- Aucune d'entre vous n'a jamais connu l'amour ?
Cyliana se remémora son enfance.
- Qui voudrait de nous ? Tout le monde nous prend soit pour des monstres, soit pour des Parjures. Pour eux, nous obéissons au doigt et à l'½il aux dirigeants du continent. Trahissant ainsi notre propre peuple. Ce qui n'est pas tout à fait faux. La preuve, Hyamon m'a demandé de venir, et je suis là...
» Cependant, il arrive que l'une d'entre nous connaisse l'amour. Mais le nombre ne dépasse pas les doigts de la main... Toutefois, je connais l'une d'entre nous qui a la chance d'être aimée par l'un de ses amis d'enfance. Il se moque qu'elle soit devenue une Ombre Ardente, et a donc décidé de partir avec elle...
» Caleen est un peu ma grande s½ur, c'est elle qui est venue me chercher lorsque j'ai été désignée. Mais Elonya l'a envoyé elle et Meallán garder le Sanctuaire. Ainsi, elle échappe à la convoitise du Roi, et Meallán à la haine des autres...
Cyliana se serra un peu plus contre Enguerrand avant de reprendre.
- Si Elonya ne l'avait pas envoyé en Irdala, c'est elle qui m'aurait accompagnée... et elle serait morte à présent... Je m'en veux déjà tellement que deux d'entre nous aient été tuées par ma faute ! Mais si cela avait été elle, jamais je n'aurais pu revoir Meallán. Il est tellement gentil. Quand je suis arrivée chez les Ombres Ardentes, lui et Caleen m'ont réconfortée et calmée. Les premières nuits, ils dormaient avec moi au cas où je ferai un cauchemar...
- Cesse de te tourmenter avec ça, ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas te douter que tu n'arriverais pas à ressentir leurs présences !
- Hyamon m'a expliqué qu'ils avaient certainement un sort nous empêchant de les ressentir. Mais si j'avais été plus attentive ! Si je ne m'étais pas seulement fiée à mes pouvoirs ! Elles seraient peut-être encore en vie...
- Ou tu aurais toi aussi été tuée, et tu ne pourrais pas accomplir ta mission.
Cyliana s'écarta d'Enguerrand et lui fit face.
- Et tu crois que ça me rassure ? Je voudrai tellement pouvoir tout recommencer...
- Je sais. Moi aussi je me dis que j'aimerai tout recommencer pour pouvoir mieux aider mes parents. Alors peut-être tout se serait passé différemment. Ils seraient peut-être encore en vie. Mais je ne peux pas changer le passé, et toi non plus.
» Hyamon m'a toujours dit que tout ce qui arrive a un but. Et cela même si on ne le comprend pas... Et je commence à le croire. Si j'avais réussi à sauver mes parents, tout aurait été différent. Je n'aurais certainement pas haï les Keltans à ce point. Donc je ne me serais pas engagé dans la Légion et je ne t'aurais jamais rencontré. Alors tu serais morte à l'heure qu'il est et ton peuple serait démuni face aux dangers qui pèsent sur lui...
» C'est exactement pareil pour toi. Si tu avais réagi à la menace, tu aurais peut-être réussi à sauver tes amies. Mais alors je ne t'aurais pas rencontrée. Et lorsque Hyamon et toi seriez venus pour me parler, j'aurais refusé de te voir et de vous écouter.
Cyliana était ébahie. Enguerrand semblait soudain être devenu aussi sage que Hyamon. Lui qui avait si bien réussi à la raisonner. Elle se rendit compte que le vieux Sorcier avait quelque peu déteint sur son protégé, et ce n'était pas plus mal.
- Merci...
- Ça va mieux ?
- Oui, beaucoup mieux !
Comme pour confirmer ses dires, elle lui fit son plus beau sourire. Enguerrand la reprit dans ses bras. Comme pour la rassurer, et lui faire oublier pendant un moment tout ce qu'elle avait vécu et ce qui était encore à venir.
Ils regagnèrent aussitôt leur propre corps.
Lorsqu'il eut repris ses esprits, il remarqua que la tête de Cyliana reposait contre son épaule. Quand elle eut elle aussi repris ses esprits, elle ne bougea pas et chercha même le contact. Enguerrand la reprit dans ses bras, et Cyliana se blottit confortablement contre sa poitrine.
Elle était maintenant rassurée d'en avoir enfin terminé. Elle fut soulagée. Elle était même étonnée de sa réaction. Il ne semblait pas vraiment inquiet à l'idée d'être le nouveau Gardien. Il parvenait même à la réconforter. Elle se doutait cependant qu'il n'avait pas encore prit conscience de ce qui l'attendait. Il ne savait pas non plus ce que Khaos comptait faire...
Soudain, la fatigue la submergea. L'anxiété passée, la fatigue reprenait ses droits. Apaisée d'en avoir fini, elle bailla fortement et se pelotonna un peu plus contre lui. Elle ne mit pas longtemps à s'endormir, bercée par la respiration apaisante d'Enguerrand.
Quand à lui, il repensait à tout ce que lui avait dit Cyliana. Il était bien décidé à trouver un moyen pour la soigner, et surtout, un moyen pour enlever la responsabilité du Pendentif aux Ombres Ardentes...
Quand il s'aperçut qu'elle s'était endormie, il décida de ne pas la réveiller. Il la regarda tout simplement dormir paisiblement dans ses bras, caressant doucement son visage.
Il sentit alors un regard posé sur lui. Il releva vivement la tête et vit Kriar. Il l'avait oublié. Kriar ne s'était pas fait remarquer, les ayant laissé discuter seul à seul bien qu'ils étaient dans son esprit. Enguerrand lui en fût extrêmement reconnaissant.
- Merci Kriar.
- Eh bien, ce n'est pas trop tôt ! Cyliana, elle, m'a remercié tout de suite. Et sinon ça y est, tu es rassuré à son propos ?
- Parfaitement. Mais cesse d'exagérer. Il y a un moment que je ne la soupçonnais plus de quoi que ce soit.
- A te voir, je n'en doute pas le moins du monde... Je présume que tu ne comptes pas la réveiller ?
Enguerrand marqua un temps d'arrêt. Comment avait-il pu oublier que le loup partageait son esprit, et connaissait donc tout de ses pensées ?
Le loup, n'attendant pas de réponse, laissa échapper un grognement moqueur. Il se leva, et partit chercher la cape d'Enguerrand. Il l'attrapa dans sa gueule, et l'amena jusqu'à son maître.
- Tiens, il ne faudrait pas que les deux tourtereaux attrapent froid.
- Arrête un peu ! Merci quand même pour la cape.
- De rien, bonne nuit.
- Bonne nuit.
Kriar partit s'allonger dans un coin de la pièce et s'endormit rapidement.
Enguerrand recouvrit Cyliana de sa cape le plus doucement possible, afin de ne pas la réveiller. Quand il eut terminé, il la regarda encore quelques instants, puis l'embrassa sur le front afin de lui souhaiter une bonne nuit et s'endormit à son tour.
