. Comme si celui-ci était soudain devenu la chose la plus extraordinaire au monde. Il ne s'en offusqua pas, et prit son mal en patience. Bien décidé à ne pas bousculer son amie. Il se doutait que ce n'était pas facile pour elle.
Kriar s'approcha et posa sa tête sur ses cuisses. Elle commença à le caresser, se calmant légèrement.
- Il est temps de tout lui dire, tu me l'as promis.
- Je sais...
Elle ferma les yeux pour chasser son angoisse. Elle sentait le regard d'Enguerrand posé sur elle. Cela la mettait mal à l'aise. Elle n'avait jamais pensé une seule seconde devoir tout lui dire. Juste le strict minimum. Mais voila, il s'agissait de LUI. Celui qu'elle était venue chercher ! Faudra-t-il jusqu'à la fin de ses jours, qu'elle détruise la vie de ceux qui l'entourent ?
Impuissante, elle refoula ses larmes. Elle s'apprêtait à détruire la vie de son seul et unique ami. Mais elle n'avait pas le choix. Hyamon non plus, elle le savait. Elle avait vu dans le regard du vieux Sorcier, la même tristesse qu'elle éprouvait. Pourtant, bien que résolue à tout lui dire, elle hésitait encore entre deux solutions. Ne faire que lui raconter ou bien utiliser un moyen beaucoup plus convaincant... L'héritage des Radaskiels.
Utiliser l'héritage des Radaskiels signifiait qu'il verrait absolument tout. Et cela, sans la barrière que le langage peut installer entre les faits et l'explication. Elle savait que si elle choisissait cette option, elle ne pourrait plus reculer. Il la verrait telle qu'elle était, et alors il se pourrait qu'il ne veuille plus lui parler, ni même la voir...
Elle ferma les yeux quelques instants, histoire de ne plus voir ce qui l'entourait. Elle venait de prendre sa décision, tant pis s'il devait la détester. Il avait été honnête avec elle depuis le début, elle allait donc faire de même, et tant pis pour les conséquences. Elle rouvrit les yeux et regarda Kriar qu'elle caressait toujours.
- Kriar, accepterais-tu que j'utilise ton esprit comme réceptacle pour ce que je compte faire ?
Kriar qui s'attendait à la question, accepta. Cyliana le remercia et laissa sa main sur la tête du loup. Elle lui tendit sa main, évitant son regard.
- Donne moi ta main s'il te plaît.
Il la regarda étonné mais obéit. Cyliana la prit dans la sienne et ferma les yeux. Aussitôt, Enguerrand se sentit happé hors de lui et eut l'impression de faire une chute vertigineuse dans l'inconnu. Par réflexe, il serra plus fort la main de Cyliana, se demandant ce qui se passait.
