- Qu'est ce qui ne va pas ?
- Je commence à avoir l'impression que je suis mieux acceptée dans ton peuple que dans le mien malgré tous nos différents... Jamais quelqu'un dans mon peuple ne m'aurait offert quelque chose pour me remercier. Il préférerait plutôt fuir...
Enguerrand ne sut que répondre, il ressentait toute la peine de son amie et il ne savait pas comment la réconforter. Il découvrit alors qu'elle avait reposé une main sur sa poitrine. Bien que son visage restât de marbre, il fut persuadé que sa douleur était réapparue. Il en fut surpris et même inquiet.
Kriar le regarda tout aussi inquiet. Enguerrand se maudit d'avoir oublié d'emmener quelques feuilles.
- Je suis désolé, j'ai oublié d'emmener de quoi te faire une tisane. J'essaierai d'en trouver dans le prochain village.
- Ne t'inquiète pas pour moi, ça ira.
Enguerrand réalisa à ce moment là, que Cyliana ne lui demanderait jamais son aide. Ayant toujours été la paria de son peuple, elle avait appris à ne jamais rien demander aux autres et à toujours se débrouiller seule.
Alors que tous les deux étaient dans leurs pensées. Kriar les avertit qu'il entendait du monde approcher. Aussitôt, Cyliana remit sa capuche, puis ils montèrent sur leurs chevaux et reprirent leur chemin.
Peu de temps après, ils entrèrent dans un petit village. Ils cherchèrent une auberge ou passer la nuit. Ils prirent une chambre et une fois installés, Enguerrand décida d'aller voir l'herboriste. Il demanda à Cyliana de ne pas sortir et à Kriar de rester avec elle.
Il ne mit pas longtemps à trouver l'herboristerie qui se trouvait sur la place du village. Il entra dans l'échoppe et sentit l'odeur apaisante des plantes. Il entrevit un vieil homme au milieu de la pièce. Lorsqu'il s'approcha, il remarqua qu'il broyait des racines. Quand l'herboriste l'aperçut, il s'arrêta et lui demanda ce qu'il désirait. Enguerrand lui demanda des feuilles de Lidhs. L'herboriste le regarda étonné et lui dit qu'il n'en avait pas et qu'il n'en avait jamais eu, car ici, personne n'en avait besoin. Enguerrand qui s'en doutait, le remercia et repartit en direction de l'auberge.
Le Lidhs, était une plante très rare, utilisée principalement pour soigner les douleurs dues à la magie. Normalement, en prendre une, voir deux fois en tisane permettait de soigner les douleurs... et cela durablement. Cependant, la douleur de Cyliana était revenue, et cela juste après qu'elle eût utilisé ses pouvoirs. Ce qui inquiétait sérieusement Enguerrand. Cela signifiait que cette douleur était plus sérieuse qu'il ne l'avait pensée. Beaucoup plus sérieuse...
Une fois arrivé dans la chambre, il découvrit Cyliana assise près de la fenêtre. Le regard fixé au dehors, le visage très pâle. Kriar le regarda inquiet.
- Sa douleur a encore augmenté.
- J'espère que Hyamon saura quoi faire...
- Moi aussi. Je vais essayer de contenir un peu la douleur, mais je ne suis pas sûr que cela marchera.
Enguerrand s'approcha de Cyliana qui fixait toujours la rue.
- Je suis désolé, mais je n'ai pas trouvé la plante que je recherchais.
Cyliana cligna des yeux et regarda Enguerrand.
- Ce n'est rien, je ne souffre pas tant que ça.
Enguerrand ne dit rien, et partit chercher le repas. Conscient qu'il y avait autre chose qui la perturbait.
Pendant ce temps, Cyliana reposa son regard dans la rue. Elle regardait une petite fille courir joyeusement après son frère devant une maison. Leur mère apparut à la porte et les regarda quelques instants jouer, le visage rayonnant. Elle les appela pour manger. Aussitôt, la petite fille se précipita vers sa mère qui la prit dans ses bras. La petite fille l'embrassa tendrement sur la joue. Puis ils rentrèrent tous les trois.
Cyliana sentit des larmes glisser le long de ses joues. La douleur n'était rien face aux souvenirs qui lui revenaient devant cette scène. Mais elle sentit la présence de Kriar la rassurer et la consoler. Elle s'aperçut aussi de la présence d'Enguerrand derrière elle. Elle essuya précipitamment ses larmes et se maudit d'avoir baissé sa garde, n'ayant pas fait attention à son retour. Elle se retourna. Enguerrand se trouvait juste derrière elle. Elle lut sur son visage de la compassion, cela la mit mal à l'aise.
Il mit un genou à terre et posa une main sur son épaule.
- Tu sais, il ne faut pas avoir honte de pleurer devant un ami.
Cyliana ferma les yeux et de nouvelles larmes apparurent. Enguerrand l'attira contre lui et la prit dans ses bras pour la consoler. Cyliana posa sa tête contre son épaule, pleurant sans retenu.
- Comment as-tu fait pour surmonter la mort de tes parents ?
- J'ais eu la chance d'être élever par Hyamon qui m'a aimé comme si j'étais son propre fils. Et puis, je rejetais ma tristesse sur les Keltans en leur vouant une haine impitoyable... En réalité, je n'ai surmonté leur mort qu'il y a peu de temps...
Quand elle arrêta de pleurer, Cyliana resta encore quelques instants dans les bras d'Enguerrand. Puis elle se redressa, se sentant un peu mieux. Enguerrand réchauffa alors leurs repas grâce à un sort mineur. Il donna une assiette à Cyliana et une aussi à Kriar qui, exceptionnellement, avait le même repas. Ce qui n'était pas pour lui déplaire.
Après le repas, Cyliana partit se coucher, exténuée. Kriar s'allongea à côté de son lit et s'endormit aussitôt. Enguerrand, quand à lui, resta longtemps éveillé. Ce remémorant les moments heureux qu'il avait eus avec son frère et ses parents. Il revoyait encore le sourire des Sorciers lorsqu'ils eurent lancé le sort... C'était se sourire, qui lui avait fait haïr si férocement les Keltans. Mais maintenant, il tuerait un dragon à main nue rien que pour voir plus souvent le sourire s'afficher sur les lèvres de Cyliana...



