Chapitre Cinq, deuxième partie.

Chapitre Cinq, deuxième partie.
Alors qu'ils reprenaient la route, elle se décida à parler :

- Comme tu as certainement pu le remarquer lorsque tu étais dans mon esprit... Mes parents m'ont rejetée lorsque j'avais cinq ans, car j'avais en moi... certaines capacités qui sont mal vues chez les miens. J'ai alors été recueillie dans un lieu où sont regroupées toutes les personnes comme moi... (Cyliana baissa les yeux et fixa une fois de plus la crinière de son cheval.) J'ai alors passé six ans à apprendre à maîtriser ces... capacités.
» Je n'ai appris qu'à l'âge de onze ans, juste après avoir terminé mon apprentissage, que j'avais un frère de trois ans mon cadet... Aussitôt, j'ai essayé de le voir malgré les avertissements des autres... Mais quand je l'ai vu, et que je lui ai révélé qui j'étais... Il m'a tout de suite acceptée. (Cyliana pleurait à présent, elle détourna la tête, afin qu'Enguerrand ne puisse le voir.) Il est même devenu mon... ami. Mais peu de temps après, mes parents nous ont surpris, et m'ont formellement interdit de le revoir... De toute façon, je n'en aurais pas eu le temps...

Cyliana, après avoir essuyé ses larmes, regarda Enguerrand.

- Je suis désolée, mais je ne peux pas t'en dire plus...
- Et je ne te le demande pas, assura Enguerrand, peut-être que plus tard tu pourras... mais cela ne presse pas.
- Je te promets de tout te dire une fois arrivés à Sautour, car arrivés là-bas, nos chemins devront se séparer.

Enguerrand ne répondit pas. Une intuition lui assurait qu'ils ne se quitteraient pas de si tôt, et ses intuitions étaient rarement fausses...

Peu de temps après, ils débouchèrent sur la voie Royale menant à Sautour. Cyliana dût alors mettre sa capuche. Ils discutaient à présent grâce au lien de Kriar pour n'être entendus de personne. Ainsi, le voyage se déroula paisiblement le reste de l'après-midi. Enguerrand préférait, quand c'était possible, contourner les villes et les villages qui se trouvaient sur leur chemin, afin d'éviter d'attirer les regards.

Le soir, il décida cependant de s'arrêter dans une auberge. Il paya un garçon d'écurie pour qu'il s'occupe des chevaux. Puis il prit son sac et Cyliana fit de même. Quand ils entrèrent dans l'auberge, la salle se fit silencieuse en apercevant Enguerrand et Kriar. Bien qu'ils aient l'habitude de voir toutes sortes d'animaux avec les Sorciers, ils étaient surpris de voir un loup avec un chevalier de la Légion. Cyliana quand à elle, se cacha du mieux qu'elle put derrière Enguerrand.

Lorsque l'aubergiste les aperçut, il s'approcha rapidement et les salua.

- Bienvenue à l'auberge du grand Azral. Désirez-vous manger ?
- Nous voudrions une chambre, et si possible y manger.
- Vous ne préférez pas plutôt manger ici ? Ce serait plus confortable...
- Non. Nous préférons être au calme, insista Enguerrand, nous avons eu une longue journée...

L'aubergiste ne paraissait pas être tout à fait d'accord. Il fixa quelques secondes le blason sur la cotte d'Enguerrand.

- Très bien... souffla-t-il, suivez-moi.

Enguerrand fut ravi que l'aubergiste ne résiste pas plus. Il voulait rester le moins longtemps possible dans la grande salle, car quelqu'un pouvait apercevoir à tout instant la Marque de Cyliana.

Ils se dirigèrent vers l'escalier qui se trouvait à côté du comptoir. Il remarqua que les regards étaient maintenant en majorité fixés sur Cyliana. Une personne gardant sa capuche dans une salle était forcément suspecte. Enguerrand se douta que sans son uniforme et sans Kriar, l'aubergiste aurait ordonné que Cyliana abaisse sa capuche. Heureusement, il s'en était abstenu...

Arrivés au premier étage, l'aubergiste les conduisit le long du couloir jusqu'à la chambre du fond. Une fois à l'intérieur, il ferma la porte et se campa face à Cyliana et Enguerrand.

- Je ne l'ai pas demandé en bas pour ne pas attirer encore plus l'attention. Mais maintenant, je vous demande de bien vouloir baisser votre capuche, que je puisse voir qui vous êtes. Je ne veux pas d'embêtements dans mon auberge.

Cyliana se crispa, ne sachant que faire. Elle regarda Enguerrand attendant un signe de sa part.

Enguerrand quand à lui, fixait l'aubergiste. Après l'avoir jaugé, il se décida.

- Cyliana, enlève ta capuche...

Elle mit quelques secondes à réagir. Inquiète, elle enleva sa capuche. Aussitôt, un juron sortit des lèvres de l'aubergiste.

- Je ne veux pas de problèmes moi, je ne veux rien avoir affaire avec les Keltans !
- Vous n'aurez aucun problème, expliqua calmement Enguerrand, si personne n'apprend qu'il y a une Keltane ici ! Par contre, si vous le dites à qui que ce soit, vous aurez affaire au Roi...

L'aubergiste marmonna quelques mots.

- Ce ne sont pas mes affaires. Du moment que vous ne faites rien, moi ça me va.
- Alors tout va bien ! s'exclama Enguerrand.
- Je vais vous cherchez de quoi vous restaurer.

L'aubergiste sortit rapidement. Cyliana n'était pas très rassurée.

- Tu ne penses pas qu'il va aller prévenir tout le monde ?
- Ne t'inquiète pas, Kriar le surveille de près.
- Et s'il veut tenter quelque chose, il le regrettera amèrement avant même d'avoir pu faire quoi que ce soit !

Cyliana fut un peu rassurée par cette nouvelle. Elle décida alors d'enlever sa cape et de s'asseoir sur le lit en attendant que le repas arrive.

Quelques minutes plus tard, l'aubergiste revint avec les assiettes. Il en donna une à Cyliana qui le remercia, puis l'autre à Enguerrand. Il avait même amené de la viande pour Kriar. Puis il se retourna vers Cyliana qui était de nouveau tendue. Il la regarda pensif, toute crainte avait disparu de son visage.

- On m'a toujours dit qu'il fallait se méfier des Keltans, car ils n'hésitent pas à vous poignarder dans le dos... Pourtant, vous ne semblez pas si différente des Elfes de ShamLadriss. À part la couleur des cheveux, et bien sûr cette Marque...
- Nous avons les mêmes origines... ce n'est que plus tard, que nous avons pris des chemins différents...

L'aubergiste observa Cyliana encore quelques instants avant de donner son verdict.

- Les Keltans sont peut être des monstres, comme semblent le dire les autres, mais dans ce cas, vous êtes l'exception qui confirme la règle.

Cyliana se sentit un peu plus à l'aise, l'aubergiste s'en aperçut aussitôt.

- Demain, continua-t-il, il serait avisé de partir de bonne heure. Pendant que le village est encore endormi.
- C'est ce qui était prévu, merci.
- Bien, je vous apporterai le petit déjeuner de bonne heure, comme ça vous ne perdrez pas de temps. Sur ce, passez une bonne nuit.

L'aubergiste s'en alla aussitôt, les laissant enfin seuls. Kriar se jeta aussitôt sur la nourriture, affamé qu'il était d'avoir gambadé toute la journée. Cyliana profita elle aussi du repas qui lui permit de décompresser. Dès qu'ils eurent fini de manger, ils ne tardèrent pas à se coucher. Le lendemain, ils auraient encore une longue journée devant eux.

# Posté le lundi 24 avril 2006 13:28

Modifié le vendredi 22 juin 2007 05:13

Chapitre Cinq, troisième partie.

Chapitre Cinq, troisième partie.
Enguerrand se réveilla une heure avant l'aube. Presque aussitôt, quelqu'un frappa discrètement à la porte, réveillant Cyliana en sursaut. Enguerrand mit sa ceinture où était attaché le fourreau de son épée. Il entrebâilla ensuite la porte pour voir qui venait de frapper. Lorsqu'il reconnu l'aubergiste, il le laissa entrer. Il apportait de quoi manger pour tout le monde, ce qui fit grand plaisir à Kriar.

- Je vais faire préparer vos montures. Je viendrai vous prévenir quand tout sera prêt.
- Très bien, nous n'allons pas tarder.

L'aubergiste s'éclipsa et tous mangèrent rapidement.

Quand ils eurent fini leur repas, Cyliana et Enguerrand rangèrent les quelques affaires qu'ils avaient sorties, pendant que Kriar patientait dans son coin. Alors qu'ils venaient de terminer, on frappa de nouveau à la porte. Kriar annonça que c'était encore l'aubergiste. Enguerrand le fit aussitôt entrer. Il leur annonça que tout était prêt et qu'ils pouvaient partir.

Enguerrand prit alors leurs paquetages. Ils se dirigèrent le plus discrètement possible vers le rez-de-chaussée. Cyliana avait remis la capuche sur son visage, au cas où ils feraient une rencontre importune. Heureusement, tout le bâtiment était silencieux. Mais il ne faudrait pas attendre longtemps avant que cela ne change.

Arrivés au rez-de-chaussée, Enguerrand paya l'aubergiste tout en lui donnant un bon pourboire pour le remercier de sa discrétion.

Puis ils sortirent et trouvèrent leurs chevaux qui les attendaient. Le garçon d'écurie les surveillait, le regard encore embué de sommeil. Cyliana attendit qu'Enguerrand lui ait donné une pièce et qu'il soit parti pour avancer vers son cheval. Puis ils reprirent sans tarder la route.

Déjà, de l'agitation se faisait sentir. Principalement à la boulangerie qui ouvrait ses portes, et où les premiers acheteurs entraient sans trop prêter attention aux voyageurs. Ce qui bien sûr, n'était pas pour déplaire à Enguerrand. Ils sortirent rapidement du village sans avoir rencontré le moindre problème et ils continuèrent tranquillement leur voyage en direction de Sautour.

Cependant, en milieu de matinée, ils furent obligés de traverser la grande ville de Tréam car il leur fallait traverser le fleuve Déavis. Le pont le plus proche en dehors de la ville étant à plus de dix lieux, cela faisait un trop grand détour.

Sentant que Cyliana était nerveuse, Enguerrand décida de faire une halte avant de traverser la ville. Il comprenait aisément sa peur après ce qu'elle avait enduré dans un simple village, elle redoutait ce qui pouvait lui arriver dans une aussi grande ville... Ils s'installèrent en retrait de la voie Royale pour être au calme. Cyliana put alors enlever sa capuche.

- Ne t'inquiète pas, Kriar et moi te protégerons ! Et puis tu as la preuve que tu es venue ici sur invitation du Sorcier Royal. Ils n'oseront pas se mesurer à un chevalier de la Légion en mission.
- Ça ne les a pourtant pas arrêtés la dernière fois...

Enguerrand fut mal à l'aise, mais il se rattrapa vite.

- Je sais bien. Mais je suis persuadé qu'il y avait autre chose. Tout ce passera bien cette fois-ci, je t'en fais la promesse !
- Et puis s'ils décident de faire quelque chose, on les en empêchera ne t'inquiète pas !
- Merci... dit-elle reconnaissante. Je suis prête, allons-y. Plus vite nous aurons traversé cette ville, mieux cela sera.

Ils remontèrent à cheval. Cyliana en profita pour remettre sa capuche. Enguerrand remarqua qu'il y avait énormément de monde dans les rues. Il réalisa alors qu'ils ne pouvaient pas plus mal tomber. Tréam était en fête. Toute la ville était sortie et se promenait.

Une compagnie d'artistes était installée sur la grande place attirant les habitants curieux. Enguerrand essayait d'éviter la foule, mais c'était quasiment impossible. Le seul point positif dans tout cela, était que peu de monde s'intéressait à eux. Tous regardaient une jeune fille gracieuse se mouvoir sur la musique, que jouait un homme d'apparence frêle, et deux jeunes filles. L'homme était tellement pris par la musique, qu'il dansait lui aussi, faisant rire les jeunes filles ainsi que la foule. Soudain, Enguerrand entendit la voie de Cyliana inquiète.

- Il y a un autre Keltan dans les parages !
- Comment le sais-tu ? demanda-t-il intrigué.
- J'ai la capacité de... ressentir la présence des gens autour de moi... Mais je peux également les différencier, et bien qu'il y ait énormément de monde ici, j'ai remarqué qu'il y en avait un qui était différent...
- Tu sais ce qu'il peut bien faire ici ?
- Je n'en ai pas la moindre idée... Mais en tout cas il se sent bien où il est...
- Parce que tu peux aussi savoir ça ! s'exclama Enguerrand surpris.
- Oui, je ressens les émotions les plus simples. Telles que la joie, la haine, la peur...

Cette révélation mit Enguerrand mal à l'aise.

- Là par exemple, elle ressent que ce qu'elle vient de te dire t'a mis mal à l'aise.
- Merci Kriar, pas la peine d'en rajouter...

Soudain, alors qu'ils arrivaient enfin de l'autre côté de la place. Un enfant se mit à détailler Kriar, puis se fut au tour d'Enguerrand et enfin de Cyliana. L'enfant fixa cette dernière. Lorsqu'il entraperçut la Marque sur son front, son visage se déforma petit à petit. Heureusement, Kriar s'en aperçut.

- Si tu dis un seul mot, je me ferais un plaisir de te manger tout cru...

Le pauvre malheureux ne put s'empêcher de pleurer. Ses parents pensèrent alors qu'il pleurait car il ne pouvait pas voir la danse. Son père le prit alors sur ses épaules, ce qui le calma un peu. Mais pas pour les mêmes raisons.

- Tu peux plus rien contre moi vilain loup !

Sa mère, intriguée, se retourna et aperçut un loup qui s'éloignait aux côtés de deux cavaliers. Cela ne l'inquiéta pas plus que ça, et elle reporta son attention sur le spectacle.
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# Posté le lundi 24 avril 2006 13:53

Modifié le vendredi 22 juin 2007 07:26

Chapitre Cinq, quatrième partie.

Chapitre Cinq, quatrième partie.
Après ce petit problème, Enguerrand et Cyliana soufflèrent de soulagement. Mais à peine se furent-ils remis de leurs émotions, qu'un petit groupe de personnes s'approcha d'eux. A leur tête, se trouvait une femme dont émanait une grande assurance. À ses côtés, avançait un homme revêtu d'une cape, le visage caché par une capuche. Légèrement en retrait, de chaque côté, se tenaient deux hommes en armes. Comme des gardes du corps, l'air sévère, scrutant les alentours. L'un d'eux, était familier à Enguerrand, mais il n'arrivait pas à se souvenir pourquoi. Arrivé à leur niveau, le groupe se posta devant eux, les empêchant d'aller plus loin. Enguerrand eut la mauvaise sensation que la femme était une Magicienne, Kriar lui aussi l'avait senti...

- L'homme à la cape, c'est le Keltan ! s'exclama Cyliana.
- Tu es sûre ?
- Oui.
- Tu penses que lui aussi a pu te repérer ?
- Je ne pense pas, mais ce n'est pas impossible...

La femme posa son regard sur Cyliana, puis sur Enguerrand.

- Que fait un soldat de la Légion accompagné d'une Keltane ?
- Ce sont mes affaires, et cela ne vous regarde pas !
- Oh mais ce n'est pas que je veuille me mêler de vos affaires, mais par les moustaches de mon chat, j'aimerai bien le savoir !

A la stupeur d'Enguerrand, mais aussi de Cyliana, le Keltan s'avança tout en enlevant sa capuche. Mettant ainsi son visage à jour et révélant la Marque sur son front. Le Keltan avait une drôle d'allure. Il avait les cheveux assez courts et tout ébouriffés, son regard vif allait partout. Ses vêtements étaient tout aussi étranges que lui. Ils pouvaient pendant un instant, vous paraître de toutes les couleurs, et l'instant d'après, être du noir le plus profond. Jamais Enguerrand n'avait vu un tel Keltan.

- N'ayez pas peur, nous ne vous voulons aucun mal. Nous sommes seulement curieux de connaître les raisons de votre présence si loin des frontières.

La femme ne lâchait pas Enguerrand de son regard inquisiteur.

Cependant, Enguerrand n'y faisait pas attention. Il était stupéfait. Autour de lui, rien n'avait changé. Personne ne faisait attention à eux. Le bruit de la foule s'était tu. Seul, leur provenait la musique entêtante de l'homme frêle qui était lui aussi Magicien. Enguerrand comprit que l'homme avait lancé un sort qu'il continuait d'alimenter. Ainsi, ils pouvaient discuter sans qu'ils ne soient gênés par la foule. Et tout ça, sans qu'Enguerrand ni Kriar ne s'en aperçoivent...

Cyliana baissa alors sa capuche, révélant un visage impassible et ferme. Prête à toutes les éventualités.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle autoritaire.

La femme fixa alors son regard dans celui de Cyliana. Enguerrand y vit de la stupéfaction, et même un brin d'inquiétude, mais elle se rattrapa vite.

- Je m'appelle Derbite et voici Dan'Deniel. Le musicien se prénomme Rénartros, il est mon second. Nous ne sommes qu'une humble compagnie d'artistes... Mais je dois vous avouer, que lorsque nous croisons des personnes qui ne devraient pas se trouver là, nous intervenons pour connaître leurs intentions...
- Et s'ils n'ont pas les réponses qui vous conviennent que faites-vous ?

Ce furent les gardes du corps qui répondirent cette fois-ci.

- Nous prenons les affaires en main...
- Et les problèmes disparaissent aussitôt !
- N'écoutez pas Korry et Eels. Ils ne sont pas méchants. Ils exécutent seulement mes ordres. Et cela est très rarement aussi dramatique.

Enguerrand fixa le soldat que la femme avait nommé Korry. Depuis le début, il lui avait rappelé un de ses vieux amis, mais il pensait se tromper, il avait tellement changé... Cyliana le regardait à présent curieuse.

Puis soudain, en croisant son regard, il fut certain de ne pas se tromper.

- Korry ? Korry Jonishtar ? C'est bien toi ?

Le soldat parut étonné d'entendre son nom. Il fixa Enguerrand avec incrédulité, puis son regard se transforma en incrédulité totale. Il passait d'Enguerrand à Cyliana et de Cyliana à Enguerrand.

- C'est vous capitaine ? Je pensais m'être trompé... Vous en compagnie d'une Keltane, cela me semblait impossible !

Enguerrand en oublia aussitôt Derbite. Il descendit de cheval, et s'approcha de Korry toujours incrédule. Les deux hommes se prirent dans les bras heureux de se retrouver.

- Cyliana, je te présente Korry Jonishtar ! Il a fait son service avec moi il y a quelques années. Tu te souviens ? Je t'en ai parlé.

Cyliana se souvenait effectivement de ce que lui avait dit Enguerrand à propos de Korry. Ils avaient fait leur service dans la Légion ensemble, et après qu'Enguerrand eut atteint le grade de capitaine, Korry avait servi sous ses ordres pendant un an. Il avait quitté la Légion après une mission manquée qui l'avait beaucoup éprouvé. Enguerrand n'avait pas voulu lui dire ce qu'était cette mission, mais elle avait pu ressentir de la peine à ce moment là...

- Que... Tu lui as dit pour moi ?
- Je lui ai simplement dit qui tu étais rien de plus.

Korry était de plus en plus perplexe. Il jeta un regard suspicieux à Cyliana qui ne s'en offusqua pas. Tout du moins en apparence. Puis il se retourna vers Derbite.

- Est-il possible de savoir s'il est ensorcelé par cette Keltane ?
- Pourquoi ?
- Parce que le Enguerrand que je connaissais n'aurai jamais eu pour ami un Keltan !
- Bien, dans ce cas, je vais m'en assurer tout de suite !

Derbite regarda Rénartros, et celui-ci commença aussitôt un nouvel air avec son instrument. Enguerrand, qui comprit qu'il ne servirait à rien de tenter de se justifier, se laissa faire. Il sentit s'infiltrer en lui une force douce et apaisante. Cela ressemblait étrangement au contact de Kriar, mais en moins puissant. Kriar quand à lui, surveillait cette magie sans toutefois l'arrêter. Du moins, tant que celle-ci ne ferait pas plus qu'observer. La magie se dirigea ensuite vers le lien de Kriar et le remonta, mais elle ne put aller plus loin.

- Laisse le continuer sa recherche, sinon nous prendrons cela pour un signe de culpabilité... prévint Derbite.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le demander, mais à Kriar... Ce n'est plus mon esprit que votre ami cherche à fouiller, mais le sien...

Derbite regarda alors Kriar. Cyliana et Enguerrand observèrent en silence l'affrontement muet qu'ils se livrèrent. À la fin, le loup sembla satisfait.

# Posté le lundi 24 avril 2006 17:21

Modifié le lundi 30 avril 2007 21:25

Chapitre Cinq, cinquième partie.

Chapitre Cinq, cinquième partie.
- Puisqu'il semblerait qu'il ne soit pas ensorcelé, il s'agit maintenant de connaître les raisons d'un tel changement.
- Les raisons sont très simples, et ne regarde que moi ! affirma Enguerrand.
- Très bien, mais nous aimerions tout de même les connaître, et surtout, savoir ou vous allez...

Cyliana, qui n'était plus intervenue depuis qu'Enguerrand lui avait présenté Korry prit alors la parole.

- Il m'accompagne à Sautour pour rencontrer le Sorcier Royal, afin que je puisse m'entretenir avec lui. S'il a décidé de m'accompagner, c'est seulement pour m'éviter d'autres... désagréments...
- Avez-vous une preuve de ce que vous annoncez ?
- J'en ai une, mais avant je souhaiterai savoir ce que fait un Keltan ici avec cette troupe.
- Je n'ai aucune raison de vous répondre ! s'indigna le Keltan.
- À moi si ! Et j'attends une réponse !

Le ton de Cyliana inquiéta Enguerrand. Il y avait de l'autorité dans sa voix mais également une mise en garde...

Le Keltan baissa les yeux.

- J'étais éclaireur dans notre armée. La compagnie Delatéhel m'a accueilli lorsque j'ai déserté mon unité. Je ne voulais plus avoir à faire avec cette guerre insensée ! Depuis, je travaille ici. Si vous voulez tout savoir, c'est pareil pour Korry, nous l'avons rencontré un jour alors qu'il errait sans but et l'âme sombre. Derbite et Rénartros l'ont recueilli dans leur compagnie, tout comme moi.
» Si vous regardez bien, tous les membres de la compagnie ont un triste passé... Les deux jeunes filles avec Rénartros ont perdu leurs parents lors d'une razzia Keltane. Une chance pour elles, ce jour là elles étaient parties se promener...
» Voila, j'ai répondu à votre question. Maintenant, montrez-nous votre preuve.

Cyliana, satisfaite de la réponse, ouvrit tranquillement son sac et tendit la lettre à Dan'Deniel qui la donna aussitôt à Derbite. Elle lu la lettre une première fois, puis une seconde fois en lançant un sort. Enfin sûre de sa véracité, elle la rendit à Cyliana.

- Normalement vous n'auriez pas du être accompagnée par deux de vos disciples ?

Cyliana hésita, lançant un regard inquiet à Enguerrand avant de répondre.

- Nous sommes tombées dans une embuscade, elles sont mortes à ce moment là. Quand à moi, je serai également morte si Enguerrand n'était pas intervenu.
- Eh bien, on peut remercier les esprits qu'Enguerrand vous ait secouru. Sans lui votre pe...
- Oui ! Je sais ! Mais ça va, je n'ai rien ! s'exclama Cyliana, terrorisée.

Enguerrand fut surpris par la précipitation avec laquelle Cyliana avait interrompu Derbite. Il comprit, comme Derbite, que si elle avait réagi ainsi, c'était pour qu'il ne sache pas qui elle était et ce qu'elle devait faire.

Korry profita du silence qui s'était installé pour s'approcher de Cyliana.

- Je suis désolé pour tout à l'heure. Je n'ai rien contre les Keltans en général, mais c'est que comme Enguerrand...

Korry s'arrêta net, ne sachant comment continuer.

- Détestait les Keltans ? Vous pouvez le dire vous savez.
- Euh... oui voila il détestait les Keltans... Alors quand j'ai vu qu'il ne vous manifestait aucune hostilité, et qu'il vous avait même parlé de lui, j'ai trouvé ça suspect.

Il baissa les yeux gêné.

- Je vous comprends parfaitement. Si j'avais été à votre place, j'aurai réagi de la même façon. Ne vous en faites pas.

Korry fut soulagé. Il se permit même d'adresser un sourire à Cyliana. Puis Derbite reprit la parole.

- Bien ! Nous allons vous laisser passer. Pour plus de sûreté, Rénartros maintiendra son sort sur vous jusqu'à ce que vous quittiez Tréam. (Derbite se tourna vers Enguerrand.) Puis-je vous demander de souhaiter le bonjour de ma part à Hyamon ?
- Vous connaissez Hyamon ? demanda Enguerrand curieux.
- Oui, nous sommes de vieux amis. C'est d'ailleurs lui qui m'a demandé de surveiller les intrus.
- J'aurais dû me douter qu'il serait derrière tout ça.

Derbite sourit et s'approcha d'Enguerrand.

- Je suis sûre, que lui aussi sera très intéressé d'apprendre le changement de son fils adoptif envers les Keltans...

Cyliana sursauta. Ainsi Enguerrand avait été adopté par Hyamon. Voilà ce qui expliquait la familiarité dont il témoignait envers le Sorcier. Mais elle se demanda pourquoi il ne le lui avait pas dit. Elle avait remarqué qu'il prenait soin de ne pas révéler l'identité de son père adoptif. Cependant, elle était loin de se douter qu'il s'agissait du Sorcier Royal en personne.

Enguerrand, quand à lui, ne s'étonna pas. Beaucoup de monde savait que Hyamon l'avait adopté. Comme beaucoup de monde connaissait sa haine pour les Keltans...

Avant de remonter à cheval, il salua Korry. Il salua ensuite le reste de la petite troupe.

Alors qu'ils s'apprêtaient à repartir, Derbite interpella Cyliana.

- Dites à Hyamon, que je me tiens prête s'il a besoin de moi. Et souvenez vous qu'en cas de besoin lors de votre future mission, la Compagnie Delatéhel sera toujours prête à vous venir en aide...

Derbite mit alors un genou à terre, imitée aussitôt par Dan'Deniel, Korry et Eels. Cyliana tenta de les interrompre, mais en vain. Ils récitèrent l'un après l'autre le même serment.

- Je jure, de vous aider, et de vous protéger de ma vie s'il le faut, et cela quoi qu'il arrive !

Enguerrand fut stupéfait. Les nombreuses questions qu'il se posait sur Cyliana refirent surface. De nouvelles questions s'ajoutant aux premières. Qui était réellement Cyliana ? Quelle mission Hyamon allait-il lui confier qui vaille la peine de lui prêter serment ? Enguerrand sentait qu'il approchait de plus en plus des ses secrets et cela commençait à l'inquiéter.

Cyliana lui jeta un coup d'½il mal à l'aise avant de répondre.

- Je vous remercie, mais nous devons partir à présent. Nous avons déjà perdu assez de temps.

Derbite acquiesça, les laissant alors partir en leur souhaitant un bon voyage. Grâce au sortilège de Rénartros, qui jouait toujours sans montrer le moindre signe de fatigue, ils purent sortir rapidement de la ville. La foule semblait s'écarter d'eux dès qu'ils approchaient. A peine furent-ils sortis de Tréam, que le brouhaha de la foule retentit à nouveau, brisant la musique apaisante du sort de Rénartros.

# Posté le lundi 24 avril 2006 17:28

Modifié le lundi 30 avril 2007 21:15

Chapitre Cinq, sixième partie.

Chapitre Cinq, sixième partie.
Ils continuèrent quelque temps encore avant de s'arrêter pour prendre rapidement un repas froid. Ce fut à ce moment là, que Cyliana remercia Enguerrand de ne pas lui avoir posé de questions sur sa fonction et sa future mission. Enguerrand lui assura que ce n'était rien et que si elle ne voulait pas le lui dire, ce n'était pas grave. Cependant, Kriar choisit ce moment là pour bloquer le lien avec Cyliana afin qu'elle ne puisse pas l'entendre. Il prononça alors une phrase qui troubla Enguerrand.

- Ce n'est pas qu'elle ne veuille pas te le dire, mais elle ne sait pas comment s'y prendre. Elle a peur que tu la prennes pour un monstre...

Enguerrand s'efforça de garder un visage impassible et de contenir ses émotions, mais il ne trouva pas cela très convainquant.

- C'est si terrible que ça ? demanda-t-il anxieux.
- Je dois avouer que tout ce que j'ai appris quand tu as crée le lien est assez dur a digérer sur le coup. Mais Cyliana n'y est pour rien. Elle ne fait que subir. En réalité, c'est entièrement de notre faute ce qui lui arrive... Mais je ne peux rien te dire de plus, je le lui ai promis...
- Qu'est ce que tu as ? Tu sembles ailleurs...
- Rien ! Je repensais seulement à Korry. Il a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l'ai vu... il semble plus serein.

Enguerrand fut persuadé qu'elle n'en croyait pas un mot, surtout à la façon dont elle fixa Kriar par la suite. Mais elle ne dit rien, ce qui rassura Enguerrand.

Peu après, ils reprirent la route. Cyliana remit alors une fois de plus sa capuche. Le trajet se déroula normalement. Les gens ne faisant généralement attention qu'au loup qui se promenait aux côtés des deux cavaliers.

Alors que le soir approchait, et qu'il y avait de moins en moins de monde sur la route, ils aperçurent au loin, une bande de voleurs qui s'en prenait à un petit groupe de voyageurs. Enguerrand demanda alors à Cyliana de rester en retrait pendant que lui et Kriar allaient s'en occuper.

Enguerrand lança son cheval au galop, tout en dégainant son épée. Kriar courait à ses côtés. Les bandits étaient au nombre de six. Quatre d'entre eux se préparèrent à livrer combat, pendant que les deux autres continuaient de dérober les affaires de valeur d'une jeune fille. Enguerrand sauta de cheval arrivé à hauteur de ses adversaires. Bien que plus nombreux, ils ne faisaient pas le poids. Enguerrand désarma d'une simple parade deux de ses adversaires qui prirent aussitôt la fuite. Kriar en immobilisa un autre, pendant qu'Enguerrand se battait avec le dernier. Il remarqua que celui-ci, contrairement aux autres, était doué à l'escrime et qu'il se défendait plutôt bien. Cependant, Enguerrand était meilleur. Il passa la garde de son adversaire et lui posa la pointe de son épée sous la gorge.

Mais le chef des brigands qui était resté auprès des victimes l'interpella. Enguerrand vit qu'il avait placé une dague sous la gorge de la jeune fille.

- Laisse le partir ! Sinon je la tue !

Enguerrand éloigna sa lame de la gorge de son adversaire qui rejoignit aussitôt le reste de la bande.

- Très bien ! Maintenant, tu vas nous laisser partir bien gentiment. Mais avant, envoie nous ton or, chevalier de pacotille !
- Dis-moi Kriar, je lui laisse une chance de se rendre ou pas ?
- Moi je serai toi je lui donnerai une chance.
- Et toi le sale clébard tu recule auprès de ton maître !
- Réflexion faîte, tu peux le tuer !

Avant qu'il ne tente quoi que ce soit, Enguerrand ressentit un grand pouvoir se réveiller derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il vit Cyliana qui était descendue de cheval s'approcher. La magie qui émanait d'elle l'enveloppait, faisant virevolter sa cape, et tomber sa capuche, révélant ainsi son visage aux brigands qui n'en menaient pas large. Cyliana était comme dans un état second. Son visage était neutre, comme lorsqu'elle voulait cacher ses émotions, mais son regard était devenu terne. Elle s'arrêta à côté d'Enguerrand, le regard toujours posé sur le chef des brigands. Pendant quelques secondes, il ne se passa plus rien. Mais quand le chef commença à souffler, le regard de Cyliana se transforma. Devenant soudain attirant, hypnotisant...

Le brigand, qui tenait toujours la jeune fille en otage, ne put plus lâcher ce regard dans lequel il se noyait et s'enfonçait. Et plus il s'enfonçait, et plus la peur l'envahissait. Alors qu'il commençait à trembler, il sentit le couteau dans sa main commencer à bouger. Inquiet, il posa son regard dessus et s'aperçut qu'il commençait à grandir et à changer de forme. Horrifié, il le jeta loin de lui, mais le couteau continuait de se transformer et de grossir. Il ne fallut pas longtemps avant qu'il ne devienne un horrible monstre difforme. Apeuré, il vit le monstre s'approcher petit à petit de lui. Il s'enfuit alors à toute vitesse. Ces hommes ne tardèrent pas à l'imiter oubliant derrière eux leur précieux butin. Le monstre les poursuivant.

Lorsque tous les brigands se furent enfuis. Cyliana reprit peu à peu son état normal. Le flux magique qui l'entourait disparaissant petit à petit. Enguerrand s'approcha d'elle admiratif. Jamais il n'avait vu ce genre de magie. Il eut la certitude qu'elle n'était pas à la porté de tout le monde. Cyliana le regardait mal à l'aise, comme si elle avait peur qu'il ne le prenne mal.

- Eh bien ! À ce que je vois, il ne faut pas te mettre en colère ! Permet moi de te demander de me le rappeler si un jour je te tape sur les nerfs.

Cyliana rassurée par sa réaction sourit, mais elle remarqua le regard effaré des voyageurs qui fixaient la Marque sur son front. Elle comprit alors que sa capuche était tombée. Elle s'empressa de la remettre en place.

Enguerrand s'apercevant également la réaction des voyageurs, il s'approcha d'eux en leur faisant signe de se calmer.

- N'ayez pas peur, vous n'avez rien à craindre. Après tout, elle vient de vous sauver la vie.

Personne pourtant ne fut rassuré. La jeune fille s'approcha cependant prudemment de Cyliana, sous le regard désapprobateur d'un des jeunes hommes qui l'accompagnait.

- Je vous remercie de votre aide. Je vous dois la vie.
- Vous ne me devez rien du tout, je n'ai fait que mon devoir...
- Cependant, je vous en suis reconnaissante. Veuillez accepter cet humble présent je vous prie.

La jeune fille ramassa dans le sac que les bandits avaient oublié dans leur fuite, un magnifique pendentif. Elle s'approcha ensuite de Cyliana et voulut le lui passer autour du coup. Cyliana regarda le pendentif troublée. Elle baissa de nouveau sa capuche et se laissa faire. La jeune fille lui mit alors le pendentif puis recula un peu.

- Quand à vous chevalier, et vous noble loup. Je ne puis vous donner que des remerciements, mais sachez que je vous en suis tout aussi reconnaissante.
- Comme Cyliana, mon loup et moi-même n'avons effectué que notre devoir.

La jeune fille sourit.

- Bien, à présent, veuillez m'excuser mais nous devons reprendre notre route.

La jeune fille se dirigea alors vers son cheval après avoir récupéré ses affaires dans le sac des brigands. L'un des deux jeunes hommes qui l'accompagnait l'aida à monter à cheval. Après être monté sur le sien, il salua Cyliana et Enguerrand. Puis, sans plus de cérémonie, ils s'en allèrent.
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# Posté le dimanche 30 avril 2006 09:16

Modifié le vendredi 22 juin 2007 14:43